Serge Guérin maintien à domicile 2

Qu’est-ce que le maintien à domicile ?

Le sociologue Serge Guérin donne sa définition du maintien à domicile ainsi que des pistes pour changer de regard sur le grand âge.

Vous est-il déjà arrivé de trouver dans la pensée d’un expert reconnu un écho à vos propres réflexions et des conclusions similaires ? Si oui, vous pouvez vous imaginer à quel point j’ai été ravi en lisant un texte de Serge Guérin à propos du bien vieillir. Cet article intitulé Société de la longévité : déni du vieillir ou désir de bien vieillir  est paru sur le webzine Telos le 16 février dernier. Revenant sur le traitement médiatique de la grève des EHPAD du 30 janvier dernier, l’auteur invite son lecteur à une réflexion un petit peu plus élevée que celle servie par les médias grand public à cette occasion.

L’article du sociologue français Serge Guérin interroge notamment sur la manière dont notre société traite le vieillissement, c’est à dire par le déni et une forme de mise au ban. Il appelle de ses voeux un changement de paradigme qui substituerait le désir du bien vieillir au déni de vieillir en pensant une société de la longévité solidaire :

« Bien vieillir serait en premier lieu la capacité à avancer en âge en bonne forme et en acceptant, avec un minimum de recul, les années qui s’ajoutent. »

Pour y parvenir, il convient d’arrêter d’élever des murs entre les communautés et les âges en cherchant à tout prix à créer des ghettos en catégorisant les citoyens selon leur génération (ce qui vaut également pour les jeunes générations X, Y, Z etc…). Il faudrait à l’inverse rechercher des solutions permettant une cohabitation harmonieuse et constructive.

Serge Guérin maintien à domicile

Serge Guérin pense que l’habitat joue un rôle clé dans la prévention de la perte d’autonomie et le soutien des liens sociaux.

« L’habitat participe directement, ici et maintenant, d’une dynamique de prévention et d’allongement de la vie à domicile. Une démarche qui s’appuie sur une approche architecturale favorable à la santé et à la prévention, (…) des innovations sociales, (…) de la domotique de protection et de suivi santé, de la robotique de services, (…) des services de conciergerie offrant la possibilité de services et d’aides aux petits travaux. »

En toute modestie, Monsieur Guérin, sur cette conception intégrant à la fois de l’humain, du meuble et de l’intelligence artificielle, nos idées se rejoignent!

Je suis comme vous persuadé que le système actuel qui repose quasi uniquement sur de l’aide humaine dispensée par des aidants professionnels et des aidants familiaux ne pourra pas répondre au défi du vieillissement de la population. Tout simplement car il n’y aura pas assez d’aidants pour tout le monde et que le coût d’un tel système risque de devenir intenables pour la plupart des retraités et de leurs proches (que l’on mesure ce coût en argent payé à un aidant professionnel ou en temps consacré par un aidant familial).

Serge Guérin invite à sortir de l’opposition stérile domicile vs. maison de retraite

Le sociologue explique que le maintien à domicile ne signifie pas forcément continuer à vivre dans la maison où l’on a grandi (et d’ailleurs, combien d’entre nous conservent effectivement le même logement toute leur vie?). En s’appuyant sur les résultats du Baromètre Fondation Korian pour le bien vieillir / Ipsos de février 2017, l’auteur explique que le « chez soi » se définit d’abord par :

  • La possibilité de vivre à son rythme (63%),
  • La préservation de l’intimité (53%),
  • La possibilité de communiquer avec d’autres en toute liberté (45%),
  • Le fait de pouvoir pratiquer diverses activités (37%),
  • Le fait de disposer d’un espace à soi (36%)

Le maintien à domicile devrait plutôt être défini comme « accompagner, dans un espace adapté et désirable, la personne en fonction de ses choix et de ses possibilités » et que l’enjeu est d’accompagner la vie sociale des plus âgés tout en préservant leur autonomie et leur liberté, ce qui peut se dérouler au domicile habituel comme dans d’autres types d’hébergements, médicalisés ou non.

En conclusion, Serge Guérin invite à ne plus parler de maintien, mais de soutien. Il pense qu’une politique de l’âge est à repenser : « son principe devrait être de développer une approche, des pratiques et des attitudes en faveur de la préservation de l’autonomie des personnes, de leurs potentialités, de leurs droit de prendre des risques et du plaisir à vivre ». Une vision d’un monde, non pas meilleur mais plus ouvert et cohérent qu’à Sweet Home, nous appelons également de tous nos voeux.

 

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