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Chamarel : Qu’est-ce qu’une coopérative d’habitat pour retraités ?

Si vous ne trouvez pas de solution d’hébergement correspondant à vos aspirations, pourquoi ne pas en créer une à votre image ? C’est le cas de Chamarel, une coopérative d’habitat fondée par un groupe de retraités lyonnais. Ils nous racontent ce projet inspirant.

Nous poursuivons notre exploration des solutions d’habitat participatif et inclusif en nous rendant à Vaulx-En-Velin. C’est dans cette commune de la métropole lyonnaise qu’une bande de retraités qui ne trouvaient pas leur bonheur dans les solutions existantes ont décidé de construire ensemble leur maison du bonheur. Le projet s’appelle Chamarel (c’est également le nom d’un canton de l’île Maurice). Nous vous proposons de le découvrir à travers le témoignage de l’une de ses fondatrices, Michèle Tortonèse.

Bonjour Michèle, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
Pour commencer pouvez-vous raconter la genèse de Chamarel : comment l’idée s’est-elle concrétisée et combien de temps cela a-t-il pris ?

Michèle Tortonèse : Le tout début, c’est en 2009, A l’origine nous sommes quelques amis ayant décidé de créer un lieu de vie intergénérationnel pour les 3ème, 4ème (et 5ème !!) âges, qui nous permette de prendre notre vieillesse en main, dans la continuité de ce qu’a été notre vie personnelle : engagement social, associatif, culturel et politique, et de ce qu’a été notre vie professionnelle : travail d’équipe, coopération. Le montage en coopérative permettant la non spéculation, la démocratie et l’autogestion.

L’installation des habitants dans le bâtiment construit s’est fait en juillet 2017 : le projet aura donc pris 8 ans !

Comment Chamarel a-t-il été perçu par les pouvoirs publics ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières, par rapport à la construction d’un logement individuel ?

Globalement, la perception était bonne. Toutefois, Le montage en coopérative d’habitant était très nouveau, méconnu et les engagements des pouvoirs publics ont, pour certains, été timide ou absent.

La plus grande difficulté est toujours de trouver du foncier disponible. Ensuite d’être en situation de concurrence avec des promoteurs privés.

Combien de futurs résidents étiez-vous à l’origine du projet ?

Au tout début nous étions 3, ensuite très rapidement le groupe a gonflé à 7 /8 personnes. Puis l’augmentation a été progressive, avec des arrivées et des départs, des ajustements. Le nombre des futurs habitants a augmenté au fur et à mesure que le projet puis le bâtiment prenait forme. En juillet 2017, à la livraison du bâtiment, il restait 2 appartements disponibles. En décembre, ils étaient pris. Il y a actuellement une liste d’attente de personnes intéressées.

Vous êtes-vous fait aider par un intervenant extérieur ? 

Oui, bien sur. C’est l’association Habicoop Aura, qui nous a accompagné pendant tout le projet. Pour démarcher les municipalités dans la phase de recherche du foncier, pour construire le projet architectural et nous aider à faire les choix de construction cohérents avec le développement durable, pour suivre le chantier, pour le montage financier et les relations avec les partenaires, banques, bailleur social, institutions qui nous ont subventionné.

Chamarel

Quels ont été les moments les plus difficile durant le projet ?

Pour Chamarel « Les Barges », il y a eu un retard dans la mise en place des garanties d’emprunt (Ville de Vaulx-en-Velin, métropole et bailleur social) qui a été très inquiétante et a mis le groupe en difficulté.

Qu’est-ce qui vous a aidé à tenir jusqu’au bout et à affronter les difficultés ?

Sûrement une part d’irréductible idéalisme ! Mais surtout une organisation du groupe rigoureuse et chaleureuse qui l’a rendu solide.

Vous êtes organisé en coopérative, comment est-ce que cela se traduit en termes de prises de décisions ?

Comme dans toute coopérative le principe démocratique est celui de une personne, une voix, quel que soit le montant des sommes investies en parts sociales.

De plus, pour pousser ce principe démocratique jusque à l’autogestion, nous essayons de prendre les décisions au consensus. Nous prenons le temps de laisser les problématiques mûrir, à chacun de s’adapter au groupe qui s’adapte à chacun. C’est un processus bien plus lent mais bien plus solide que de recourir de manière systématique à des votes qui laissent des insatisfactions.  

Avez-vous pris des dispositions spécifiques pour le remplacement d’un résident qui quitte Chamarel ?

Un résident qui quitte Chamarel se voit remboursé du montant des parts sociales qu’il avait acheté, ainsi que d’une partie « épargne » comprise dans la redevance mensuelle.

La place disponible sera proposée prioritairement aux personnes inscrites sur liste d’attente.

Débutera alors le processus de cooptation : Le futur habitant doit être coopté par l’ensemble des habitants sur la base d’une adéquation entre les valeurs et les règles du groupe et de son projet de vie. Il doit aussi exister une compatibilité financière qui respecte le soucis de mixité sociale sans toutefois mettre en danger la l’équilibre financier de la coopérative.

Quel est le “bon âge” pour se lancer dans un projet d’habitat participatif ?

Chamarel porte un projet d’habitat participatif spécifique : la coopérative d’habitant, qui peut être aussi intéressante pour des jeunes couples, des familles, des personnes retraitées, en groupe transgénérationnel ou pas.

Actuellement encore, il s’agit d’innovation. Le temps de mise en œuvre est long, il peut y avoir des difficultés. C’est un choix de vie qui exige un engagement personnel et du temps. Il faut donc être assez en forme et disponible.

Quels conseils donnez-vous aux seniors qui ne veulent pas aller en EHPAD mais ne savent pas comment faire autrement ? 

Je ne saurai donner des conseils généraux mais nous sommes disponibles pour partager avec des personnes intéressées par notre expérience .

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Pour aller plus loin, nous vous proposons l’interview donnée par Jean-Paul Sauzède et Valérie Morel, membres de l’association Habicoop qui a accompagné les retraités de Chamarel. Cette interview est initialement parue dans Le Progrès du 20.11.2016.

Votre association aide en ce moment plusieurs groupes à fonder leur coopérative d’habitants. Pourquoi ce concept séduit-il de plus en plus dans le Rhône ?

Le fait de voir des projets se concrétiser et sortir de terre, comme le Village Vertical de Villeurbanne puis Chamarel à Vaulx, a permis de lever certains doutes. Il y a une envie de franchir le pas. C’est une troisième voie entre la propriété individuelle et la location, sur laquelle la France a 30 ans de retard par rapport à des pays comme la Suisse ou le Québec.

Quel est le profil des groupes qui vous sollicitent pour monter un projet ?

Il peut y avoir toutes les générations, comme à Villeurbanne, ou des retraités soucieux de bien vieillir ensemble, comme à Vaulx. Ces coopératives sont accessibles à tous : elles s’inscrivent dans une dynamique d’innovation sociale et sociétale. 

Quels sont leurs inconvénients ?

Il faut au moins cinq ans pour aboutir à un projet. C’est long et cela nécessite un très fort investissement de chaque habitant. L’autre problématique est de trouver du foncier. Mais nous avons le soutien des collectivités, qui sont à nos côtés pour nous proposer des terrains.

Comment envisagez-vous l’avenir de ce mode d’habitat ?

Il est voué à se développer. Tout en ayant l’intimité de leur appartement, les gens éprouvent une envie forte et le besoin de vivre plus collectivement. On constate aussi que les maisons de retraite ont des tarifs élevés.

Grâce à la loi Alur, les coopératives disposent désormais d’un statut juridique, en s’appuyant sur des montages financiers solides et reproductibles. C’est sécurisant de savoir que le montant des parts sociales est établi dès le départ et qu’il gardera toujours la même valeur. On perçoit un désir de plus en plus fort chez les gens de tourner la dos à la spéculation.

Chamarel
Le Village Vertical à Villeurbanne : un autre projet d’habitat participatif porté par l’association Habicoop.

Si vous êtes intéressé par le projet Chamarel, vous pouvez contacter le collectif des habitants par email.

Si vous connaissez vous aussi des projets d’habitat inclusif ou participatif qui mériteraient une mise en lumière sur Sweet Home, parlez-nous en via notre formulaire de contact. Comme le dit Maïlys Cantzler dans notre interview consacrée à son projet inclusif Le Club des Six, l’habitat mutualisé est un mode de maintien à domicile d’avenir aussi bien pour ses avantages financiers (mutualisation des aides, mise en commun des appareils d’entretien) que pour son immense potentiel de rupture de l’isolement et de consolidation d’un lien social.

A Sweet-Home, on y croit très fort. Et vous ? Que pensez-vous de ce type de solution ? Quels sont les points forts d’un habitat communautaires ?

 

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