A quoi sert la silver économie

A quoi sert la silver économie ?

La silver économie, tout le monde connait l’expression mais personne ne sait vraiment ce qu’il y a dedans. 

La silver économie fait l’actualité cette semaine suite à la décision de la ministre de la santé Agnès Buzyn de confier au président de France Silver Eco, Luc Broussy la présidence du Comité Stratégique de Filière.

Ce comité, c’est ni plus ni moins l’organe central qui coordonne les actions de l’Etat en faveur de la Silver économie.

L’occasion pour Sweet Home de vous parler de Silver économie, histoire de remettre l’église au centre du village.

Définissons la silver économie

La Silver économie est une filière industrielle lancée en France en 2013. Son poids économique est estimé à 92 milliards d’euros. Elle concerne l’ensemble des produits et services destinés aux personnes âgées de plus de 60 ans.

C’est un peu trop large. Heureusement, le contrat de filière de 2013 donne une lecture plus restrictive du sujet. Il y est expliqué que la Silver économie regroupe :

Les produits et services qui devraient permettre d’améliorer l’espérance de vie sans incapacité ou d’aider au quotidien les personnes âgées dépendantes et leurs aidants naturels.

Contrat de filière de la silver économie

Pour ma part, c’est cette définition que je cautionne. C’est également celle qui correspond le mieux aux activités des adhérents de France Silver Eco et Silver Valley, les deux organismes les plus influents de l’écosystème. Plus largement, c’est cette définition que reconnaissent les acteurs de la silver économie.

On n’est pas dans la silver économie pour tous les seniors, on est dans la silver économie pour les plus fragiles. 

A quoi sert le comité stratégique de la Silver économie ?

Le comité stratégique est chargé d’animer les comité locaux de la filière silver économie.  En tant que président de l’association France Silver Eco, Luc Broussy était déjà très présent auprès de ces comités régionaux. Il avait d’ailleurs attiré l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de muscler la coordination et proposé de s’en charger au début de l’été 2018. La réponse de la ministre de la santé n’a donc rien d’un hasard. 

Son rôle va consister à aider la filière à décoller. En effet, cinq ans après sa création en 2013, la Silver Economie est un peu à la peine. Les enjeux sont réels, l’écosystème existe bel et bien, mais le marché est complexe. 

Il est complexe parce que les français ont du mal avec la prévention. Et plus particulièrement avec la prévention de la perte d’autonomie. Sur ce point, les professionnels sont unanimes : les personnes âgées ne veulent pas admettre leur fragilité. Elles s’en préoccupent toujours après la première chute. Quand il est déjà trop tard pour profiter pleinement des mécanismes de prévention.

Les services qui existent depuis des décennies sont connus et reconnus par les prescripteurs, mais les innovations technologiques n’ont pas encore trouvé leur business model.

C’est pourquoi la bonne vieille télé-assistance avec la montre à bouton rouge a encore de belles années devant elle, comme nous le confiait il y a quelques mois Denis Clauzet, directeur général de Previs.

L’arrivée de Luc Broussy, un infatigable promoteur de la Silver économie à la tête du comité stratégique pourrait changer la donne. 

silver économie

Car c’est bien cela, le rôle de la Silver économie, faire de cet écosystème une véritable économie.

Et moi, je trouve que c’est bien pour plusieurs raisons.

D’une part parce qu’il y a un vrai marché et que nous n’en réalisons pas l’ampleur.

Les médias parlent désormais souvent de la vague grise qui va déferler à partir de 2025, quand les enfants du baby boom arriveront à l’âge de la fragilité mais nous ne maîtrisons pas les bouleversements que cela va impliquer. Par exemple : le nombre de 75 ans et plus va augmenter de 90% en 2030 alors que celui des 50 à 65 ans augmentera seulement de 20%. Comme les proches aidants se recrutent essentiellement dans cette seconde cohorte, cela signifie qu’il n’y aura plus assez de proches aidants pour les personnes âgées qui auront besoin de soutien.

Il me parait donc nécessaire de trouver des solutions pour pallier à ce type de carences et des promoteurs influents pour en faire la promotion !

De même parce qu’il faudrait créer 300 000 emplois d’aidants professionnels d’ici à 2020 pour pallier aux départs en retraite et ajuster l’offre à la demande. Mais aujourd’hui, les services d’aide à la personne (SAAD) sont déjà en tension et ils n’arrivent pas à recruter car les emplois d’aide à domicile ne séduisent pas les jeunes actifs. 

Si des solutions technologiques pouvaient faire diminuer ce besoin en main d’oeuvre, il faudra toute la puissance d’une filière Silver Economie forte et soutenue par les pouvoirs publics pour faire bouger les mentalités. 

D’autre part parce que la silver économie pourrait contribuer à un changement de paradigme nécessaire. 

Aujourd’hui, la question du vieillissement est avant tout une question sanitaire et médico-sociale.

Ce n’est pas un hasard si le ministère qui gère le dossier est le ministère de la santé. 

Et cela contribue à l’image d’Epinal vieux = malade = hôpital.
Et donc fin de vie = souffrance = EHPAD

Or, la dépendance ne touche que 20% des personnes de plus de 80 ans.

Et on peut espérer que les progrès de la science et de la médecine repousseront de plus en plus l’âge de la mort et feront diminuer concomitamment la part de personnes âgées dépendantes. 

Essayons enfin de ne plus associer âge et dépendance, de ne plus associer dépendance et autonomie et de poser un regard bienveillant et ouvert sur le vieillissement. 

J’espère que l’action de communication autour de la silver économie et des entreprises qu’elle fédère contribuera à faire évoluer le regard que nous portons sur les personnes âgées.

Enfin, parce que le secteur doit sortir d’un modèle de prise en charge du vieillissement par les seules finances publiques.

C’est une des conséquences de l’approche purement médico-sociale. C’est également un héritage de l’histoire.

Jusqu’aux années 1990, les services à la personne et les établissements d’hébergements étaient uniquement administrés par l’Etat et le secteur associatif. Aujourd’hui encore, le poids de l’histoire pèse sur l’écosystème, même si le vent tourne lentement.

Il est encore difficile pour des entreprises commerciales de remporter les appels à projet lancés par certaines collectivités locales. Ces collectivités privilégiant les associations.

Le discours ambiant se défiant des entreprises commerciales « on ne fait pas d’argent sur le dos des personnes âgées » est attisé par les reportages à charge sur les pires des EHPAD. Ce qui entretient ce fantasme de l’excellence universelle du modèle associatif. 

Il y a pourtant des circonstances où l’entreprise commerciale a du bon. Et il n’est pas dit que toutes les associations soient vertueuses. 

Injecter un peu de pragmatisme économique, cela aussi peut-être le rôle de la silver économie. 

silver économie

Nous tous, avons d’ailleurs intérêt à changer d’approche sur le sujet 

Nous avons tendance à considérer que c’est à l’Etat de prendre en charge la dépendance. C’est pour le moment ce qui ressort de la consultation citoyenne préparant la future loi sur la dépendance.

S’il est souhaitable de créer un système d’assurance à cotisation obligatoire pour inciter les français à se prémunir du risque de dépendance, il serait tout aussi intéressant d’aider nos concitoyens à admettre que le sujet n’est pas uniquement du ressort de l’Etat

C’est ce que préconise d’ailleurs la Cour des Comptes dans son rapport de 2016 sur le maintien à domicile des personnes âgées. Cette instance prévoit que dans les décennies à venir, l’engagement de l’Etat diminuera fortement au détriment du reste à charge des personnes âgées. 

En conclusion : à quoi sert vraiment la silver économie ?

La silver économie est une filière qui réunit des acteurs économiques qui ont un intérêt commun autour des questions du vieillissement de la population. Ils ne cherchent pas tous la même chose.

  • Il y a des tout petits acteurs et des mastodontes internationaux, 
  • Il y a des acteurs qui agissent depuis des décennies et de nouveaux entrants,
  • Il y a comme partout des profiteurs, des idéalistes, des projets voués à l’échec… 

Mais l’existence d’une filière leur permet de se retrouver et de travailler ensemble pour faire avancer le schmilblick. 

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