geriatrie

La gériatrie manque de médecins, pourquoi ?

La gériatrie est la médecine de la personne âgée. Elle se consacre aux maladies dues au vieillissement. Bien qu’essentielle, la profession peine à susciter des vocations, nous essayons de comprendre pourquoi.

La gériatrie, spécialité malaimée est pourtant essentielle au bien vieillir. En effet, le gériatre est spécialisé dans le suivi et la prise en charge des personnes âgées. Les objectifs de cette spécialité médicale, dans laquelle la prise en charge du patient est globale, sont de maintenir ou au besoin de restaurer l’autonomie fonctionnelle des personnes âgées.

Or nous vivons de plus en plus vieux et les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses dans la population. Ce double phénomène ne touche pas uniquement notre beau pays. Il est mondial et plus particulièrement marqué dans les pays « riches » (Europe, Amérique du Nord, Japon).

Puisque les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses et vivent « vieilles » de plus en plus longtemps, il devrait y avoir de plus en plus de gériatres, n’est-ce pas ?

Pourtant, c’est loin d’être le cas. Chez nous, en France, le recensement médical de 2016 révèle que les gériatres ne représentent que 0,5% des médecins.

L’extrême majorité des 1756 gériatres français exercent en hôpital ou en EHPAD (en tant que médecin coordonnateur).

La part de gériatres libéraux est extrêmement réduite… comme l’atteste le tableau ci-dessous.

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Pourquoi y a-t-il si peu de gériatres libéraux ?

J’ai posé la question au docteur Nicole Jacquin-Mourain qui intervient régulièrement sur ce blog pour les question médicales (vous pouvez notamment retrouver ses recommandations sur les chutes et la déshydratation). Selon le docteur Jacquin-Mourain, la profession pâtit de l’absence de nomenclature spécifique. La nomenclature médicale est le barème réglementaire à partir duquel sont calculés les tarifs des actes médicaux. C’est la nomenclature qui permet à un médecin de facturer des prestations qui seront ensuite reconnues et remboursées par la sécurité sociale et votre mutuelle.

En l’absence de nomenclature propre à la gériatrie, les gériatres libéraux facturent leurs prestations en se basant sur des actes et des tarifs qui ne sont pas adaptée aux spécificités gériatriques.

  • Par exemple, les consultations de gériatrie sont beaucoup plus longues que celles des médecins généralistes et même de la plupart des spécialistes. Une consultation de gériatrie dure en moyenne une heure, à cause notamment de la fragilité du patient et des explications parfois longues à donner lors du diagnostic.
  • En outre, le gériatre libéral assure en moyenne 70 % de consultations en visite à domicile, et l’indemnisation « Visite » ne suffit pas à compenser le temps de déplacement (ce problème n’est pas spécifique à la gériatrie).
  • Enfin, le gériatre libéral est plus souvent que les autres médecins sollicité par sa patientèle pour des interventions d’urgence.

Le docteur Jacquin-Mourain déclare : « On a une spécialité, la spécialité 34 mais aucune nomenclature codifiée. Ce qui est très pervers. Pourquoi on n’en a pas, parce que les médecins généralistes voient l’arrivée d’une nouvelle spécialité d’un très mauvais oeil, ce qui est stupide car nos consultations sont beaucoup plus longues. Ce n’est pas compatible avec la médecine gériatrique. La pédiatrie ils ont déjà pas aimé et la gériatrie ils n’en ont pas voulu et les professeurs de gériatrie veulent garder les gériatres à l’hôpital. Pourtant, il y a de jeunes médecins qui cherchent à s’installer en tant que gériatre. Quand j’étais présidente dAnggel, je recevais plusieurs demandes par semaine mais comme il n’y a pas de nomenclature, à moins d’avoir un autre poste en hôpital ou en maison de retraite, ils ne peuvent pas en vivre. Je leurs dit non à contrecoeur. Je n’ai pas réussi à obtenir une nomenclature » (retrouvez l’intégralité de mon interview du Docteur Jacquin-Mourain sur le blog de Prédical).

Le désamour du corps médical pour la gériatrie ne se limite pas à la médecine libérale. En hôpital, on manque également de gériatres.

Salariés et résidents de leur établissement, les hospitaliers ne sont pas touchés par le problème de nomenclature des libéraux. Ils sont cependant rebutés par d’autres aspects de la gériatrie (qui touchent aussi les libéraux mais de moindre manière) :

  • Préjugés à l’égard des personnes âgées,
  • Horaires complexes et peu compatibles avec une vie de famille,
  • Préjugés quant à la nature des soins…

Besoins croissants, vocations peu nombreuses… pour pallier à la carence de médecins qui optent pour la gériatrie et rassurer sur le rôle réel du gériatre, quatre organismes se sont associés autour d’une campagne de sensibilisation :

  • La SFGG (Société française de gériatrie et de gérontologie),
  • L’AJG (Association des jeunes gériatres),
  • Le collège national des enseignants en gériatrie,
  • What’s Up Doc, Le magazine des jeunes médecins.

Ils ont réalisé ce montage vidéo qui dégomme un à un les préjugés à l’encontre de la gériatrie, avec beaucoup d’humour….

Les carences en gériatres, expression d’un mal plus profond

Cette initiative louable ne suffira probablement pas à endiguer le problème de carence en gériatres qui n’est qu’une manifestation d’un problème plus généralisé :

La carence en médecins et personnels soignants dans certains territoires (ceux qu’on appelle tristement les déserts médicaux) et à destination de certains patients, en l’occurence les personnes âgées.

Les personnes âgées ne manquent pas seulement de médecins spécialisés, elles manquent également d’aides soignantes et d’auxiliaires de vie, aussi bien à domicile qu’en EHPAD.

Pour ces trois professions essentielles du bien vieillir, le problème vient d’une incompatibilité entre un salaire insuffisant et des conditions de travail très difficiles :

  • Horaires, temps de travail,
  • Durée de trajet,
  • Public pris en charge…

Certes, on ne va pas comparer les émoluments d’un médecin et ceux d’une auxiliaire de vie, mais dans un cas comme dans l’autre, il y a un problème financier, une profession compliquée et une carence en personnel disponible qui va en s’aggravant, alors même que le nombre de personnes âgées est actuellement stable (l’augmentation liée à l’arrivée de la génération baby boom à l’âge de la fragilité est attendue pour 2020).

Pour vous en rendre mieux compte, je vous invite à lire l’interview de la directrice de l’Amad de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Bénédicte Besson (dans cet article). Quelques extraits :

« C’est un problème lié au secteur, et qui s’agrave. Il est partout le même. Cela fait deux années que les écoles d’aides soignantes repoussent les dates de leurs concours, fautes de candidats »

« Le problème est le même que l’an passé, mais en pire. Pour le service d’aide, nous avons connu une époque où nous recevions un curriculum-vitae par semaine. Aujourd’hui, nous n’en recevons même pas un par mois. »

« Il y a un mois et demi, nous avons été dans l’obligation de refuser des heures d’aide à domicile, car nous manquions de professionnels. »

Le sujet pose problème et personne n’a trouvé une réponse satisfaisante pour y remédier. Je n’ai pas une solution à vous communiquer, hélas mais c’est l’un des problèmes les plus préoccupants liés au bien vieillir et à l’autonomie. Qu’elle choisisse de vieillir chez elle ou en institution, une personne âgée aura nécessairement besoin d’assistance médico-sociale.

Si le personnel sanitaire et médico-social n’est plus suffisant pour répondre à la demande, quelles solutions pouvons-nous trouver pour y remédier ?

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