pourquoi les ehpad sont-ils en grève

Pourquoi les EHPAD sont-ils en grève ?

La grève des Ehpad du 30 janvier dernier a eu le mérite de faire parler d’elle, levant le voile sur des sujets qui font rarement la une. Une semaine après la mobilisation, nous revenons sur le sujet et essayons d’en faire ressortir les points saillants.

« Mobilisation sans précédents », « grève inédite », « mouvement de grande ampleur » : A coup de gros titres rarement nuancés et souvent excessifs, la grève des Ehpad, qui a mobilisé 30 pourcent du personnel des maisons de retraite a eu les honneurs de la presse grand public. La journée de mobilisation du 30 janvier, qui a vu défiler dans plusieurs villes de France des cortèges d’aides soignantes, infirmières, ASH, cadres, familles de résidents et soutiens divers protestant contre le manque de moyens et d’effectifs dans les EHPAD et, par ricochet, la maltraitance institutionnalisée dont sont victimes les résidents, a été largement couverte par la presse grand public pendant une partie de la semaine dernière. Témoignages édifiants, chiffres inquiétants, photos choc échangées sur twitter via le hashtag de circonstance #balancetonehpad… pour séparer le bon grain de l’ivraie, nous vous proposons notre synthèse des trois enseignements clé de cette grève.

Une grève des Ehpad motivée par un problème de ressources.

  • Le nombre de soignants est insuffisant. Il faudrait un soignant par résident. Le score français moyen se situe autour de 0,6. L’absence d’une infirmière de nuit est pointé du doigt. Elle a pour conséquence un nombre anormalement élevé d’hospitalisations d’urgence pour des problèmes parfois bénins. Or ces hospitalisations coûtent cher et elles peuvent aggraver la dépendance.
  • Le nombre de résidents très dépendants (Gir 1) et très âgés est de plus en plus important : l’âge moyen d’entrée en EHPAD est actuellement de 85 ans et la part des résidents âgés de plus de 90 ans est passée de 28% en 2007 à 38% en 2015.
  • Le nombre de résidents peu ou pas dépendants est extrêmement faible. Presque tous les résidents de l’EHPAD ont besoin d’une assistance pour réaliser les actions de la vie courante. Le temps moyen nécessaire à chaque action augmente avec le niveau de dépendance des résidents. Le personnel n’a pas assez de temps pour se consacrer efficacement à chaque résident.
  • Les crédits alloués aux EHPAD sont insuffisants pour mener les missions à bien. Selon les syndicats, il faudrait augmenter le budget annuel de 4 milliards d’euros. Ce point concerne à la fois la Sécurité sociale pour la prise en charge du soin et l’Etat, via les départements, pour la prise en charge de la dépendance.

grève des ehpad

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Une crise des EHPAD qui ne touche pas tous les établissements

Pendant longtemps en France, les maisons de retraite ont été publiques ou associatives. Le privé lucratif se développe rapidement. Portés par de grands groupes (Korian, Orpéa, DomusVie), les projets privés sont plus adaptés aux nouveaux besoins et plus orientés client.
grève des ehpad

Et justement, selon Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du syndicat national des établissements privés pour personnes âgées (SYNERPA), la cause du mécontentement serait l’application d’une réforme tarifaire instaurée par la loi ASV du 28 décembre 2015. Une réforme de convergence qui vise à harmoniser le montant d’assurance maladie donné chaque jour aux établissements pour financer du personnel soignant. Dans une interview donnée au journal Notre Temps, Madame Arnaiz-Maumé explique : « Sur les 7000 Ehpad6000 vont bénéficier de crédits complémentaires d’assurance maladie et de crédits APA (allocation personnalisée à l’autonomie) pour financer du personnel supplémentaire sur sept ans. En revanche, 1000 établissements vont devoir rendre des crédits. Où alors choisir d’accueillir des personnes plus dépendantes. Ainsi, leur dotation sera recalibrée en fonction des soins requis pour ces résidents. »

Un problème également soulevé par la députée Monique Iborra dans le rapport de sa mission flash sur les EHPAD

« (…) une levée de boucliers de l’ensemble des acteurs du secteur public auditionnés. En effet, il semble que cette nouvelle tarification ne tient compte ni de l’inflation ni de la structure des coûts réels résultant du statut des établissements.

  • Les EHPAD publics ont des charges de personnel différentes de celles des EHPAD privés.
  • Les EHPAD privés bénéficient du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et du crédit d’impôt de taxe sur les salaires (CITS). »

Il est important de nuancer le message porté par la grève des EHPAD du 30 janvier. La situation est parfois catastrophique, mais pas partout. C’est pourquoi Agnès Buzin a annoncé une rallonge budgétaire de 50 millions d’euros pour les établissements les plus sinistrés. Ces derniers bénéficieront également d’une mission d’audit et de conseil pour les sortir de la zone rouge. Ce qui m’amène au troisième enseignement de cette journée d’action.

Malgré la grève des EHPAD, l’Etat préfère la prise de recul à la précipitation

Affecter 4 milliards d’euros supplémentaires aux EHPAD n’est pas à l’ordre du jour. Ni les finances publiques, ni la dette de la sécurité sociale ne le permettent. J’ai le sentiment que l’Etat souhaite mesurer les impacts possibles de l’évolution des technologies (domotique, e-santé), des nouvelles modalités de prise en charge (Ehpad à domicile) et de toute initiative privée qui viendrait proposer une alternative aux problèmes rencontrés par l’EHPAD et le secteur de l’aide à domicile.

grève des ehpad

Le problème n’est pas uniquement celui des EHPAD. Nus devons réfléchir à la façon dont notre société va s’adapter au vieillissement. Un sujet qui soulèvera nécessairement la question du financement et de la répartition des charges. Il n’existe pas de système public pérenne ou global et l’assurance dépendance privée est un fiasco. Vous devrez vous acquitter d’un reste à charge de plus en plus élevé. Plusieurs questions méritent réflexion :

  • Devons-nous faire le choix d’un système solidaire ou privilégier la prévoyance individuelle ?
  • Le dualisme domicile – établissement et rien entre les deux est-il encore valide ?
  • Peut-on finir sa vie ailleurs qu’en EHPAD ?
  • Comment sortir de la vaine opposition entre public, privé non lucratif et privé commercial ?
  • Comment aider d’autres modes d’organisation à émerger ?

Qu’en pensez-vous ?

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