Comment Domitys développe la cohabitation intergénérationnelle dans ses résidences services.

En 2018, Domitys lance un programme de cohabitation intergénérationnelle dans ses résidences. Des étudiants hébergés dans les résidences sont chargés de créer du lien avec les résidents âgés. Nous avons rencontré Nour, étudiante hébergée dans la résidence de Besançon. Elle nous raconte son expérience.

Connaissez-vous la cohabitation intergénérationnelle ? C’est un système de partage du lieu de vie entre des femmes et des hommes de générations différentes. Les cohabitants s’enrichissent mutuellement au contact de l’autre et profitent des atouts attachés à leurs âges respectif.

Mode de maintien à domicile prometteur, la cohabitation intergénérationnelle est peu connue en France. Elle est essentiellement pratiqué dans le parc privé, quand une personne âgée sous-loue une pièce de son logement à un étudiant. La situation est différente dans les pays d’Europe du Nord, plus acclimatés aux systèmes d’habitat groupé. Par exemple, le Danemark a développé la cohabitation intergénérationnelle dans les résidences pour personnes âgées. Cela consiste à héberger un étudiant dans la résidence en contrepartie d’un service de proximité auprès des résidents.

En France, la société Domitys, leader français de la résidence services, teste la recette Danoise de cohabitation intergénérationnelle dans une dizaine d’établissements. Nous avons rencontré Sandrine Sigonney, directrice de la résidence Domitys de Besançon. C’est là que Nour, une étudiante algérienne qui effectue une année d’étude en France dans le cadre du programme Erasmus, est hébergée depuis janvier 2018.

Inaugurée en 2017, la résidence Domitys de Besançon accueille 70 résidents.

Si les couples sont les bienvenus, la plupart des résidents sont seuls. Les femmes sont majoritaires. L’âge moyen d’entrée en résidence est de 80 à 85 ans. Géographiquement, les deux tiers des résidents sont originaires de la région. Ils ont quitté leur logement personnel pour des raisons de confort, de sécurité ou parce qu’il était devenu trop grand pour une personne seule. Le tiers restant est constitué de résidents originaires d’autres départements qui rejoint Besançon dans le cadre d’un rapprochement familial.

“En Algérie, les personnes âgées n’ont pas d’autre choix que vieillir dans leur famille ou aller en maison de retraite. J’ai été impressionnée par le nombre de possibilités offertes en France.” (Nour)

Nour s’est toujours bien entendue avec les personnes âgées. En Algérie, elle a fait du bénévolat dans des maisons de retraite. C’est la raison qui a déterminé Sandrine Sigonney. La directrice souhaitait que l’étudiant hébergé ait des affinités avec les personnes âgées. L’enjeu est important. Il s’agit d’installer un jeune adulte dans un environnement de personnes très âgées. Toute “erreur de casting” se serait soldée par une défiance des résidents et une mise en péril de l’expérience de cohabitation intergénérationnelle de Domitys. Pour cette première tentative, il était donc indispensable d’opter pour un profil présumé compatible !

Il est important de souligner que Nour a une mission d’animatrice. L’étudiante ne peut en aucun cas se substituer au personnel de la résidence. Le glissement de tâches n’est pas une option envisageables.

“Le regard des résidents a évolué. Au début ils considéraient Nour comme un membre du personnel de la résidence. Mais avec le temps, ils en sont venus à la considérer comme une voisine. Quelqu’un sur qui ils peuvent compter.” (Sandrine Sigonney)

C’est justement ce qui fait l’intérêt de cette cohabitation intergénérationnelle. Les rapports entre le personnel et résidents sont cordiaux, ils n’en demeurent pas moins des rapports de clientèle. En outre, le personnel a une mission à accomplir pour assurer le bon fonctionnement des service et la délivrance des prestations en temps et en heure.

Avec Nour, c’est différent. “Nour est plus dans la spontanéité. Elle a plus de temps. Plus de liberté.” (Sandrine Sigonney).

En cinq mois, la jeune étudiante est devenue une amie proche pour certains, une confidente pour d’autres et une bonne camarade pour tout le monde. Un soir elle anime une conférence culturelle sur son pays. Le lendemain elle organise une sortie au cinéma. Quand elle n’est pas invitée à dîner chez une résidente, Nour partage le repas avec un petit groupe dans le restaurant de la résidence. La jeune femme doit s’adapter aux demandes individuelles et collectives. Aller à la rencontre des personnes qui s’isolent et faire preuve de diplomatie pour donner un peu de son temps à chacun. Ce n’est pas toujours facile de dire non quand une résidente avec laquelle elle a partagé un après-midi de shopping chez Truffaut l’invite pour un thé le lendemain après-midi!

“Les résidents ne sont pas tous demandeurs. Il faut être à l’écoute et savoir rebondir sur leurs attentes, verbalisées ou non, ensuite je fais des propositions et on voit ce qui fonctionne”. (Nour).

Avec Nour, les caractères s’assouplissent :

  • On récite des poèmes.
  • Ce résident mélomane ose jouer de l’harmonica suite à une discussion autour de la musique.
  • Cet autre qui dînait toujours seul l’invite désormais à partager son dîner.

La prestation de Nour est formalisée par un contrat de travail au titre duquel l’étudiante occupe un logement équipé de 40 mètres carrés en contrepartie de 39 heures mensuelles de présence active auprès des résidents. Le contrat initial signé en janvier 2018 se termine en octobre 2018. Si l’expérimentation est satisfaisante, Domitys envisage de l’étendre à d’autres établissements. En tout état de cause, pour Sandrine Sigonney, il ne fait aucun doute que la présence active de sa jeune colocataire améliore l’humeur des autres résidents et que l’expérience doit être renouvelée.