Avis de médecin : les chutes, le fléau des personnes âgées

Les chutes sont une cause majeure de perte d’autonomie. Elles ont des conséquences graves sur l’état de santé d’une personne âgée et deviennent de plus en plus fréquentes avec la prise d’âge. Nous faisons un tour d’horizon du sujet avec le docteur Nicole Jacquin-Mourain.

Plus on est vieux, plus on risque de faire une chute. Plus on est vieux, plus ces chutes peuvent avoir des conséquences graves. Une personne fragilisée peut se blesser en tombant au sol. Elle peut également être dans l’incapacité de se relever seule. L’état de santé d’une personne âgée clouée au sol peut se dégrader rapidement. Des lésions irréversibles peuvent apparaître. C’est pourquoi une chute est souvent le point de départ du long processus de perte d’autonomie. Les systèmes de prévention sont souvent simples et de bon sens : nous vous les présentons.

Les chutes sont la cause principale de la mort accidentelle chez les plus de 65 ans

Une personne âgée qui chute court le risque de perte d’autonomie. Les fractures les plus fréquentes sont l’humérus, le poignet, le pelvis, la hanche. Le taux de fracture du col fémoral augmente de façon exponentielle avec l’âge surtout chez la femme. Une moitié de ceux pouvant marcher ne le pourront plus après une intervention, et ne pourront plus vivre seuls ; la qualité de vie se détériorant considérablement : survenue d’escarres de décubitus, rééducation inexistante ou non performante, etc.
Même la plupart des chutes ne provoquant pas de lésions peuvent avoir des conséquences graves : la peur d’une autre chute entraîne une limitation de la mobilité : c’est le syndrome post chute caractérisée par une rigidité et une faiblesse articulaire accrue qui diminue encore la mobilité, les sorties et la vie sociale

Définitions de la chute

Définition de l’organisation Mondiale de la Santé : « la chute est la conséquence de tout événement qui fait tomber le sujet à terre contre sa volonté ».

Selon le groupe de travail international Kellog, une chute est le fait de se retrouver au sol ou un niveau plus bas non intentionnellement et qui ne résulte pas d’un choc violent, d’une paralysie soudaine comme lors d’un AVC ou d’une crise d’épilepsie.

Malgré les recommandations généralisées sur l’importance de l’activité physique à tout âge, la prévalence de la sédentarité reste élevée chez les sujets âgés. Les seniors ont tendance à ralentir toute forme d’activités en vieillissant, physiologiquement et par peur de tomber.

Les facteurs favorisant le risque de chute chez les personnes âgées

  • L’âge responsable d’une baisse des réserves fonctionnelles surtout après 85 ans,
  • L’absence d’exercices qui favorise la sarcopénie et le risque de chutes,
  • Une alimentation inadaptée,
  • Des modifications hormonales responsables de l’ostéopénie,
  • Les poly-pathologies associées essentiellement : la dépression et les troubles cognitifs,
  • La iatrogénie,
  • L’hypotension orthostatique,
  • Les facteurs environnementaux (décès du conjoint, immobilisation, isolement…)

Les réflexes préventifs pour éviter les chutes

  • Faire constamment la promotion de l’activité physique indispensable mais adaptée à la personne,
  • Associer des conseils diététiques,
  • Faire vérifier régulièrement sa vue et corriger les troubles pouvant exister,
  • Aménager le domicile : éviter les escaliers, installer des barres d’appui, supprimer les tapis ou les fixer au sol, passer les fils électriques dans des gouttières, traiter les sols glissants, relever les prises trop basses, équiper sa douche,
  • Réévaluer l’ordonnance médicamenteuse en limitant les psychotropes,
  • Veiller à une hydratation suffisante,
  • Sortir accompagné si possible,
  • Etre bien chaussé.

Comment les proches aidants peuvent-ils aider après une chute

Vous devez vous assurer de l’absence de lésions graves et à partir de votre appréciation de la situation, soit contacter les secours, soit aider votre proche à se relever.  Le diagramme ci-dessous décrit les effets possibles d’une chute sur l’organisme d’une personne âgée.

les chutes

  1. Vérifier l’état de conscience en vous assurant que votre proche respire,
  2. Rechercher une fracture, une hémiplégie,
  3. Mettre votre proche en position latérale de sécurité, et appeler les secours,
  4. Lui ouvrir légèrement la bouche pour lui permettre d’évacuer un éventuel vomissement ou du liquide gastrique,
  5. Placer une couverture ou un pull replié sous la tête afin de la soulever légèrement tout en gardant la tête dans l’axe du corps
  6. Protéger votre proche contre le froid en la couvrant : elle a peut-être passé des heures par terre sur le sol (risque de rhabdomyolyse),
  7. Surveiller sa respiration en posant votre main sur son ventre jusqu’à l’arrivée des secours.
  8. Si vous ne détectez aucun signe de gravité trouver un marche-pied ou une chaise pour permettre à la personne de prendre appui avec ses mains puis l’aider à se remettre debout, une jambe après l’autre.

Existe-t-il des gerontechnologies pour prévenir les chutes ?

Mis à part les assistances techniques telles que cannes ou déambulateurs, les systèmes de prévention des chutes sont à inventer. Il existe en revanche de nombreux systèmes de détection des chutes, soit portés par la personne âgée : bracelets, collier, soit installés dans son domicile : détecteur infra-rouge, serrures intelligentes. Ces gerontechnologies permettent de limiter l’effets d’une chute en alertant les secours et les proches aidants afin d’effectuer un diagnostic et d’agir en conséquence.

Il existe également des accessoires et vêtements équipés d’airbag qui limitent l’effet de la chute sur l’organisme, comme ce modèle développé par la start-up française Helite.

Conclusion

Les chutes des personnes âgées représentent donc un problème majeur de santé publique avec de graves conséquences médicales et économiques. Les personnes âgées ont la mortalité et le degré d’invalidité et de troubles fonctionnels les plus élevés à la suite de chutes. En outre,  une fois qu’une personne âgée à chuté, elle aura peur de chuter à nouveau et limitera donc son activité physique, ses sorties, sa vie sociale, etc… Outre son impact physique, la chute est l’un des faits générateurs de la spirale de la perte d’autonomie. C’est pourquoi la prévention des chutes est fondamentale.

Remerciements

Cet article a été réalisé avec le précieux concours du docteur Nicole Jacquin-Mourain, fondatrice de la plateforme de coordination médicale Anggel’Dom qui optimise le suivi médical des personnes âgées et facilite leur maintien à domicile.

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