A la découverte de Share Kanazawa, un village inclusif au Japon

Share Kanazawa est un village rural et inclusif destiné à accueillir les vieux retraités urbains et isolés. Focus sur cette initiative inspirante.

Pour poursuivre notre dossier sur l’habitat inclusif,  je vous emmène aujourd’hui à Kanazawa, Ishikawa (c’est le point rouge sur la carte). Associations et collectivités publiques y ont édifié Share Kanazawa. C’est un village qui accueille des seniors isolés et des jeunes désociabilisés.

share kanazawa

Là, un projet innovant de village inclusif et inter-générationnel a été érigé il y a quelques années avec pour ambition d’accueillir les personnes âgées, les étudiants, les personnes malades, les personnes handicapées. Selon ses habitants, Share Kanazawa est un lieu où tout le monde peut contribuer à la famille, aux amis, à la société, la main dans la main. Une ville qui régénère la bonne communauté locale qui existait autrefois.

Cet article est une traduction allégée de celui que le Japan Times a consacré à Share Kanazawa, 15 février 2016.

Avec ses traditions artistiques et ses quartiers traditionnels, la ville de Kanazawa, dans la préfecture d’Ishikawa a longtemps été connue comme Little Kyoto. Mais depuis quelques années, la région est également perçue comme un modèle d’avenir pour les futurs projets de Continuing Care Retirement Communities, ou CCRC.

De prime abord, le CCRC Share Kanazawa ressemble à un campus universitaire, un centre communautaire ou peut-être un camping.

De petites maisons en bois connectées par des sentiers. Quelques vénérables caravanes américaines Airstream chromées. Des massifs de fleurs et des petits jardinets un peu partout.  La plupart des constructions sont sans doute possible des logements. Mais il y a également un gymnase, un bâtiment abritant l’école associative Gaïa Nature School ainsi qu’un bar appelé Mock. Dans les rues bien entretenues, on croise un mélange de collégiens, d’enfants et de personnes âgées.

« J’ai déménagé de Yokosuka (Préfecture de Kanagawa) après la découverte d’une brochure sur Share Kanazawa et je ne regrette rien », déclare Soshichiro Suzuki, 73 ans.

« Jusqu’ici, la qualité de vie a été idéale », ajoute-t-il. « C’est une véritable communauté composée de gens très différents. Je peux travailler avec des enfants ayant des besoins spéciaux et vivre de manière autonome. C’est très différent des maisons de retraite classiques où il n’y a que des personnes âgées. »

le gouvernement Japonais n’a commencé à soutenir que très récemment l’idée d’établir un petit village rural qui accueillerait une communauté inter-générationnelle venue de tout le pays, avec des seniors, des étudiants, des enfants ayant des besoins spéciaux et des bénévoles locaux.

L’intention de créer d’autres CCRC sur le modèle de Share Kanazawa s’est affirmée avec la prise de conscience du vieillissement de la population des zones urbaines surpeuplées (notamment à Tokyo) et du manque de moyens médicaux et de services adaptés pour répondre aux besoins spécifiques du grand âge.

La diminution des naissances et l’exode massif vers Tokyo aggravent les disparités économiques entre la capitale et le reste du pays. Le gouvernement central comme  les élus locaux veulent donc encourager les seniors habitant la capitale à déménager pour repeupler et revitaliser les zones rurales désertées. C’est dans ce contexte que le projet Share Kanazawa est perçu comme un exemple à suivre.

S’il y a plus de deux mille CCRC aux Etats Unis, ce sont la plupart du temps des établissements réservées aux riches. Ce que veut le Japon, c’est au contraire développer des lieux de vie accessible à tous. Même aux plus modestes. Dans des villages repeuplés et proposant tous les services médico-sociaux dont les seniors ont besoin pour bien vieillir.

Il y a toutefois quelques difficultés à surmonter, à commencer par la détection des localisations où créer les futurs CCRC. Les commodités sont importantes, notamment l’accès à des établissements médicaux et sociaux. Nombre de régions disposent de ce type d’infrastructures. Mais la gestion du déclin de la population qui les utilise et les finance est devenu un enjeu stratégique. Pour les gouvernements locaux, développer des CCRC qui accueilleront des contribuables urbains relocalisés signifie qu’ils pourront préserver et même améliorer l’emploi, notamment dans le secteur du soin.

Mais une question encore plus fondamentale demeure : Est-ce que les personnes qui sont nées et ont vécu dans un environnement urbain accepteront de déménager à la campagne ? 

Selon un sondage de 2014, 50% des habitants masculins de Tokyo âgés de 50 ans et à peine 37 % des plus de 60 ans accepteraient d’envisager un déménagement. Pour les femmes, les résultats sont encore plus faibles. 34% des cinquantenaires et seulement 28% des soixantenaires déclarent être disposés à y réfléchir. Parmi les personnes intéressées, la perspective de commencer une « deuxième vie » dans un endroit où l’on peut vivre une existence saine et active pour un coût moindre était la raison la plus citée.

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Toutefois, même les fondateurs de Share Kanazawa se disent surpris de la rapidité à laquelle le village s’est peuplé.

« Quand nous avons ouvert Share Kanazawa, nous n’avions pas vraiment en tête de recevoir des résidents extra-régionaux. Mais c’est un lieu unique. Justement parce que c’est devenu une communauté recevant des gens très différents les uns des autres ». C’est ce que pense Ryosei Oya, directeur du Bussi-En Group, l’organisme à vocation sociale qui administre Share Kanazawa. Compte tenu du nombre d’habitats vacants au Japon, les opportunités de développer d’autres CCRC municipaux sont nombreuses. « Pas besoin de dépenser beaucoup d’argent. La plupart des lieux nécessitent uniquement de petites rénovations. »

Une étude gouvernementale de 2014 a révélé un nombre astronomique de lieux vacants au Japon : 8, 2 millions de logement sont en effet vides à ce jour. Outre l’impact économique de la dépopulation, les gouvernements locaux sont bien conscient qu’un logement inhabité et non entretenu représente un risque pour le voisinage en cas d’incendie ou d’effondrement.

Le véritable enjeu pour que les prochains projets de CCRC inter-générationnels deviennent attractifs, ce n’est pas de trouver où les construire mais de s’assurer qu’ils attirent suffisamment de résidents pour construire une communauté active et indépendante.

Selon Tomoo Matsuda, directeur de recherche au MRI et spécialiste des CCRC, il y a des opportunités de création d’emploi à forte valeur ajoutée dans les CCRC. Outre les traditionnels besoins en soins, le CCRC crée des emplois dans l’analyse de données médicales, l’organisation, la restauration et la planification. Les municipalités doivent challenger leurs prospects pour attirer des talents qui seront actifs et utiles à la communauté.

« Il ne s’agit pas de faire valoir la qualité de vie à la campagne. Mais plutôt de présenter les opportunités en termes d’activité et d’apprentissage. Aussi bien pour les seniors que pour les actifs plus jeunes.  »

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4 commentaires

  1. Je ne connaissais pas du tout ce concept, et pourtant je suis allé à plusieurs reprises à Kanazawa. Comme quoi il y a toujours des choses à découvrir et là je suis intéressé.

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