Les 3 points clés du rapport Dufeu sur l’âgisme

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La députée Audrey Dufeu Schubert a remis à la Ministre de la Santé Agnès Buzyn un rapport d’étude sur l’âgisme. Ce travail approfondit certaines préconisations du rapport Libault. Ces deux analyses, ainsi que d’autres rapports à venir préfigurent la future loi Grand Age, annoncée pour 2020.

Le rapport Dufeu s’attaque à l’un des sujets clé de la réussite de la transition démographique : l’âgisme.

A partir d’une centaine d’entretiens réalisés avec les représentants de l’écosystème de la longévité, les instances représentatives des personnes âgées et quelques autres intervenants à la pertinence moins évidente, le rapport Dufeu fait 86 préconisations pour l’adaptation de la société à la longévité.

Balayant diverses pistes d’amélioration, que je vais vous présenter, ce document pour ambition de rendre la société Française plus inclusive.

L’enjeu du rapport Dufeu : l’âgisme

L’âgisme est la discrimination faite à l’encontre des personnes âgées en raison de leur âge et des préjugés qui y sont attachés.

L’âgisme est la conséquence d’une perception subjective et biaisée du discriminé par le discriminant.

L’âgisme se manifeste dans le discours que l’on aura à propos ou vis à vis d’une personne âgée. Il se traduit également par l’idée (généralement erronée) que nous pouvons nous faire sur la vie des personnes âgées, leur sexualité, leurs aspirations et leurs désirs.

L’agisme se manifeste également dans les discriminations faites aux personnes âgées quant à leur accès à l’emploi, leur utilisation d’une automobile, l’accès au crédit ou la souscription de certains contrats d’assurances.

Les exemples et situations discriminatoires en fonction de l’âge sont nombreux : interdiction d’accès au crédit à la consommation, d’accès à la location de logement, de louer une voiture…Parfois certains m’ont fait part, malgré une trésorerie réelle, se voir refuser l’accès à des services bancaires sans qu’aucune justification et motif de refus ne soient motivés.

Audrey Dufeu
Rapport Dufeu sur l’âgisme

L’agisme donne une image biaisée de la personne âgée et doit être combattu. C’est l’objectif du rapport Dufeu.

La genèse du rapport Dufeu

Audrey Dufeu est une députée de Loire Atlantique (Saint Nazaire) affiliée à La République En Marche. Infirmière de formation, elle a exercée pendant dix ans en libéral à Paris avant de revenir au pays, passer des diplômes et devenir dirigeante d’un établissement de santé. (source : Wikipédia).

Audreu Dufeu est membre du conseil national de la concertation Grand Age. Il s’agit de l’instance présidée par Dominique Libault qui a réalisé le rapport « Libault » remis à Agnès Buzyn en mars 2019.

Perçu comme LE document préparatoire à la future loi Grand Age, le rapport Libault dresse un vaste panorama des adaptations nécessaires à une meilleure prise en compte des personnes âgées dans la société. Il consacre notamment un paragraphe à la question de l’âgisme à propos duquel il fait quatre propositions :

  • Lancer une campagne nationale de sensibilisation aux problématiques du grand âge.
  • Dans le cadre de la scolarité obligatoire, développer les liens intergénérationnels et sensibiliser dès le plus jeune âge à la notion de solidarité et au processus de vieillissement.
  • Diffuser une culture de vigilance et de service attentionné à l’égard de la personne âgée dans l’ensemble des lieux accueillant du public.
  • Dynamiser la lutte contre l’âgisme.

Le 18 juin 2019, le Premier Ministre Edouard Philippe demande à Audrey Dufeu un rapport qui doit approfondir ce volet du rapport Libault. Faisant expressément référence à l’avis n°128 du CCNE consacré à l’âgisme, le Premier Ministre confie à la députée une missions sur la place et l’image des personnes âgées dans la société.

La Lettre de Mission du Premier Ministre demande à Audrey Dufeu :

  1. D’établir un état des lieux de la situation des personnes âgées en France, de leur représentation et des discriminations dont elles souffrent.
  2. De proposer des actions de sensibilisation aux enjeux de dignité et de valorisation sociale de la personne âgée pour le grand public, les services publics, les médias ainsi que dans l’emploi et sur le marché du travail,
  3. De proposer des leviers de développement des liens intergénérationnels dans le cadre notamment de la scolarité obligatoire et du Service National Universel.

Le rapport en synthèse

Le rapport Dufeu répond à ces demandes, mais il va bien au-dela. Ambitieux, il jette les bases d’une société plus inclusive à l’égard des personnes âgées. Il envisage tour à tour les droits et libertés fondamentales, la protection du consommateur mais aussi l’adaptation des systèmes culturels, éducatifs ou médiatiques ainsi que l’innovation ou la création d’organismes de partage et de coordination pour améliorer l’acceptation des plus âgés.

Le rapport puise sa force dans une approche transversale du sujet mais il pêche malheureusement par excès en démultipliant les propositions.

ll y aurait également à redire sur la construction du document, un peu chaotique et inutilement étiré, dans lequel les 86 propositions sont présentées dans un désordre déroutant pour le lecteur.

Je suis enfin un poil choqué que certains organismes auditionnés dans le cadre de la préparation du rapport y soient nommément désigné, celui-ci pour « prendre en charge telle réflexion », celui-là pour être reconnu d’utilité publique.

Il faut prendre du recul pour séparer le bon grain de l’ivraie. Mettre de côté quelques propositions anecdotiques. Faire abstraction des propositions qui ajoutent des agences, des instituts, des comités, des organismes et des contrôles au millefeuille administratif Français. Ne garder du rapport Dufeu que le meilleur, la substantifique moelle que je vous propose de résumer en 3 grandes idées.

Les 3 idées clés du rapport Dufeu

1ère Idée : Une société inclusive qui s’appuie sur l’éducation et les médias pour développer une culture de la longévité positive

La création d’une société de la longévité où l’âge n’est ni un critère discriminant, ni une barrière : c’est cela, l’angle proposé par le rapport Dufeu. Une vingtaine de mesures contribuent directement à cet objectif via des incitations dans les médias (quotas de diffusion) et l’ajustement des programmes scolaires. Les jeunes en service national universel seraient également mis à contribution pour des actions en faveur des seniors, selon des modalités qui ne sont pas précisées dans le rapport.

Les 5 Propositions essentielles du rapport Dufeu pour cette idée :

  1. Introduire un 5ème savoir fondamental : s’accepter soi-même,
  2. Inscrire la transition démographique dans les programmes scolaires,
  3. 20% de SNU auprès des personnes âgées,
  4. Création d’un espaces éthique national sur le vieillissement,
  5. Evolution de la charte audiovisuelle des personnes en perte d’autonomie,

2ème idée : Instaurer des droits et libertés fondamentales en faveur des personnes âgées et de la préservation de l’autonomie.

C’est l’une des mesures les plus intéressantes du rapport : la création de droits positifs en faveur des seniors. Les droits positifs du rapport sont ce qu’on appelle plus couramment les libertés fondamentales. Ce sont des « droits à » essentiels pour un individus, qui lui sont garantis par le système démocratique. Le rapport propose d’autres mesures intéressantes de rééquilibrage de l’égalité citoyenne et notamment la création d’un institut des transitions, chargé de coordonner les informations, données et actions en faveur de la transition démographique. Cet institut se décline en entités locales et gouvernementales (secrétariat d’Etat aux transitions).

Les 5 Propositions essentielles du rapport Dufeu pour cette idée :

  1. Instaurer des droits positifs pour les seniors (droit au transport, droit à l’autonomie, droit à se préparer à la retraite),
  2. Désigner des « pairs-citoyens » qui peuvent aider les personnes en perte d’autonomie dans leurs prises de décision,
  3. Réaliser un plan de repérage et de lutte contre les discriminations liées à l’âge relatives à l’acquisition de biens et de services,
  4. Créer un institut des transitions afin d’accroître la visibilité des personnes vieillissantes sans stigmatisations.
  5. Supprimer les âges limite d’accès aux fonctions représentatives, aux conseils d’administration, etc.

3ème idée : Faciliter l’inclusion des seniors dans la société en leur donnant plus de moyens pour rester autonomes

Le rapport Dufeu veut s’appuyer sur l’emploi et le maintien à domicile pour renforcer l’inclusion des seniors dans la société. La députée Dufeu propose un train de mesures pour l’emploi et le domicile qui contribuent à cet objectif, réinventant parfois inutilement la roue (comme par exemple la charte du logement intergénérationnel personne âgée / étudiante qui omet l’existence d’un dispositif de cohabitation intergénérationnel, plus protecteur, instauré par l’article 117 de la loi ELAN).

Les 4 Propositions essentielles du rapport Dufeu pour cette idée :

  1. Rénovation de la grille AGGIR en intégrant des données relatives au projet de vie des seniors,
  2. Créer une « réserve de compétences seniors » auprès des communes,
  3. Tout le volet consacré aux seniors en entreprise
  4. Tout le volet consacré à l’approche domiciliaire

Conclusion

Le rapport de la députée Audrey Dufeu apporte des précisions qui manquent au rapport Libault à propos de l’âgisme et de l’anti-âgisme. Dommage que sa forme un peu lourde, sa structure brouillonne et le foisonnement de propositions masquent au lecteur l’essentiel des propositions.

L’essentiel, c’est ce modèle de société de la longévité que nous sommes nombreux à appeler de nos voeux. Une société où l’âge n’est ni une barrière, ni un passeport pour l’oubli, mais juste un événement comme un autre, dans notre parcours de vie.

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