Ce professionnel qui a installé 80 000 douches chez des seniors dévoile sa méthode

80 000 douches pour seniors

Professionnels du bien vieillir et pouvoirs publics placent leurs espoirs dans l’aménagement de l’habitat et de l’urbanisme pour permettre à plus de français de vivre leurs derniers jours à domicile. 

Hélas, le réflexe de l’adaptation peine à s’installer chez les citoyens.

Sur le plan technique, nombreux sont les opérateurs capables d’adapter un logement. Les difficultés apparaissent en amont de l’installation : comment persuader une personne de conduire des travaux chez elle pour anticiper face à d’hypothétiques difficultés à venir ? Comment convaincre les gestionnaires de résidence de conduire ces adaptations chez leurs locataires ?

Nous avons posé la question à Jean Tartary, professionnel de la salle de bains sur le marché des seniors. Au cours de sa carrière, il a installé environ 80 000 douches chez des des personnes âgées. Dans l’interview exclusive qu’il accorde à Sweet Home, ce sexagénaire qui a reçu une formation initiale de génie mécanique, été officier dans l’ALAT (le régiment des hélicoptères de combat) avant de consacrer sa carrière à l’adaptation du domicile des personnes âgées vous explique comment il travaille, pour qui et dans quel but.

La genèse

Après 15 ans chez Indépendance Royale, Jean Tartary a décidé de se confronter directement à ces questions. Il fonde la société Aménagement Senior Habitat en 2015. L’entreprise assure l’aménagement de salles de bains “senior” pour les professionnels. Pour compléter son offre, il crée LT Showertec qui s’occupe de la conception, la fabrication et l’importation des pièces nécessaires à l’aménagement.

Afin de trouver sa place auprès des professionnels du logement, Jean Tartary a adopté deux parti-pris fort : 

  • Proposer une solution à un problème plutôt qu’un aménagement sans finalité
  • S’adresser explicitement aux séniors sans les stigmatiser

Aujourd’hui il nous explique ce choix, nous parle des difficultés auxquelles il a dû faire face, et évoque l’avenir de l’adaptation du logement tel qu’il l’envisage.

Le choix du B to B

Jean Tartary a choisi un modèle B to B pour son entreprise. Pourquoi ? Parce qu’il voyait dans ce marché un terrain insuffisamment couvert par les vendeurs de solutions. Du fait du format des marchés publics et des appels d’offres, les entreprises qui couvrent ce marché ont une approche orientée bâtiments. Ce sont avant tout des conducteurs de travaux.

Aménagement Senior Habitat ne s’adresse pas au commanditaire – qu’il soit un bailleur social ou une résidence senior – mais à l’usager pour lequel les travaux seront conduits. Le commanditaire n’est qu’un intermédiaire, ce que Jean Tartary a bien compris : “notre spécialité c’est le senior, pas la salle de bain”.

Le B to B est aussi une façon de s’adresser aux locataires qui ont “les mêmes difficultés que quelqu’un qui vit chez lui” mais qui n’ont pas nécessairement accès aux mêmes réponses en termes de rénovations.

Un commerce de solutions

L’adaptation d’un logement au vieillissement n’est ni désirable ni nécessaire sur le moment. Qu’est-ce qui poussera une personne âgée à accepter des travaux intrusifs chez elle ? Le confort d’abord. L’assurance de ne pas être stigmatisée ensuite. Un bénéfice et une garantie. Jean Tartary ne vend pas des travaux nécessaires, il vend la solution à un problème d’inconfort : “je ne parle pas de plomberie, je parle de douche accessible”.

Il est pour cela nécessaire de prendre en compte les contraintes de l’utilisateur et du bâti. Au contraire du logement neuf où l’espace peut être alloué librement, ici il faut faire avec un espace donné et l’optimiser au mieux : “si vous avez une salle de bain qui fait deux mètres par deux, vous n’aurez jamais tous les éléments pour faire du PMR à 100 %”.

Des adaptations évolutives

Au contraire des adaptations handicap, les rénovations conduites se font par petites touches. Le diable est dans les accessoires. Pourquoi reconstruire une salle de bain de zéro quand une poignée et un siège bien placé réduisent l’essentiel de l’inconfort ressenti par le résident ?

L’adaptation doit tenir compte des contraintes existantes en termes de budget et d’espace, elle doit aussi tenir compte des contraintes à venir, être évolutive. Les accessoires modulables rendent l’adaptation évolutive plus simple. À l’avenir, Jean Tartary voit dans la domotique un outil qui permettra une personnalisation plus fine des logements.

La modularité passe aussi par la co-construction. Il faut savoir écouter l’utilisateur pour comprendre les ajustements dont il a et aura besoin. Des travaux non-standardisés, qui tiennent compte de l’avis du résident, sont la clef d’aménagements plus adaptables à l’avenir.

Interview de Jean Tartary, fondateur de Aménagement Senior Habitat

Alexandre Faure : Bonjour Jean. Pourquoi était-ce important pour vous d’avoir une société qui crée des produits ? Auparavant, vous distribuiez des produits qui étaient créés par d’autres ?

Jean Tartary : Pendant mes dernières années chez Indépendance Royale, j’ai créé un certain nombre de produits qui faisaient partie de la gamme de l’entreprise. L’idée est venue de la difficulté dans notre société à faire la différence entre une personne âgée et quelqu’un qui a un gros handicap. La différence entre le senior et le handicapé est un gros problème, parce que la plupart des gens qu’on rencontre conçoivent la solution “Personne à mobilité réduite” (PMR) comme la solution qui répond à toutes les difficultés qu’on peut rencontrer. Or moi, tout ce que j’ai vu en adaptations PMR était moche. Vous voyez, j’ai les cheveux blancs et je me vois mal là-dedans. Donc, j’ai préféré créer des produits « design for all », parce qu’une douche est une douche, mais y placer quelques accessoires permet de faciliter le quotidien. Nous voulons vraiment une gamme de produits à nous.

Ce qui est important, c’est que cette volonté et la difficulté de passer ce message, notamment auprès des bailleurs sociaux, je les rencontre tous les jours. Avant tout, il faut penser à l’utilisateur final, et cet utilisateur final, il n’a pas envie d’être stigmatisé parce qu’il est vieux. Il a envie d’avoir des produits comme les autres, qui sont un peu adaptés, c’est vrai, mais pas plus que ça. L’idée, c’était d’être capable de coller à ce marché avec des produits un peu sympas.

Alexandre Faure : Finalement, les équipements PMR seraient stigmatisants ? Vous pensez que les personnes qui souffrent de handicap ont un seuil de tolérance plus bas que les seniors ?

Jean Tartary : Je pense que chez le senior, il y a une règle très simple : on se voit toujours avec 15 ans de moins que ce qu’on a. Si je me l’applique à moi-même, ça veut dire que je me vois à 45 ans, tout va bien. Et la seule réponse qu’on apporte actuellement, ce sont des solutions tournées vers le handicap. Un senior rentre là-dedans par la petite porte, par des difficultés très simples : quelques difficultés pour enjamber la baignoire, un appui qui serait bien à un endroit pour se sécuriser un peu plus… Tout ça, pour moi, ce n’est pas un problème de handicap, c’est un problème de confort de vie au quotidien.

Alexandre Faure : Qu’est-ce qui vous a particulièrement amené vers l’univers de la salle de bain, par rapport à d’autres pièces ? Est-ce que c’est un peu la pièce de tous les dangers ?

Jean Tartary : Quand j’avais travaillé sur les univers autour du maintien à domicile, sur la rénovation et l’adaptation, cinq univers étaient ressortis

La salle de bain en premier, parce que c’est là effectivement qu’on ressent très vite des difficultés. 

Le deuxième, c’est le transport et le déplacement, d’où le travail que j’avais fait sur des scooters électriques et tout un tas de produits équivalents. 

L’accès aux étages ensuite, c’est-à-dire : est-on capable de monter les marches ? est-on capable d’accéder à son domicile ? 

Puis le confort, avec des innovations qui soulagent au quotidien. Par exemple des solutions implantées directement dans le fauteuil pour les personnes sédentaires : une prise usb pour un casque, une lampe intégrée, etc.

Et la cinquième chose, c’est la domotique. Cela m’évoque des regrets, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire sur ce sujet. Il y a un besoin de solutions déployables et évolutives grâce à la domotique. Il y a beaucoup de gens qui travaillent sur le sujet, heureusement, et il y a plein de produits intéressants, mais je pense qu’il y a tellement de systèmes de communication, de fabricants, qu’il y a beaucoup de choses qui ne parlent pas ensemble

Il faudrait voir ce problème de domotique dans la globalité en disant : quelles sont les attentes dans l’usage du quotidien de la personne ? Et mettre les produits en face qui permettent de simplifier le quotidien. Tout va très vite, et le senior de demain ne sera pas le senior d’aujourd’hui. Mes parents ne savaient pas ce qu’était un ordinateur. Moi, j’ai déjà une connaissance de l’électronique et de l’informatique. Je pense que pour la génération d’après ce sera encore plus simple.

Le rôle déterminant des bailleurs sociaux

Alexandre Faure : Quand vous avez quitté Indépendance Royale, qu’est-ce qui vous a décidé à travailler avec les bailleurs sociaux plutôt que de rester en B To C ?

Jean Tartary : D’abord par préférence personnelle : j’ai toujours été plutôt dans le B To B.

La deuxième raison, c’est qu’un locataire a les mêmes difficultés que quelqu’un qui vit chez lui. Mais les réponses apportées aux locataires sont moins denses. Ce marché est complexe, parce qu’il est régi par des réglementations, des appels d’offres, etc. Je me suis dit que c’était un marché sur lequel on peut travailler, parce qu’il y a de la matière. 

Mais nous sommes aussi le vilain petit canard, parce que nous sommes des intégrateurs, nous ne sommes pas des sociétés tous corps d’état. Comme je le dis tout le temps aux bailleurs, notre spécialité c’est le senior, ce n’est pas la salle de bain. Pour la salle de bain, nous savons raccorder des tuyaux, faire des évacuations. Mais ce que nous prenons avant tout en compte, c’est l’usager final. 

Et de plus en plus, les bailleurs entendent ça, parce qu’ils peinent à adopter une politique senior efficace, pas trop complexe, acceptable par tout le monde, et surtout, non stigmatisante. Un bailleur social ne peut pas se retrouver avec 50 % de son parc fléché handicap, alors qu’il n’a pas les personnes intéressées en face. Donc, ça veut dire qu’il faut apporter des solutions aux bailleurs qui leur permettent de faire un investissement dans le temps sans être obligés de refaire à chaque fois.

Alexandre Faure : Qu’est-ce qui est compliqué pour les bailleurs ? On sait qu’aujourd’hui, ils sont confrontés à un problème de vieillissement de leurs locataires, et pourtant, vous dites qu’ils ont quand même des problèmes à appréhender cette problématique. 

Jean Tartary : C’est très simple, ce sont des marchés publics et pour les marchés publics, on réfléchit comme si c’étaient des travaux et pas comme si c’étaient des solutions. À partir du moment où il y a un marché public, une entreprise qui répond et qui n’a pas une fibre spécialisée senior n’a pas la même réponse qu’une entreprise qui ne fait que ça toute la journée. 

Et justement notre réponse n’est pas « bâtiment », elle est « senior ». Donc, nous avons décidé d’intégrer toutes les étapes de la production, parce qu’en étant installateur nous-mêmes, nous pouvons apporter une qualité de service qui nous convient. Une entreprise tous corps d’état qui sait très bien faire de la peinture, du sol, etc., n’est pas spécialiste du senior. Le marché public qui va être lancé pour remplacer des baignoires par des douches peut n’avoir aucune connotation « senior ». Pourtant, au bout du compte, l’objectif est d’avoir des douches accessibles et de mettre des gens un peu plus âgés dans ces appartements.

Le rôle déterminant des ergothérapeutes

Alexandre Faure : Je voudrais revenir sur un point que vous avez abordé tout à l’heure. Vous parliez des ergothérapeutes, aujourd’hui, sont-ils présents sur tous les chantiers que vous faites ?

Jean Tartary : Dans ma vie, j’ai dû installer peut-être 70 000 ou 80 000 douches, donc j’ai appris un certain nombre de choses, mais je ne suis pas ergothérapeute. Nous avons des réflexes d’usage, mais il y a un certain nombre de choses qui doivent être faites par des professionnels. 

La difficulté des ergothérapeutes, c’est qu’ils ne sont consultés que sur certains types de marchés. Ils ne le sont pas à chaque fois qu’il y a un aménagement de domicile. Ils ont un savoir-faire, et surtout, ils amènent de la sécurité et une assurance que les travaux et la solution qui va être mise en œuvre seront de qualité. Mais il faut que ça corresponde au bâti. On peut se dire « OK, on va faire une salle de bain PMR », mais si vous avez une salle de bain qui fait deux mètres par deux, vous n’aurez jamais un rayon de giration de 1,50 m, vous n’aurez jamais une porte qui fait 90 cm, et vous n’aurez jamais tous les éléments pour faire du PMR à 100 %

D’où l’importance de la douche senior : les attentes ne sont pas les mêmes. On ne va pas faire rentrer quelqu’un avec un fauteuil roulant dans cette salle de bain ! On va vous demander, par exemple, de faire une salle de bain avec un passage de 90 cm, alors que la porte pour rentrer en fait 70 ! Il faut rester cohérent. Nous faisons valider nos solutions par des ergothérapeutes. Le cas échéant, nous demandons à un ergothérapeute d’intervenir au moment de notre visite “avant pose” pour trouver une solution qui soit acceptable pour le client et pour le bailleur.

Pour approfondir le sujet, lisez notre article : à quoi sert un ergothérapeute

Alexandre Faure : Le rapport Broussy de 2021 préconise un diagnostic d’ergo avant tout chantier. Est-ce vraiment très ambitieux ou dans l’air du temps par rapport à ce que vous vivez aujourd’hui ?

Jean Tartary : Paris ne s’est pas fait en un jour. Du jour au lendemain, décréter que tous les travaux conduits seront supervisés par un ergothérapeute, ça me paraît un peu ambitieux. Par contre je pense que plus on va s’en approcher, plus on se rapprochera de la solution la plus efficace pour le bailleur. Encore une fois, je ne parle pas de plomberie, je parle de douche accessible. Accessible en termes de coût aussi. Faire une salle de bain PMR, c’est toujours possible avec un budget de 15 000 ou 20 000 € par salle de bain. Malheureusement, ce n’est pas le budget des bailleurs sociaux. 

Donc, il faut trouver le compromis entre le bâti, les difficultés du senior et disposer d’une garantie que ce qui est mis en place correspond réellement à l’attente du bailleur et à l’attente de l’usager. En ça, c’est vrai que les ergothérapeutes ont beaucoup à apporter.

Alexandre Faure : Il n’y en a pas assez, des ergothérapeutes. Est-ce que vous subissez cette carence sur le terrain ?

Jean Tartary : Oui et non, parce que nous, comme c’est un sujet que nous maîtrisons depuis quelque temps, nous sommes moins sensibles à ça. Par contre, c’est pour rendre tout le monde un peu plus mature qu’il est important de rencontrer plus d’ergothérapeutes sur le terrain. 

Il est important d’avoir des professionnels – qu’ils soient bailleurs, résidences pour personnes âgées, résidences seniors, etc. –  qui prennent bien en compte le sujet du senior et de l’accessibilité. Chaque locataire qui arrive dans une résidence a sa propre sensibilité. Mais la réponse doit être la même, c’est-à-dire qu’elle doit être capable de fournir à un locataire, dans un endroit donné, une solution acceptable, raisonnable en prix, et non-stigmatisante pour ne pas flécher les logements

C’est ce mélange qu’il faut réussir à faire et je pense que les ergothérapeutes sont capables de sensibiliser les bailleurs sur ces sujets. Mais ça prendra un peu de temps.

Aller plus loin : lisez notre analyse complète du rapport Broussy de 2021 consacré à l’adaptation du logement

Les enjeux de la rénovation

Alexandre Faure : Et quand vous travaillez avec des bailleurs sociaux, vous travaillez sur de la rénovation et de la construction ? Vous faites les deux ?

Jean Tartary : Non, nous ne travaillons que sur de la rénovation. La construction, c’est plus le travail d’un bureau d’études ou d’un architecte qui interviennent dans la conception. Les réglementations sont plus strictes mais il y a plus de marges de manœuvre dans l’aménagement.

Dans la rénovation, nous nous heurtons à des problèmes de place, de murs, de financement, de coût des travaux, donc il faut essayer de trouver la solution de moyen terme la plus acceptable pour tout le monde. On n’a pas les mêmes contraintes, ni réglementaires, ni techniques.

Comment travailler pour des seniors

Alexandre Faure : Quand vous faites des chantiers de rénovation, comment êtes-vous accueillis par les occupants ? Globalement, sont-ils plutôt contents qu’on s’occupe de leur salle de bain ou vous avez des résistances ?

Jean Tartary : Dans l’ensemble, nous sommes quand même toujours très bien reçus. Il faut savoir que nous y allons deux fois. Nous faisons une visite avant pose afin de faire un chiffrage où nous évaluons le bâti, la difficulté de la personne, etc. Donc, nous avons déjà rencontré les gens une fois et quand nous venons pour les travaux, pour eux, nous leur apportons du bien-être, parce qu’ils savent très bien qu’ils ont des difficultés. De toute façon, si nous arrivons chez eux, c’est qu’ils ont demandé si on pouvait adapter leur salle de bain. 

Toutes nos équipes ont l’habitude de travailler avec des personnes âgées, donc nous savons parler avec eux, nous connaissons les points d’achoppement compliqués : la peur de la longueur des travaux, la peur du bruit, la peur des gravats, etc. Nous les rassurons sur tout ça avant et nous faisons notre chantier après. Je dirais que dans l’ensemble, il y a toujours des grincheux, mais 95 % des locataires sont ravis du boulot que nous avons fait avec eux. 

Nous essayons aussi de les associer. Par exemple, quand nous faisons l’installation d’une salle de bain, quand nous avons installé les sièges, les barres, nous allons leurs poser plusieurs questions : vous êtes seul à l’utiliser ? Si je mets la barre à cette hauteur, est-ce que ça vous va ? Asseyez-vous, on va essayer de voir quel est le meilleur endroit, etc. Donc nous co-construisons avec eux leur “outil” pour l’hygiène quotidienne. Ce sont des problèmes quotidiens qu’ils ont ces gens-là et ce que nous leur apportons, c’est une solution qu’ils vont utiliser au quotidien, tous les jours.

Alexandre Faure : Avez-vous le sentiment que les citoyens sont plus sensibilisés qu’avant aux problèmes d’adaptation du logement et du maintien à domicile ? Y a-t-il eu une progression dans les mœurs par rapport à ça ?

Jean Tartary : Oui, parce que je pense que quand on a fait le choix, il y a 40 ou 50 ans, de mettre tout le monde à la maison de retraite, on a fait un choix qui a marqué durablement les générations suivantes. Tout le monde a l’expérience de gens déracinés qui se sont retrouvés en maison de retraite, parce qu’ils ne pouvaient plus rester chez eux pour de mauvaises raisons. Mais si on montre à ces personnes qu’elles peuvent rester chez elles grâce à des solutions co-construites, alors 85 ou 90 % d’entre elles veulent rester chez elles malgré le vieillissement

Donc ça veut dire qu’il faut les associer à l’adaptation de leur logement. De façon générale, je pense qu’effectivement les gens ont mûri là-dessus. Ils savent qu’il y a une solution, ils savent que cette solution existe. Il y a des cas où on ne peut pas pousser à l’extrême le maintien à domicile, mais les gens savent très bien qu’on peut aller loin avec quelques services et quelques aménagements pour rester chez soi le plus longtemps possible, conformément à leur vœu.

Alexandre Faure : Il y a une question que vous auriez aimé que je vous pose et que je n’ai pas posée ?

Jean Tartary : Non, j’aimerais juste rajouter une chose : une des premières choses que je demande quand je recrute chez Aménagement Senior Habitat, c’est si le candidat aime les personnes âgées. Si on n’aime pas les personnes âgées, il faut faire autre chose.

Alexandre Faure : Il y a des gens qui vous disent qu’ils n’aiment pas les personnes âgées ?
Jean Tartary : Non, en règle générale, on les a briefés avant et ils savent pourquoi ils viennent chez nous. Mais c’est important, parce que certaines personnes âgées voient très peu de monde et l’équipe qui vient installer la douche ou faire une modification dans une salle de bain, pour eux, c’est la possibilité de voir quelqu’un, donc on leur offre le café, on leur offre les gâteaux, la boîte Delacre qui a 10 ans qui n’est pas tip-top, on leur offre quand même, parfois ils sont même invités à déjeuner… Il y a quelque chose de très bienveillant, je dirais, des deux côtés.

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