Pourquoi faut-il adapter la société au vieillissement ?

adapter la société au vieillissement extrait du rapport broussy de 2013

La loi d’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015 porte une ambition forte : Adapter la société au vieillissement. Cela ne signifie pas uniquement améliorer la situation dans les Ehpad ou rebaptiser les logements foyer en résidences autonomie.

Non, si l’on y réfléchit bien, l’ambition portée dans le nom de la loi ASV va beaucoup plus loin que les mesures phare qu’on en retient souvent.

Dans les faits, la loi ASV se résume à ses conséquences financières :

  • L’anticipation de la perte d’autonomie et la création des conférences des financeurs pour flécher les subventions de prévention de la CNSA vers des projets locaux,
  • La revalorisation de l’APA et la création d’un nouveau mode de tarification pour les Ehpad,
  • La reconnaissance d’un « statut » d’aidant naturel et la création d’un droit au répit.

On évoquera également la réaffirmation des droits et libertés des personnes âgées. Elle se traduit par :

  • La possibilité ouverte aux personnes âgées résidant en établissement médico-social de désigner une personne de confiance,
  • Le renforcement de la procédure d’acceptation du contrat de séjour au moment de sa signature à l’entrée en maison de retraite, permettant de mieux s’assurer du consentement de la personne accueillie, de la connaissance et de la compréhension de ses droits,
  • des actions de communication pour faire connaître le mandat de protection future qui permet d’anticiper sa perte d’autonomie et organiser à l’avance sa propre protection, seront mises en place.

En synthèse, la question de l’adaptation de la société au vieillissement est uniquement perçue sous l’angle de la dépendance et des moyens mis en oeuvre pour l’éviter ou la prendre en charge.

Mais adapter la société au vieillissement, ce n’est pas uniquement cela.

C’est quoi l’enjeu de l’adaptation de la société au vieillissement ?

  • Financer la dépendance ?
  • Aider les personnes à vieillir dans le lieu de leur choix ?
  • Réformer les Ehpad ?
  • Réinventer les métiers d’aide à la personne pour donner envie à des jeunes de devenir auxiliaire de vie ?

Tout ça, ce sont des conséquences. Et une fois de plus, des conséquences qui s’appliquent à la dépendance.

Ce mode de pensée « curatif », c’est un héritage de l’approche curative et médico-sociale qui a prévalu pendant des décennies quand il était question de personnes âgées et qui semble être le logiciel actif de pas mal de monde, notamment au sommet de l’Etat.

Mais le sujet du vieillissement n’est pas uniquement le sujet de la dépendance.

Il faut rappeler trois chiffres pour s’en convaincre :

Le vieillissement ce n’est pas la dépendance. La dépendance n’est pas l’horizon certain de toute personne qui vieillit.

Le vieillissement c’est quelque chose de positif.

Adapter la société au vieillissement c’est faire en sorte que toute la société en soit consciente et prenne cette information comme quelque chose de positif et encourageant.

Vous pourriez par exemple vous dire : « Ma fille qui vient de naître va vivre jusqu’à cent ans. Elle aura une vie longue et enthousiasmante. Elle aura une grande famille, elle jouera avec ses arrière arrière petits enfants ! »

l'enjeu de l'adaptation de la société au vieillissement c'est comment faire en sorte que les seniors soient comme tout le monde.

Adapter la société au vieillissement c’est transformer le pépin en pépite

La question consiste tout simplement à savoir si cette chance que représente l’allongement de la durée de vie en bonne santé va se transformer en catastrophe potentielle ou en autant d’opportunités positives.

Luc Broussy
Rapport interministériel de 2013 sur l’adaptation de la société au vieillissement

Si l’on ne retient de la loi ASV que les mesures financières, le rapport Broussy de 2013 qui a servi de socle à cette loi est bien plus ambitieux.

Se voulant être un pacte social entre les générations, il ambitionne de présenter le vieillissement comme une incroyable opportunité pour la jeunesse du pays.

Nous voulons une société homogène qui traite bien ses vieux et prépare l’avenir de sa jeunesse. Notre rapport essaie de montrer comment ces objectifs sont indissociables.

Rapport Broussy

Au delà des dix mesures phare qui ont été (en partie) reprises dans la loi ASV, le rapport Broussy énumère des aspirations qui pourraient donner envie à toutes les générations de Français de se sentir concernés par le sujet.

Et il est là, vraiment, l’enjeu.

Pour vous en convaincre, je vous propose de faire un petit tour au Japon.

Le Japon face à l’enjeu du vieillissement de sa population

Le Japon est un pays remarquable. Quiconque y a déjà séjourné vous le dira : c’est un pays qui vous transporte et vous transforme.

Le Japon a pris de l’avance sur le reste du monde en termes de vieillissement. Le pays est déjà confronté à une situation démographique que nous devrions connaître en 2050 :

  • Un quart de la population a plus de 65 ans,
  • Le Japon est le pays qui compte le plus de centenaires : 65 000 pour 127 millions d’habitants (contre près de 21 000 en France pour 66,9 millions d’habitants).
  • C’est aussi l’un des pays où le taux de fécondité est le plus bas : 1,4 enfants et un solde de natalité négatif.
  • La population du Japon diminue depuis 2010 et si rien n’est fait (et que faire ?), le Japon devrait passer de 127 à 88 millions d’habitants d’ici à 2065.

En outre, comme le pourcentage de célibataires à vie atteint aujourd’hui 23% chez les hommes et 14% chez les femmes, on peut s’attendre, compte tenu de la baisse actuelle du taux de natalité, à ce que la proportion de personnes âgées qui vieilliront seules augmente de façon inéluctable.

Le gouvernement Japonais continue à considérer que l’idéal serait que l’individu soit pris en charge à son domicile par sa famille. Mais dans les faits cette solution n’est pas facile à mettre en oeuvre, d’autant qu’il n’y aura pas toujours de proches disponibles ou en vie autour de l’intéressé.

La manière dont le Japon aborde les défis –  et les opportunités –  posés par le vieillissement rapide de la population fait du pays un véritable laboratoire pour le reste du monde.

D’une part parce que les Japonais innovent pour s’adapter au vieillissement mais aussi parce que le vieillissement de la population japonaise préfigure le vieillissement de la population Européenne, et même mondiale.

Nous allons tous évoluer de la même manière, la transition démographique est inéluctable !

Or, même si le Japon innove, notamment en matière de robotique domestique, il y a deux faits saillants que j’aimerais vous partager. Ils montrent que le pays n’est pas si adapté au vieillissement qu’on pourrait le penser. Ou du moins, qu’il y a encore de la marge.

Le vieillissement de l’électorat Japonais et ses conséquences sur la politique du pays.

En mai 2017, un rapport publié sur internet a fait l’effet d’un pavé dans la mare. Intitulé “des individus inquiets, un Etat paralysée, ce document de 65 pages a été rédigé par trente jeunes fonctionnaires travaillant au ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Meti).

Le rapport qui a été téléchargé plus de 1,4 millions de fois a donné lieu à un déferlement de commentaires sur internet. Le rapport reconnaît que le Japon est “paralysé” mais on y relève aussi de sévères critiques contre “une société indifférente à ses générations actives et des questions sur la place laissée aux jeunes dans le débat public ».

Les auteurs brossent le portrait d’une “démocratie des seniors”, dans laquelle une grande partie de l’électorat est d’âge avancé et semble se cramponner à un modèle de société révolu.

Une proportion croissante de jeunes Japonais réclame plus de pouvoirs pour leur génération et rêvent d’une société qui place plus d’espoirs dans ses forces vives que dans la robotique !

La désertification des zones péri-urbaines et rurales

Il y a actuellement 896 communes Japonaises en voie d’extinction.

Ce sont des municipalités qui risquent de connaître une baisse de 50 à 70% et plus du nombre de femmes en âge de procréer dans les années qui viennent.

Les régions particulièrement touchées comme Hokkaido (l’Ile du Nord) et le Tohoku (nord-est de Honshu) ont vu une grande partie de leur population migrer vers la ceinture économique du Tokaido (Tokyo-Osaka) durant l’essor économique d’après-guerre.

Les collectivités locales essayent de réagir en incitant les seniors urbains à venir s’installer en zone rurale. C’est notamment le pari fait par Share Kanazawa, un village inclusif pour seniors isolés créé il y a une dizaine d’années. Il accueille à la fois des personnes âgées, des jeunes en réinsertion et des associations caritatives.

Toutefois, cette sympathique initiative ne suffit pas à inverser une tendance lourde à la désertification du pays en dehors de la zone urbaine Tokyo – Osaka.

Nicolas menet : ne plus parler de vieillissement mais de longévité

Adapter la société au vieillissement, c’est changer de logiciel

C’est admettre que les choses vont changer en profondeur.

Nous vivrons tous plus vieux. Vivrons-nous mieux ou moins bien ?

La question est en suspens, la réponse dépend de notre capacité à adapter toute la société à ce nouveau paradigme.

Cela demande de remettre profondément en question notre conception du vieillissement, de la retraite, des différents âges de la vie et de la contribution de chacun à la vie en société.

Moi, c’est vraiment cet enjeu qui me motive à communiquer avec vous.

Je veux contribuer à faire changer la donne.

  • Je veux contribuer à éviter que la France tombe dans les mêmes travers que le Japon.
  • Je veux contribuer à faire de la longévité quelque chose de positif qui nous grandisse et nous rende meilleurs.
  • Je veux contribuer à cette prise de conscience et à ces avancées sociétales.

A présent que nous sommes d’accord sur le Pourquoi, relevons nos manches et travaillons ensemble sur le Comment.

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