La précarité énergétique des seniors : bombe à retardement

tribune Alexandre Petit sur la précarité énergétique des seniors

Alexandre Petit, Président d’ALOGIA Groupe, nous invite à réfléchir sur les actions nécessaires pour lutter contre la précarité énergétique des seniors et ses effets délétères.

Le vif émoi suscité par l’augmentation de 12% du prix du gaz a été entendu par le gouvernement qui cherche à en limiter l’impact sur les ménages. L’efficacité de la baisse des taxes ne sera que ponctuelle. L’augmentation de 2021 n’est pas un phénomène exceptionnel, c’est l’amorce d’une tendance. Elle se prolongera et sapera le pouvoir d’achat des Français, surtout s’ils sont âgés.

Le Centre d’observation de la société notait en février 2021 que, conséquences des hausses de tarifs de l’électricité et du gaz, « 18% de la population a rencontré des difficultés en 2020 pour payer certaines factures d’énergie contre 10 % en 2013 » tandis que « 53% des ménages avaient restreint leur chauffage pour ne pas avoir de factures trop élevées, contre un tiers l’année précédente ».

Hausse des prix de l’énergie = seniors en danger

Selon une analyse exclusive réalisée par Alogia et JCB Strat Santé & Seniors, 20% des ménages de seniors âgés de 65 ans et plus étaient en situation de précarité énergétique en 2019 contre environ 12% de l’ensemble des ménages français et plus d’un tiers (34%) des ménages de seniors âgés de 75 ans et plus consacraient plus de 10% de leur budget aux dépenses énergétiques dédiées au logement en 2019.

Cette forte exposition des seniors à la précarité énergétique s’explique par des dépenses énergétiques supérieures au reste de la population, amplifiées par leur isolement accru à partir 75 ans (42,6% des seniors âgés de 75 ans et plus vivaient seuls en France métropolitaine en 2018) et leur maintien au sein de logements trop grands (sous occupés) et qui ne répondent pas aux nouvelles normes en matière d’économie d’énergie.

chiffres sur la précarité énergétique des seniors

Un impact massif dû au vieillissement des boomers

Elle est accentuée par la baisse mécanique du niveau de vie des ménages de seniors surtout après 75 ans. Sans oublier que l’entrée de la génération nombreuse des baby-boomers dans la classe d’âge des 75 ans et plus justement à partir de 2022 aura un impact quantitatif immense. Imaginez-vous que la population de personnes âgées de 75 à 84 ans progressera de 140 000 à 250 000 individus chaque année entre 2022 et 2031 en France.

Si nous n’agissons pas, la part de ménages de seniors en situation de précarité énergétique et leur nombre augmenteront avec les hausses du coût de l’énergie.

Les 3 chroniques d’un péril annoncé

Ainsi, si les tarifs de l’énergie venaient à augmenter de 25% d’ici à 2030, une hypothèse très optimiste, près de la moitié (48%) des ménages de 75 ans et plus consacreraient plus de 10% de leur budget aux dépenses énergétiques logement contre un tiers en 2019.

Selon le scénario médian, avec une augmentation de 50% des tarifs, les deux tiers (67%) de ces ménages seraient concernés.

Enfin, selon l’hypothèse haute, avec une augmentation de 100% des tarifs à l’horizon 2030, 86% des ménages âgés de 75 ans et plus se retrouveraient économiquement fragilisés.

En 2030, les ménages de plus de 75 ans représenteront 12,2% de la population française. Imaginez l’impact sur le pouvoir d’achat, la consommation et notre économie dans son ensemble.

chiffres sur la précarité énergétique des seniors

Les effets délétères de la précarité énergétique pour les seniors

Mesures fiscales et aides ponctuelles n’y apporteront pas une réponse pérenne, car la précarité énergétique ne pénalise pas seulement le pouvoir d’achat des ménages.

Elle contribue à l’isolement social, dégrade l’estime de soi, fragilise la santé, freine la mobilité, provoque de l’anxiété, de l’insomnie et des dépressions. C’est pourquoi, selon l’Ademe, la lutte contre la précarité énergétique est plus que jamais une nécessité́ sociale, environnementale et sanitaire.

Comment traiter le mal à la racine ?

Cette lutte, ce n’est pas sur le terrain fiscal que nous devons la mener, mais sur celui de l’habitat et des usages. En 2013, l’Agence Nationale de l’Habitat évaluait à 6% la part de logements anciens adaptés. C’est-à-dire, des logements aptes à accueillir dans de bonnes conditions des personnes vieillissantes. Des efforts ont été réalisés depuis et nous attendons avec impatience une nouvelle mesure. Mais quel que soit le chiffre, nous ne saurions nous en réjouir. L’écart entre l’existant et le besoin reste immense.

L’habitat, déterminant de santé et d’autonomie

En somme, l’habitat est aujourd’hui le déterminant de santé et d’autonomie majeur du bien vieillir. La stratégie nationale de santé 2018-2022 est intitulée “La révolution de la prévention”. A quand des politiques massives de prévention santé dans l’habitat pour les séniors ? Elles devront relier les deux changements de paradigme de ce siècle : la transition énergétique et la transition démographique

Car outre la nécessaire adaptation des bâtiments, c’est aussi une révolution des usages que nous devons provoquer. Les surconsommations sont aussi dues aux habitudes et comportements. Les habitants retraités qui passent plus de temps à leur domicile ne connaissent pas les gestes permettant de faire des économies d’énergies. Méconnaissance ou défiance, ils n’utilisent pas assez les dispositifs qui pourraient les aider.

En 2019, 25% des ménages ayant reçu un Chèque Énergie ne l’ont pas utilisé. Une politique de lutte contre la précarité énergétique passe donc aussi par des actions de sensibilisation aux éco-gestes. Des associations comme Unis-Cités réalisent déjà un travail extraordinaire qui devrait être généralisé.

Soyons opportunistes

L’énergie dans le logement est une dimension essentielle de la bonne santé à domicile. Profitons de l’émotion suscité par la hausse des prix pour sensibiliser massivement nos concitoyens à cet enjeu, en les incitant à adapter leur habitat et leurs usages.

La rénovation de l’ensemble des passoires énergétiques permettrait de réaliser une économie annuelle de 3,5 milliards d’euros sur la facture des ménages et 750 millions d’euros annuels sur celle de la Sécurité sociale. Le jeu en vaut clairement la chandelle.

A propos de l’auteur : Alexandre Petit

La transition démographique est l’enjeu sociétal du vingt et unième siècle. Cela ne fait aucun doute pour Alexandre Petit. Cette certitude l’a conduit à créer son entreprise, en 2014.

Fils de gériatre, Alexandre baigne dans la gérontologie depuis sa plus tendre enfance. Les veillées de Noël à l’Ehpad, les gardes de nuit en résidence services, pour payer ses études, les lectures, les amitiés, les convictions. 

Ces convictions qui le portent, en 2014 pour candidater à un appel à projets organisé par Xavier Niel, Jacques-Antoine Granjon et Marc Simoncini. 4000 candidats, 300 finalistes et un ticket de 25 000 euros pour les 101 gagnants. Ce jour-là, Alexandre persuade le jury. Il repart avec une mise de départ qu’il emploie pour fonder ALOGIA Groupe.

A propos d’ALOGIA Groupe

Créé en 2014, ALOGIA Groupe accompagne nos concitoyens seniors et leurs aidants à bien vivre et bien vieillir à domicile. Porté par la conviction que les ergothérapeutes sont les professionnels de santé les plus légitimes pour mettre en place les solutions du bien vieillir à domicile, le groupe est leader de l’ergothérapie en France avec plusieurs dizaines de milliers de nos concitoyens ayant bénéficié de ses services.

Intervenant auprès des pouvoirs publics et des professionnels, ALOGIA Groupe adresse l’intégralité du spectre des politiques seniors : du diagnostic personnalisé au management de projets immobiliers en passant par des missions de conseil et de formations.

Présidé par Alexandre Petit, ALOGIA Groupe compte 330 collaborateurs, dont un réseau de 300 ergothérapeutes en France.

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