Mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints

mieux vaut s'adresser à dieu qu'à ses saints

A la tête que faisait mon gendre et à l’air plus mielleux qu’un baklava de ma fille, j’ai senti qu’ils me préparaient un sale coup.

Et je n’ai pas été déçue !

Hier, ils ont débarqué chez moi à l’heure du goûter. Ils avaient apporté une tarte au citron meringuée, mon péché mignon. Ils les achètent à la pâtisserie d’en bas. Elles ne sont pas aussi bonnes que la mienne, bien sûr, la pâte sablée industrielle, ça ne remplacera jamais une vraie pâte maison, mais vu qu’avec mon arthrite, ça n’est plus trop possible… vous savez ce qu’on dit. Faute de grives, on mange des merles.

Je m’égare.

Si vous avez quelque chose à vendre aux vieux

Je vous disais donc que hier, mon gendre et ma fille ont débarqué chez moi, avec des airs de conspirateurs, pour me demander de déménager dans une résidence pour vieux.

Oui, comme ça. 

Comme si j’étais un bibelot qu’on déplace, du guéridon à la commode.

Ils ont tourné autour du pot pendant au moins une heure avant de casser le morceau. Avec ces petite questions sournoises, ces remarques idiotes :

« il est bien raide, cet escalier, Odette »

« quand est-ce que tu as refait la salle de bains, déjà, tu es sûre que le chauffe eau est aux normes »

« vous n’avez pas peur de tomber, la nuit ? si vous aviez un accident, comment feriez-vous pour appeler à l’aide puisque vous ne portez pas votre médaillon. »

Et patati, et patata… Ils avaient dû répéter leur petit numéro. Noté leurs arguments sur un bristol, en se les répartissant l’un et l’autre. C’était pathétique.

Quand on a eu fini la tarte – vraiment trop sucrée – ils ont sorti la brochure en papier glacé avec liseré doré qui présentait la merveilleuse résidence. Sur chaque page, des bandes de vieux rigolards en chemise pastel et à la chevelure trop blanche partagent un moment de félicité avec une infirmière aussi radieuse qu’une hôtesse de l’air devant un coucher de soleil en technicolor.

Ils se jetaient des regards entendus et guettaient mon approbation.

Et comme je restais de marbre, ils ont dégainé les menaces : « tu vas finir par avoir un accident et là tu iras à l’hôpital et on ne pourra rien faire pour toi si le docteur dit qu’il faut t’envoyer à l’hospice. »

Mais je les ai vu venir de loin, les deux marlous. Elle est pas née de la dernière pluie, la mère Odette.

Alors, je leur ai fait le numéro du mutisme, ils n’ont pas réussi à me tirer une parole. Je restais assise, serrant mon mouchoir, lèvres pincées, regard vague posé sur la ligne bleue des Vosges. S’ils comptaient sur moi pour approuver leur idée débile, ils ont dû être déçus.

Adressez-vous aux vieux

Le jour où je déciderai de déménager pour une de ces résidences pour vieux, j’aimerais faire le choix toute seule, comme une grande. Aller sur internet, trouver l’endroit qui me plait, appeler pour avoir des informations, peut être même aller visiter.

Je n’ai pas besoin que mes enfants me débitent des arguments sortis tout droit d’une plaquette commerciale pour m’expliquer combien ma vie serait plus simple si je portais ce médaillon, ces chaussures orthopédiques. Si j’achetais ce lit d’hôpital ou ce truc lumineux qu’on accroche au sol pour trouver les toilettes dans le noir.

Ils sont marrants, les jeunes. Ils ne supportent pas qu’on leur donne des conseils – très judicieux pourtant – sur l’éducation de leurs enfants ou la recette de la pâte sablée et ils voudraient qu’on accepte les leurs comme s’ils savaient mieux que nous.  

Non franchement, je vous le dis en toute amitié, si vous cherchez à me vendre quelque chose « pour mon bien », appelez-moi directement. N’allez pas croire que ça sera plus facile de vendre à mes enfants en les chargeant ensuite de me convaincre.

Signé Odette

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Nous l’avons initialement publié dans La Lettre de Sweet Home du 20 décembre 2020.

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