A quoi sert un syndicat de retraités

A quoi sert un syndicat de retraités ?

Un syndicat de retraités est un organisme qui défend les droits des retraités. Moins visibles que les organisations de travailleurs, ils sont néanmoins utiles pour recenser les problèmes et sources de mécontentement et y chercher une réponse collective. Car c’est bien connu : l’union fait la force. Je vous propose de découvrir à quoi sert un syndicat de retraité au travers de l’interview de deux sections syndicales : la CFDT retraités du Lot et l’union de retraités SNB.

Savez-vous à quoi sert un syndicat de retraités ?

Vous êtes vous jamais demandé pourquoi les retraités sont si peu écoutés dans le débat public, y compris quand ils en sont l’enjeu ?

Par exemple sur les questions de revalorisation des pensions, d’augmentation de la CSG ou de financement de la perte d’autonomie ?

Ce n’est pas une question de nombre. Ce n’est pas non plus une question de poids électoral. En cette période de grève intense dans les transports, notamment celle des cheminots, le français moyen se rend compte que celui qu’on écoute, c’est celui qui a les moyens de se faire entendre. Les syndicats de travailleurs ont ce privilège. Il leur est dévolu par la loi qui leur donne un rôle d’interlocuteur dans le débat social. Et cela sans tenir compte de leur représentativité plutôt faible. Le nombre de salariés français syndiqués avoisine les 2% mais les accords négociés par les organisations syndicales s’appliquent de plein droit à tous les salariés d’une branche professionnelle qu’ils soient ou non adhérent d’une des organisations signataires.

Malheureusement pour les retraités, les syndicats de retraités n’ont pas bénéficié d’une désignation légale qui leur donnerait l’autorité pour discuter avec le patronat ou les élus dans le cadre du débat social. Ils ont bien sûr toujours la possibilité de se joindre aux manifestations, comme ce fut le cas il y a deux ans avec les manifestations engendrées par la loi El Khomri. Ils peuvent également organiser leurs propres manifs comme ils ont prévu de le faire le 14 juin prochain pour contester la contestable réforme de la CSG qui les touche de plein fouet. Pour ma part, j’ai découvert l’existence des syndicats de retraités lorsque ils se sont élevés, fin 2017, contre les conditions d’hébergement en EHPAD. Depuis, je suis l’activité de plusieurs sections syndicales de retraités. Je vous propose de découvrir à quoi sert un syndicat de retraités au travers de deux interviews.

A quoi sert un syndicat de retraités

La CFDT retraités du Lot : un syndicat de retraités régional

Bonjour, pour commencer, pouvez-vous expliquer comment fonctionne un syndicat de retraités et quel est son but ?

Michel Cadiergues : Comme une association classique, mais reliées aux autres syndicats de salariés des différentes professions.

Qui sont vos adhérents ?

D’anciens salariés

Vos adhérents étaient-ils déjà syndiqués quand ils étaient en activité ?

Le plus souvent.

Les syndicats de retraités jouent-ils un rôle dans les négociations avec les pouvoirs publics comme les syndicats d’actifs ?

Non et c’est le principal problème. Il n’y a pas de lieu de négociation entre les pouvoirs publics et les syndicats de retraités.

Quelle est la proportion de retraités syndiqués en France ? Comment progresse-t-elle ?

Très faible. Mon estimation il y a quelques années tournaient autour de 2 à 5 %, mais c’est peu scientifique. Beaucoup de retraités préfèrent s’engager dans des actions solidaires ou culturelles en faisant le dos rond. Peut être que le contexte va les faire changer d’avis.

L’actualité sociale et la médiatisation des mouvements sociaux de retraités ont-elles un impact sur la progression du nombre de retraités syndiqués ?

Peu.

Quel est l’humeur actuelle des retraités ?

Globalement mécontent.

Pensez-vous que les retraités sont assez écoutés aujourd’hui en France ? Que faudrait-il faire pour que la situation évolue ?

La proposition que nous faisons est simple : il faut un contrat social entre les pouvoirs publics et les retraités pour organiser le dialogue réel sur l’avenir. Dans mon département, le Lot, près de la moitié des ménages ont pour « personne de référence » (terme utilisé par l’Insee) un(e) retraité(e).

Quel est le problème avec la réforme de la CSG ?
  1. L’augmentation visait à compenser la suppression de cotisations maladie et chômage des salariés. C’est donc vécu comme une discrimination par chaque retraité, qui à un même niveau de revenus se verra pénaliser par rapport à un salarié.
  2. Le financement de l’assurance chômage aurait dû rester un système contributif, et non financé par l’impôt.
  3. La déductibilité de l’impôt sur le revenu de la part correspondant à l’augmentation de la CSG conduit à ce que les basses pensions payent davantage en proportion que les hautes pensions.
  4. Un gouvernement intelligent aurait affecté cette ressource provenant des retraités à la perte d’autonomie. La solution aurait été la moins pire.
Concernant le financement de la perte d’autonomie. Quelle solution est à votre avis préférable ? un cinquième risque pris en charge par tous les français ? une incitation plus franche à prendre une assurance privée un système mixte ?
  1. Si la question du financement revient sur le tapis, c’est que depuis des lustres, la politique de prévention de la perte d’autonomie n’a pas été à la hauteur. Pourtant le capital des recherches effectuées notamment dans les Gérontopôles est important mais non vulgarisé et peu diffusé. Elles devraient servir de base à la construction d’une politique de prévention axée sur l’objectif européen : Augmenter de 2 ans l’espérance de vie en bonne santé.
  2. Le concept de « risque » pouvait se comprendre il y a 20 ans. La connaissance que l’on a maintenant de la perte d’autonomie, qui est le cumul de plusieurs handicaps et de maladies conduit à la conserver dans la sécurité sociale. Il n’y a pas de risque spécifique « dépendance ».
  3. Alors qu’une loi a été votée fin 2015 (la loi ASV), tout « chambouler » à nouveau ne conduira qu’à l’inefficacité. Un volet de la loi restait à débattre, celui de l’hébergement. Complétons la loi sur ce point et lançons de vraies évaluations des dispositifs actuels avant toute volonté de faire des réformes.
Qu’attendez-vous de la manifestation des retraités du 14 juin prochain ?

La désunion syndicale complique l’initiative.

Y a t il une question que je n’ai pas posée et que vous auriez aimé voir dans cette interview ?
  • La difficulté des retraités est de ne pas disposer de moyen d’action conséquent (grève..), on les voit mal bloquer les routes, ou affronter la police. Ils sont considérés comme des « sujets », et non comme des citoyens.
  • Le 1 % maladie sur les retraites complémentaires a été maintenu comme pour pénaliser les 95 % de retraités du régime général qui pourtant subissent l’augmentation de la CSG.
  • L’évaluation du rôle des retraités dans la société reste à réaliser, comme aidants familiaux, comme bénévoles, comme citoyens, comme contributeur aux circuits économiques locaux (ils sont « locavore »), comme , initiateur de changement sur l’emploi, etc….

A quoi sert un syndicat de retraités

L’union SNB : un syndicat de retraités issus de la branche professionnelle de la Banque et des sociétés financières

Comment fonctionne un syndicat de retraités et quel est son but ?

A quoi sert un syndicat de retraités

Alain-François Malassigné / Président de l’Union des retraités SNB : Rappelons d’abord que le SNB est un syndicat professionnel celui de la banque et des sociétés financières. Les adhérents retraités du SNB constituent l’Union des retraités SNB . Tous les 3 ans les régions désignent leurs représentants retraités pour le Congrès national. Au cours de ce congrès ces derniers élisent le Président de l’union des retraités ainsi qu’un bureau qui dans un souci d’efficacité, n’est constitué que de seulement de 6 élus.

Ce bureau se réunit en principe une fois par mois. Il peut cependant être élargi à 10 personnes en fonction des sujets à l’ordre du jour.
Notre but est d’être à l’écoute de nos adhérents retraités, de porter leurs demandes et leur parole mais aussi de leur proposer des services spécifiques de telle sorte qu’ils trouvent un intérêt même après leur cessation d’activité à rester membres de notre famille SNB.

Qui sont vos adhérents ?

Nos adhérents sont ceux qui précédemment en activité considèrent que, même la retraite venue, il est important de rester affilié au syndicat qui les a accompagné et défendu au cours de leur vie active. Cette fidélité est pour beaucoup une forme de reconnaissance mais aussi un acte de conviction. C’est en restant unis et rassemblés dans une organisation syndicale telle que le SNB que leurs intérêts de retraités seront les mieux portés et défendus.

Vos adhérents étaient-ils déjà syndiqués quand ils étaient en activité ?

Oui dans la quasi-totalité des cas.

Les syndicats de retraités jouent-ils un rôle dans les négociations avec les pouvoirs publics comme les syndicats actifs ?

Un syndicat de retraités n’a évidemment pas le même poids que celui qui représente les actifs car ce sont ces derniers qui sont appelés à rencontrer et à négocier avec les pouvoirs publics. Par contre les syndicats d’actifs sont parfaitement en capacité de porter les préoccupations attentes et doléances de l’ensemble des retraités si nécessaire et de soutenir et d’accompagner ainsi leurs propres retraités lors de manifestations comme on a pu le voir récemment.

Quelle est la proportion de retraités syndiqués en France ? Comment progresse-t-elle ?

Vous savez que le taux de syndicalisation est bien faible en France comparé à d’autres grands pays pour ne citer que l’Allemagne par exemple. Il n’est donc pas surprenant que la proportion de retraités syndiqués soit à mon grand regret encore plus faible.
Je ne connais pas les chiffres des adhérents retraités concernant les autres syndicats. Je sais que tous les syndicats sont globalement confrontés à la problématique du manque d’intérêt à rester syndiqué une fois retraité alors que cet intérêt n’est déjà pas évident même en période d’activité comme je viens de le rappeler.

Par contre je puis vous dire que depuis 4 ans au SNB nous avons pris conscience de cette désaffection syndicale chez les retraités, nous y avons réfléchi et nous sommes employés à mettre en place un certain nombre de services spécifiques (offres attractives en billetterie, bons d’achats, voyages, consommation loisirs etc.) et même assistance juridique.
Pour renforcer les liens nous avons mis en place de nouveaux outils pour mieux communiquer avec nos adhérents et ainsi mieux les informer et les conseiller. C’est ainsi que nous avons un site internet retraités SNB un comte Twitter et une page Facebook. Enfin, pour ne pas abandonner nos adhérents qui sont peu familiariser avec ces outils modernes, nous conservons une communication « papier » à travers Un « Contact retraités » publié au moins trois fois au cours de l’année.
Depuis la mise en place de tous ces dispositifs nous constatons une diminution extrêmement nette des résiliations des adhésions lors de la cessation d’activité de nos adhérents et je puis vous dire que c’est pour nous une grande satisfaction et un magnifique encouragement pour poursuivre et renforcer nos actions en ce sens.

L’actualité sociale et la médiatisation des mouvements sociaux de retraités ont-elles un impact sur la progression du nombre de retraités syndiqués ?

C’est un peu tôt pour y répondre mais il serait souhaitable que chacun se rende compte que dans la difficulté il est important de se rassembler pour être plus forts. C’est le principe du syndicalisme.
Alors espérons que cette prise de conscience incitera les actifs en passe de prendre leur retraite à conserver le lien avec leur syndicat au moment de leur cessation d’activité.

Quelle est l’humeur actuelle des retraités ?

Si j’avais envie de faire de l’humour je vous répondrais : « Peut-être un peu… bougonne ».
En réalité les retraités sont désemparés et en colère car ils considèrent que les efforts qui leurs sont demandés sont à la fois trop lourds et éminemment injustes.

Pensez-vous que les retraités sont assez écoutés aujourd’hui en France ? Que faudrait-il pour que la situation évolue ?

Bien sûr que non les retraités ne sont pas assez écoutés ni entendus et donc pas compris par les pouvoirs publics qui se sont contentés en réponse à leurs doléances de les remercier pour leur contribution intergénérationnelle. On peut donc comprendre aisément « l’énervement » de nos retraités.

Quel est le problème avec la réforme de la CSG ?

Les hausse de CSG pour les actifs ont été pour majeure partie compensée par des baisses d’autres cotisations sociales (cotisations maladie et chômage), mais Il n’en a pas été de même pour les retraités.
Tout cela dans un contexte où il a déjà été demandé beaucoup aux retraités :

  • C’est ainsi qu’entre 1991 et 2018, les retraités du secteur privé ont vu la durée de cotisation portée de 37,5 années jusqu’à 43 ans pour les personnes nées à partir de 1973.
  • Le salaire moyen base de calcul pour la retraite de base est passé des 10 meilleutres années aux 25 meilleures années.
  • L’âge de la retraite à taux plein en cas de durée de cotisation insuffisante est passé de 65 à 67 ans
  • La mise à la retraite par l’employeur est passée de 65 à 70 ans.
  • Les indemnités de fin de carrière sont désormais soumises aux charges sociales et fiscalisées.
  • La suppression de la demi part fiscale pour les veuves.

….Et je pourrais continuer encore. Vous ne trouvez pas que cela fait beaucoup et que cela justifie largement notre accès de mauvaise humeur ?

60 % des retraités vont être concernés par la hausse de 1,7% de la CSG et cela dès 14404 € de revenu fiscal de référence pour une part, ce qui reconnaissez le, ne peut pas être vraiment considéré comme une grosse retraite.
Beaucoup de retraités ont des difficultés pour « boucler » leur fin de mois demain cela sera encore plus difficile.

Concernant le financement de la perte d’autonomie. Quelle solution est à votre avis préférable ? un cinquième risque pris en charge par tous les français ? une incitation plus franche à prendre une assurance privée un système mixte ?

On est face à une problématique incontournable et fondamentale. C’est incontestable.
Le SNB n’a pas arrêté à ce jour sa position quant au financement de ce cinquième risque : La perte d’autonomie.
A titre tout à fait personnel j’ai conscience que les charges diverses qui pèsent sur chacun d’entre nous sont déjà extrêmement lourdes c’est pourquoi je ne suis pas partisan d’un nouvel impôt.
Je ne suis pas non plus partisan d’une nouvelle journée de solidarité qui serait spécifiquement consacrée au financement de ce risque.
Je pencherais plutôt pour un système mixte partagé par les salariés les entreprises. Et pourquoi pas complété par un système d’assurance privé assorti d’avantages fiscaux.
Je dois reconnaitre que c’est un dossier difficile ou la solidarité aura obligatoirement sa place.

Qu’attendez- vous de la manifestation des retraités du 14 juin prochain ?

Nos revendications portent sur les 4 points suivants :

  • Généralisation de la complémentaire santé pour les retraités avec contribution de l’Etat.
  • Baisse des cotisations sociales sur les retraites du même niveau que les réductions faites pour les actifs
  • Défiscalisation des revenus complémentaires dans le cadre du cumul emploi retraite
  • Rétablissement de la demi-part pour les conjoints survivants.

J’espère sincèrement que nous serons entendus. Mais je trouve que les pouvoirs publics semblent bien peu disposés actuellement à écouter les mécontentements qui s’élèvent vers lui. Attention !

Votre avis nous intéresse, pouvez-vous nous répondre en commentaire de cet article  :

  • Comprenez-vous mieux à quoi sert un syndicat de retraités ?
  • Vous êtes retraités : pensez-vous qu’il soit utile de vous syndiquer pour mieux défendre vos droits ?

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