Entretien avec Benoît Goblot à propos de la formation

Benoit Goblot Synapse Formation

Entretien exclusif avec Benoît Goblot, le président du Syndicat national pour la Silver économie (Synapse) et responsable de la task force « Formation » au sein de la filière nationale Silver économie.

Benoît Goblot est le CEO de Matinal, une agence de marketing stratégique dédiée au marché des seniors qu’il a fondée en 2002.

Je l’ai interviewé à propos de l’enjeu de la formation pour la Silver économie mais notre discussion à bâtons rompus nous a conduit à un plus vaste panorama des enjeux de la Silver économie.

Nous partageons une même vision de l’avenir de la Silver économie.

Nous sommes tous les deux convaincus que le sujet doit devenir une préoccupation pour la société dans son ensemble. Que la Silver économie n’est pas uniquement un sujet économique mais aussi un sujet systémique.

Sociétal.

Or, pour intéresser le plus grand nombre et devenir une préoccupation majeure au même titre que le climat ou la RSE, la Silver économie doit s’émanciper de son historique médico-social.

Je vous souhaite autant de plaisir à lire cet entretien que j’en ai pris à le réaliser.

portrait de Benoît Goblot
Benoît Goblot

Interview exclusive de Benoît Goblot (Synapse) par Alexandre Faure (Sweet Home).

Alexandre Faure : Bonjour Benoît, pour commencer, pouvez-vous nous présenter le Syndicat National pour la Silver économie dont vous êtes Président ?

Benoît Goblot : Le Syndicat National pour la Silver Economie, c’est un syndicat professionnel, un syndicat d’entrepreneurs. Au sein du Synapse ne sont présents que les représentants des entreprises. Le financement est assuré par ces seules entreprises. Il n’y a pas d’interaction avec des organismes publics, ni de subventions.

Comme tout syndicat professionnel, le Synapse a vocation à défendre les intérêts des entreprises. Et pour cela nous avons trois ambitions.

  1. Favoriser l’innovation,
  2. Développer la formation,
  3. Respecter une éthique professionnelle.

Alexandre Faure : Le Synapse a été créé en quelle année ?

Benoît Goblot : Le Synapse est le successeur de l’Asipag qui a été créé en 2010. Au départ c’était uniquement des gerontechnologies. Le syndicat s’est ouvert à des tas d’autres entreprises. C’est le Syndicat National Pour la Silver Economie donc le nom officiel date de 2016.

Le Synapse et l’innovation

Alexandre Faure : Que fait le Synapse pour favoriser l’innovation ?

Benoît Goblot : Les membres du syndicat sont des entreprises matures : elles ont un marché, des clients, un chiffre d’affaires et des années d’expérience, des savoir faire et des modes de distribution. En synthèse, ce sont des entreprises implantées. Mais comme toute entreprise, elles ont besoin d’innover régulièrement de manière à apporter de nouveaux input au marché, aux clients ou aux consommateurs. En échangeant, en se réunissant entre elles, elles aboutissent à de nouveaux projets qu’elles peuvent réaliser avec des partenaires qui sont présents au sein du syndicat.

Toujours dans une optique d’innovation, le Synapse a un partenariat avec l’université Paris-Descartes qui est la première université en France dédiée à l’homme. Il ne faut jamais oublier que la Silver économie sert des hommes, des retraités.

Ce partenariat nous donne accès à l’ensemble des ressources de l’université. Les chercheurs qui travaillent et qui peuvent donner une validation scientifique à tous les projets menés par nos entreprises.

Ce ne sont pas des cabinets, qui ont une légitimité plus ou moins forte, qui vont valider l’offre qui est faite aux seniors mais ce sont des chercheurs, des universitaires. Des gens qui ont l’expertise scientifique et qui sont déconnectés des contraintes du marché.

L’université anime également son propre living Lab qui est mené notamment à l’hôpital Broca. Il a fait sa preuve sur un certain nombre de sujets en matière d’utilité à destination des seniors. C’est un point extrêmement important parce que beaucoup de projets et d’innovations dans l’univers de la Silver économie ne prouvent pas leur utilité aux seniors.

C’est pour cela que beaucoup échouent !

Au sein du syndicat, comme nous avons des entreprises qui vivent, a priori elles n’ont pas échoué… par définition [sourire].

Le Synapse et la formation

Alexandre Faure : Le deuxième objectif du syndicat, c’est la formation. Pourquoi la formation ?

Benoît Goblot : Toute filière économique crée ses structures de formation ou bien elle les encourage. Dans l’industrie automobile. Il y a tout un ensemble d’écoles d’ingénieurs et des cursus de formation d’ouvriers spécialisés en usine qui sont développées de manière à fournir une main d’œuvre qualifiée au secteur automobile.

Idem dans la communication, qui est mon métier. Vous avez des écoles de marketing et de communication qui se sont développées de manière à pouvoir fournir aux entreprises du personnel qualifié.

En matière de Silver économie aujourd’hui, il n’y a pas grand chose. Notre objectif c’est de contribuer à apporter cette main d’œuvre qualifiée.

Je vais vous donner un exemple : on parle très souvent du potentiel des emplois des services à la personne. Potentiel qui n’a jamais été révélé !

Il y a une raison très forte à cela, c’est la carence en personnel qualifié. Très souvent, les personnes qui sont employées dans le secteur des services à la personne sont sous-qualifiées ou pas qualifiée du tout et payés au lance-pierre.

Mais à partir du moment où on formera ces auxiliaires de vie de manière plus qualitative, elles seront capables d’apporter un service plus qualitatif et donc elles auront une rémunération plus qualitative.

Nous cherchons à tirer ces professions vers le haut.

Les cursus de formation

Alexandre Faure : Quel cursus voulez-vous développer en priorité ?

Benoît Goblot : Vous avez deux types de formation qui sont absolument indispensables.

Les premières s’adressent aux personnes qui exercent dans la Silver économie et y sont arrivées un peu par hasard. Ces gens exercent une fonction dans des entreprises comme Korian, Orpéa mais aussi Daxon qui est une entreprise de vente par correspondance à destination des séniors. Ils ne savent pas nécessairement qu’ils sont dans l’univers de la silver économie.

C’est un point qui est extrêmement important. En leur apportant toutes les formes de connaissance et de validation de leur expérience professionnelle nous leur permettons d’évoluer au sein du métier et de mieux répondre aux enjeux de notre secteur d’activité.

Mais la formation continue n’est pas suffisante. Pour faire évoluer la Silver économie, nous devons attirer des jeunes.

Les jeunes apportent la créativité, le dynamisme, l’envie. Si l’on n’attire pas de jeunes, notre secteur d’activité va continuer à tourner en rond.

Benoît Goblot

D’où l’importance de créer des formations de manière à ce qu’un certain nombre de jeunes voient le un potentiel économique, les opportunités et décident de se former pour contribuer à développer l’offre produits et services.

Ce qui manque souvent.

Pourquoi est ce que le marché se développe peu ?

Parce que l’offre produits et services n’est pas si développée que cela.

Le Synapse et l’éthique

Alexandre Faure : Enfin, le troisième sujet sur lequel vous travaillez, c’est l’éthique.

Benoît Goblot : En effet. Le marché est constitué de consommateurs âgés, susceptibles pour un certain nombre d’être fragiles et donc il est indispensable d’avoir une éthique par rapport à cette clientèle là.

Tous nos membres s’engagent sur une charte éthique qui a été développée par le syndicat et qui est la preuve de notre volonté de bien faire et de bien répondre aux attentes de nos clients.

La Task Force Formation de la filière Silver économie

Alexandre Faure : Vous êtes chargé de la task force Formation professionnelle au sein de la filière Silver économie. Qu’est-ce qui vous a amenés à porter ce sujet ?

Benoît Goblot : La formation pour nous c’est un enjeu majeur aujourd’hui, au sein de la filière. Toutes les filières se sont construites et se sont développées parce qu’elle savent apporter un sang neuf, qualifié aux entreprises qui œuvrent déjà dans leur secteur d’activité.

Si l'on n'attire pas de jeunes la silver économie va continuer à tourner en rond

Un DU de Silver économie

Alexandre Faure : En décembre dernier, le Synapse a annoncé travailler avec l’université Paris Descartes sur un DU Silver économie. En quoi consiste cette formation et à qui s’adresse-t-elle ?

Benoît Goblot : Notre but c’est véritablement d’apporter un savoir faire en matière d’encadrement et de management de la Silver économie.

Quatre modules ont été développés :

  1. Le cadre socio-démographique,
  2. L’Écosystème et parties prenantes au sein de la Silver Economie,
  3. Le cadre juridique,
  4. Les enjeux marketing.

Le DU Silver économie va être mis en place à partir de janvier 2020 avec une première promotion de 12 élèves. 70 heures de cours vont être délivrées et seront attestées avec l’établissement d’un diplôme de fin de cycle.

Alexandre Faure : Cette première promotion sera composée d’étudiants en cursus initial ?

Benoît Goblot : Non. Nous allons le proposer à des professionnels exerçant déjà en entreprise et qui souhaitent valider leur expérience professionnelle par ce diplôme universitaire.

C’est la première étape, parce que c’est la plus facile à mettre en oeuvre.

La deuxième étape sera de créer des filières diplômantes pour des jeunes étudiants en cursus initial

Alexandre Faure : Au delà de votre partenariat historique avec Paris Descartes, qu’est ce qui vous a décidé à opter pour un cursus universitaire et pas un cursus type école de commerce ?

Benoît Goblot : La première raison c’est que nous tenons à développer notre propre cursus, qui soit à la fois de haut niveau et transversal. Les écoles de commerce et d’ingénieur ont tendance à privilégier des cursus spécialisés, à l’instar de l’Inseec qui propose un cursus de directeur d’Ehpad.

Cependant, nous ne négligeons pas cette piste pour des cursus futurs et nous sommes justement en pourparlers avec certains établissements dans l’optique de collaborations futures.

Alexandre Faure : Vous aviez entamé cette réflexion avant de rejoindre la Task Force Formation de la filière Silver économie, mais cette nomination a-t-elle changé quelque chose ?  

Benoît Goblot : Aujourd’hui en tant que président du syndicat j’ai été désigné comme responsable de la Task Force Formation au sein de la filière Silver économie.

Effectivement, nous poursuivons les travaux amorcés avec le syndicat. L’avantage d’être mandaté pour cela au sein de la filière c’est que cela nous donne une exposition plus large.

Une caution en terme de représentativité auprès des différents organismes.

C’est un vrai plus.

Ensuite sur les activités de la filière aujourd’hui, sans doute parce que c’est un peu tôt, il est difficile d’arriver à cerner au quotidien ce que nous apporte la filière en tant que telle.

Tout est à construire.

Faire de la formation un levier pour rendre la Silver économie plus désirable

Alexandre Faure : Nous avons parlé de la formation développée avec l’université Paris-Descartes. Vous avez également abordé la formation de l’aide à domicile et les formations diplômantes dans le médico-social. Il y a déjà beaucoup de diplômes dans ce domaine. Avez-vous aujourd’hui des pistes sur la manière de procéder. Qu’est ce qu’il faudrait faire en priorité pour changer la donne ?

Benoît Goblot :

  1. Arriver à répertorier l’ensemble de ces offres de formation.
  2. Les cartographier, c’est à dire voir comment elles se répartissent, quel niveau de spécialisation, quel est leur niveau de qualification.
  3. Voir en quoi elles répondent effectivement aux besoins des entreprises. Quels sont les débouchés qui sont apportés ?

C’est à nouveau un gros travail qui est lourd et compliqué. Il y a une grande hétérogénéité.

Sii vous prenez l’industrie automobile par exemple on en perçoit plus rapidement les contours et on peut imaginer plus facilement quels sont leurs besoins, il y a quelques acteurs à interroger pour arriver à définir quels sont leurs besoins.

Dans la Silver économie, les acteurs sont extrêmement hétérogènes :

  • Des groupes d’Ehpad,
  • Des groupes de services à la personne,
  • Des entreprises de vente par correspondance,
  • Des banques, des assureurs,
  • Des croisiéristes, des entreprises automobiles, etc….

Nous avons des panels assez larges et toutes les entreprises n’ont pas les mêmes critères ni les mêmes attentes. Donc il faut arriver là aussi à identifier toutes ces entreprises, à les solliciter et trouver un dénominateur commun le plus haut possible.

C’est un travail qui va demander deux trois ans pour aboutir à quelque chose tout à fait concret et opérationnel.

Le Synapse et la filière Silver économie

Alexandre Faure : Vous étiez engagés dans les travaux de la filière dès 2013 ?

Benoît Goblot : Oui tout à fait. En l’occurrence, nous sommes à l’origine de la création de la filière Silver économie avec Madame Delaunay et Monsieur Montebourg puisqu’ils se posaient la question des domaines économiques qui pourraient booster la croissance en France et créer de l’emploi.

Mes prédécesseurs avaient fait cette proposition d’organiser une filière autour de la Silver économie qui était d’ailleurs était dans les sept propositions du rapport Lauvergeon de 2013.

Alexandre Faure : Depuis sa création en 2013, la filière Silver économie a eu des hauts et des bas. Qu’est ce qui est différent aujourd’hui ?

Benoît Goblot : Tout d’abord, il y a une volonté manifeste de réunir l’ensemble des acteurs de la Silver économie. Ce qui est déjà un plus. En outre, la nouvelle organisation mise sur le partage et la transversalité alors que les précédentes itérations fonctionnaient plutôt en silo.

La désignation de Luc Broussy comme coordinateur de la filière permet d’unifier les travaux.

Luc Broussy a su réunir l’ensemble des participants, maintenant c’est à lui de faire vivre la filière, de l’organiser, de la développer et de faire en sorte qu’il y ait des échanges plus riches.

La difficulté pour la filière c’est son rattachement au ministère de la Santé, ce qui la place de facto dans le champ du médico-social.

La Silver économie ne se limite pas au médico-social

Or, la Silver économie ne se limite pas au médico-social. Il existe mais il n’y a pas que cela dans la Silver économie. Et je pense que cela fausse un peu la perception de la Silver économie et des acteurs qui peuvent y rentrer.

Je suis plutôt partisan d’un rattachement au ministère de l’économie parce que nous sommes une filière économique avant tout, ou en tout cas un co-présidence entre les deux ministères comme c’était d’ailleurs le cas auparavant.

C’est aussi pour cela qu’il est extrêmement important pour nous, en tant que syndicat, de favoriser et de pousser en avant les initiatives intéressantes.

Mais avant tout de travailler en tant que syndicat au quotidien. Nous sommes des entreprises et nous défendons les intérêts des entreprises. C’est donc à nous de nous saisir de sujets qui nous intéressent et de les porter le plus loin possible, indépendamment de toute autre structure ou organisation.

Benoît Goblot Synapse la silver économie ne se limite pas au médico social

Comment faire décoller la Silver économie ?

Alexandre Faure : D’après vous, qu’est ce qui pourrait faire vraiment décoller la Silver économie. Quelle est l’étincelle ?

Benoît Goblot : La Silver citoyenneté. C’est le concept que nous avons proposé dans le cadre de la deuxième journée nationale de la Silver économie, en décembre dernier.

Aujourd’hui la prise de conscience de la préservation de l’environnement est devenu fondamentale pour l’ensemble des individus, que ce soit des personnes physiques ou des personnes morales. Les entreprises développent des programmes d’éco-responsabilité.

Cela ne veut pas dire qu’elles ne polluent plus. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont plus d’activités industrielles. Cela veut dire que dans l’ensemble de leur process, elles se préoccupent la préservation de l’environnement et font en sorte d’avoir le moins d’impact possible sur l’environnement de manière à préserver l’écosystème dans lequel nous évoluons.

De la même manière, nous proposons un changement de paradigme autour de la longévité. Nous voulons aider les entreprises à prendre en compte le vieillissement de la population dans la conception et la commercialisation de leurs produits et services.

Tous les secteurs économiques sont concernés. Que ce soit l’agroalimentaire, les loisirs, l’hôtellerie, la restauration, la mobilité et les entreprises de transport comme la SNCF ou les les fabricants d’automobiles. Ils ont tous une part plus ou moins importante de clientèle âgée.

Comment est-ce qu’ils font en sorte que tous ces consommateurs là puissent continuer à consommer leurs services et leurs produits ?

C’est cette évolution là qui fait que ces entreprises vont venir au sein de la Silver économie pour se nourrir de toute l’expertise qui a été développée par les acteurs qui y sont déjà présents.

La logique est purement là et la réalité c’est que la Silver économie est un domaine beaucoup plus large que le médico-social. Le réduire au médico social n’a pas grand intérêt parce que c’est trop réducteur et que le médico-social n’attire pas les foules.

Si vous prenez par exemple l’univers des croisières aujourd’hui, c’est un secteur colossal. Et qui est la clientèle principale des croisiéristes ? Cela reste les personnes âgées.

Et ce ne sont pas des maisons de retraite sur l’eau pour autant !

Nous devons amener les grandes entreprises à réfléchir, à développer des produits et services, adapter les choses.

Benoît Goblot

Dans le descriptif de votre offre produits et services, les seniors vont lire toutes les réponses aux questions qu’ils se posent.

Ils ont l’avantage d’identifier les problèmes liés à leur âge et de savoir lire. [rires]

Je le dis sur le ton de la blague, mais n’oubliez pas que c’est la génération de l’écrit. Plus vous leur donnez d’explications écrites sur la composition de votre offre produits et services, plus ils vont trouver les réponses aux questions qu’ils se posent et plus ils seront à même de consommer ce produit ou service.

L’enjeu est très clairement là : mettre à disposition de ces populations des produits et des services adaptés. Pas du tout estampillé pour les seniors. Moi je n’y crois pas un seul instant à ça. Il n’y a aucune raison de faire un produit spécial senior.

La perception de la Silver économie par ceux qui n’en sont pas

Alexandre Faure : Vous travaillez dans la communication. Etes-vous sollicité par des enseignes qui ne soient pas spécifiquement estampillées Silver économie ?

Benoît Goblot : Nous avons mené beaucoup de missions de marketing stratégique pour aider de grandes entreprises à développer des stratégies de communication à destination des seniors.

Ce n’est pas nous nécessairement qui les mettons en œuvre parce que ces entreprises travaillent avec des grands groupes de communication, mais nous servons de coach pour les aider à prendre en considération la composante senior de la clientèle. Nous avons développé des gammes de produits dans l’univers électroménager, à aucun moment il était indiqué “spécial vieux”. Mais tout était fait pour que les seniors trouvent instantanément les réponses à toutes les questions qu’ils se posaient.

Alexandre Faure : Quand vous travaillez avec des grands groupes, est-ce qu’ils sont conscients de la taille future du marché des seniors dans un futur proche ?

Benoît Goblot : Ils sont d’autant plus conscients aujourd’hui que, vous savez comme moi qu’en France l’économie est d’abord tirée par la consommation. Or, il ne faut jamais l’oublier, les premiers consommateurs de la société de consommation ont été les boomers, et ce basculement démographique vers une population de plus en plus âgée déplace l’âge médian des consommateurs.

Ceux qui sont les plus accros à la consommation restent les boomers.

Benoît Goblot

Jusqu’à présent, ces marques ont un peu mis des œillères pour ne pas regarder dans cette direction là. Aujourd’hui, comme elles ont toutes du mal avec les populations plus jeunes qui sont finalement moins consommatrices, elles prennent conscience de l’importance des seniors et cherchent les moyens de répondre à leur demande spécifique.

Ce n’est pas forcément de gaieté de cœur parce que les modèles marketing créés dans les années 1960 ont tendance à vouloir aller vers les jeunes.

Mais les jeunes des années 1960 sont les vieux d’aujourd’hui !

Alexandre Faure : Comment envisagez-vous les formations. Présentiel, digital, les deux ?

Benoît Gobot : Nous voulons mélanger les deux.

Aujourd’hui, le gros avantage aussi pour nous c’est que nous sommes devant une page blanche. Adopter instantanément toutes les méthodes modernes et innovantes, rien de plus facile parce qu’il n’a rien à bousculer et tout à créer.

Adopter des méthodes innovantes de formation, c’est un bon moyen de gommer cet aspect vieillot qui colle à la Silver économie et rebute un certain nombre de personnes.

Pour nous c’est vital de montrer que la Silver économie est un secteur extrêmement dynamique et innovant, porteur de process nouveaux, y compris dans la formation.

Comment intégrer le monde économique dans la Silver économie ?

Alexandre Faure : Dans les différentes manifestations autour de la Silver économie, quelques grandes entreprises comme La Poste ou EDF se manifestent de temps en temps. Mais elles restent globalement discrètes. D’autres acteurs comme l’automobile, les transports, les voyages ne sont pas visibles. Qu’est ce qui les retient aujourd’hui de s’engager ou d’ouvrir le dialogue ?

Benoît Goblot : Ce qui les retient, c’est ce qu’a été la Silver économie au début, à savoir la restriction au médico-social. Personnellement, j’ai été très surpris quand la Silver économie s’est mise en place de découvrir que, par exemple, des éditeurs de presse comme Notre Temps n’étaient pas au cœur des activités. C’est tout de même un média qui parle tous les mois à 3 ou 4 millions de retraités et on les met pas au cœur du projet, c’est sidérant !

De la même manière les entreprises de vente par correspondance qui aujourd’hui vendent à plusieurs centaines de milliers de retraités chaque année des produits parfaitement adaptés.

Ils ont fait évoluer leur offre au cours des cinquante dernières années. Ils font face à l’émergence de nouveaux relais, de nouveaux modes, de nouveaux canaux de communication et de commercialisation.

Enfin bref, c’est déjà au cœur de la réalité économique. Ces acteurs économiques ne se reconnaissent pas dans la Silver économie, cantonnée au médico-social.

Ceux qui étaient légitimes n’ont pas été associés dans la Silver économie et ceux qui n’y étaient pas de manière naturelle n’ont pas eu envie.

La Silver économie doit aller au delà du médico social, tout simplement parce que nos retraités sont présents dans toutes les dimensions de notre société, ce qui permettra de mieux répondre aux attentes et envies de nos retraités et de donner à la Silver économie et à ses entreprises la place qu’elle mérite.

Aujourd’hui beaucoup d’entreprises développent des offres intergénérationnelles. L’intergénérationnel, c’est un produit ou service qui va être consommé et partagé par plusieurs générations.

Le médico-social par définition n’est pas consommé par plusieurs générations.

Apprenez-en plus sur les projets intergénérationnels dans mon entretien avec la sociologue Mélissa Petit et l’experte en stratégie territoriale, Elodie Llobet.

Alexandre Faure : L’image médico-social de la Silver économie contribue également à entretenir la conviction que ces activités doivent être financées par la solidarité nationale, n’est-ce pas ?

Benoît Goblot : Tout à fait. Il y a les institutions publiques, et l’Etat, les collectivités régionales et départementales qui sont focalisés là dessus. Pour plusieurs raisons :

  1. Ce sont des électeurs,
  2. Très souvent ces activités font partie de leur pré carré,
  3. C’est souvent un moyen de faire croire qu’on traite le problème.

Je dis cela parce qu’il y a beaucoup d’expérimentations qui sont tentées. Certains organismes disposent de budgets prévention qui octroient plusieurs millions d’euros par an à des opérations de prévention. On expérimente des choses mais sans jamais se préoccuper de l’existence d’un marché solvable.

Je ne crois pas au financement de la dépendance par la collectivité

Alexandre Faure : Est-ce que la Silver économie pourrait plutôt être définie comme l’adaptation de la société économique au vieillissement ?

Benoît Goblot : Pour moi c’est très clairement l’adaptation de la société à la longévité, au vieillissement par l’ensemble des acteurs économiques.

La réalité c’est celle là.

Ouvrez votre fenêtre, regardez qu’est ce qui se passe partout. Tous les démographes le disent mieux que moi. Nous sommes une société qui vieillit. Or le pouvoir d’achat est très clairement détenu par ces populations là.

Comment est-ce qu’on fait en sorte que les seniors soient pris en compte et que les produits et services développés pour eux soient intergénérationnels ?

Comment faire en sorte que ceux qui ont le pouvoir d’achat puissent se dire “Je vais partager un produit ou un service avec des générations plus jeunes. Mais c’est peut être moi qui vais me payer c’est moi qui le prend en charge parce que ça me correspond mais ça correspond aussi aux plus jeunes.

La question est clairement là.

Certains acteurs, par intérêt économique, vont restreindre la Silver économie au caractère médico-social.

Benoît Goblot

Le secteur médico-social est financé par l’Etat mais l’Etat n’a plus d’argent.

Et la capacité à réorienter ses ressources vers la Silver économie est extrêmement faible.

Cela veut dire très clairement qu’il n’y a pas de moyens nouveaux donc le marché ne grossit pas.

C’est une erreur fondamentale : il est indispensable d’aller trouver de nouvelles pistes et de sortir de ce seul caractère médico-social.

Alexandre Faure : Aujourd’hui, il y a beaucoup d’espérances par rapport au cinquième pilier de la Sécurité sociale et à ce que la loi Grand Age et Autonomie va mettre en œuvre par rapport à cela, pensez-vous que la dépendance sera financée par la collectivité ?

Benoît Goblot : Je ne crois au financement de la dépendance par la collectivité. Du temps de Nicolas Sarkozy on parlait de 50 milliards et finalement l’estimation a été réduite à 50 millions. Je pense qu’on est capable de saupoudrer un tout petit peu d’argent mais en réalité tant qu’on ne tiendra pas un discours de vérité sur l’ensemble de ces sujets là, on fera semblant de croire ce que l’Etat peut prendre en charge.

Mais l’Etat ne prendra rien en charge du tout.

Regardez juste le débat sur les départs en retraite aujourd’hui, on ne change pas l’âge légal de départ en retraite. En n’y touchant pas, tout le monde est content et conserve le droit de partir à 62 ans. Mais, dans les faits, il faut cotiser un certain nombre d’années, ce à quoi s’ajoutent des bonus malus. Bref, très clairement, les gens vont être amenés à partir à 65 à 67 ans.

Moi je trouve cela plutôt positif, mais on n’ose pas le dire car la réalité des choses c’est celle là.

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