4 idées saugrenues pour sauver l'aide à domicile

4 idées saugrenues pour sauver l’aide à la personne

L’aide à la personne ne va pas très bien.

Ce n’est pas un secret. 

J’ai des idées un peu saugrenues pour y remédier.

Vous me direz ce que vous en pensez, on va toujours plus loin quand on réfléchit à plusieurs !

Les problèmes

A mon avis, les problèmes actuels de l’aide à la personne c’est  :

  1. Un problème de financement et une trop forte dépendance aux aides publiques.
  2. Un problème de recrutement : le job n’intéressant plus.
  3. Un problème de digitalisation : les organismes d’aide à la personne accusent un sérieux retard en la matière. 

Problème n°1 : Près de 90 % du coût de l’aide à la personne est pris en charge par les finances publiques !

  • Les usagers bénéficient de l’APA et d’un crédit d’impôt de 50%,
  • Pour les employeurs (y compris les particuliers-employeurs) : des exonérations de charges sociales et un taux de TVA réduit.

En contrepartie, l’Etat a son mot à dire sur les dépenses. Ce sont les conseils départementaux qui fixent le taux horaire couvert par l’APA et déterminent le montant des aides attribuées aux personnes âgées, en veillant à ne pas dépasser le budget. 

En outre, la manne publique va sérieusement diminuer dans les années qui viennent. Elle va augmenter en valeur, mais pas autant que le reste à charge des ménages. C’est ce que la Cour des Comptes a pointé dans son rapport thématique de 2016 sur le maintien à domicile :

APA
Evolution prévisionnelle des dépenses publiques et privées pour financer la perte d’autonomie

Déjà à présent, la participation horaire des conseils départementaux est systématiquement inférieure au coût réel de la prestation. La différence est à la charge des personnes âgées (pour un état des lieux complet, consulter le rapport 2018 de l’observatoire national du domicile produit par la Fedesap).

Et malgré cela, beaucoup d’organismes ne parviennent pas à dégager des marges suffisantes pour adapter leur service au goût du jour.

Problème n°2 : Les services d’aide à la personne n’arrivent plus à recruter

En 2005, aux beaux jours du plan Borloo, l’Etat pensait que le secteur allait créer 500 000 emplois. La réalité a vite rattrapé le fantasme. Les emplois se sont avérés des temps partiels, une grande partie des prestations éligibles au régime des services à la personne n’intéressent personne et le seuil des 500 000 emplois créés n’a jamais été atteint. Pourtant, à l’époque, il y avait suffisamment d’aides à domicile pour répondre aux besoins des personnes âgées. Mais cette première génération a vieilli.

Elle est même sur le point de partir à la retraite. Et la génération suivante n’est pas très attirée par le deal.

Sont-ce :

  • Les plannings morcelés,
  • L’absence d’indemnité kilométrique,
  • Les conditions de travail difficiles,
  • L’isolement,
  • Le salaire plafonné au SMIC, avec ou sans diplôme ?

Sans doutes un peu de tout cela !

Les organismes aimeraient sûrement faire plus mais ils sont bloqués par les tarifs plancher du conseil départemental et les frais fixes incompressibles de leurs structures : personnel encadrant et transversal nécessaire au bon fonctionnement du service, à la coordination et surtout à la planification des vacations. 

Et puis n’oublions pas le double effet kiss kool de l’exonération de charges sociales. Celle-ci s’applique uniquement aux salaires inférieurs ou égaux au SMIC. Ce qui bloque de facto le salaire des auxiliaires de vie.

Dans ces conditions, difficile de trouver des arguments pour motiver les candidats. Raison pour laquelle il y en a si peu.

Enfin, les services d’aide à la personne spécialisés sont désormais concurrencés par les généralistes et leurs puissantes markeplace numériques. Et là, il y a vraiment de quoi s’inquiéter. En effet… 

Problème n°3 : Les services d’aide à la personne accusent un retard inquiétant en matière de digitalisation.

Les résultats de l’observatoire de la transformation numérique des services à la personne sont édifiant. Cette mesure réalisée par Ogust auprès de 110 entreprises reflète la perception qu’ont ces entreprises de la transformation numérique et leur état d’avancement dans ce domaine. Réalisée au quatrième trimestre 2017, l’enquête d’Ogust fait ressortir que : 

  • 86 % des entreprises de services à la personne estiment que la transformation numérique constitue un enjeu important.
  • 54 % estiment que s’engager dans la transition numérique se traduit par la création d’un site internet et seulement 35 % par de la vente de services en ligne.
  • 0 % des ventes de services sont réalisées aujourd’hui en ligne.
  • 49 % mettent en avant le manque de moyens financiers, 44 % le manque de temps et 32 % le manque de savoir-faire technologique comme freins à la transition.
  • 67 % des entreprises pensent que leurs clients seraient intéressés par la possibilité d’acheter des services en ligne.
  • 60 % estiment que la vente en ligne se généralisera d’ici 3 ans dans les services à la personne.
  •  62 % des entreprises estiment que la concurrence des plateformes de services en ligne ira croissante.

Je laisse les solutions « inbox » aux esprits chagrins qui estiment que le salut des services à la personne repose dans une augmentation de la manne publique. A mon avis, ils se bercent d’illusions. Je préfère essayer de trouver des solutions frugales pour les bénéficiaires et peu ou pas dépendantes des aides publiques. 

 Idées saugrenues 

  1. Créer une markeplace dédiée et diviser les frais de gestion par 10 grâce à la blockchain. 
  2. Recruter massivement de la main d’oeuvre étrangère.
  3. Mutualiser le service en regroupant les personnes âgées isolées dans des habitats partagés accompagnés,
  4. Rendre le travail des AVS plus intéressant en sous traitant ou en automatisant les tâches sans valeur ajoutée. 

On détaille un petit peu ? 

Idée n°1 : Créer une marketplace dédiée et diviser les frais de gestion par 10 grâce à la blockchain

A mon avis, la création d’une plateforme de services (une market place indépendante) utilisant la blockchain peut résoudre certains des problèmes actuels et futurs qui menacent l’équilibre et la pérennité de la profession et donc le service aux clients. 

Mais avant de vous parler de l’aide à domicile, je dois vous expliquer ce qu’est la bockchain, n’est-ce pas ? Rassurez-vous, je vais vous donner une vision synthétique et claire en illustrant avec un exemple que j’adore. 

La blockchain est un système de gestion numérique des données en « open source », décentralisé, infalsifiable et fondé sur les échanges réalisés entre serveurs privés appartenant à des particuliers. L’information n’est plus stockée sur des serveurs privés appartenant à des sociétés ou des états. Elle ne peut plus être contrôlée ni manipulée.

On associe très souvent la blockchain au Bitcoin, qui est une monnaie virtuelle (également appelée cryptomonnaie). En effet, la première utilisation de la blockchain, et ce pour quoi elle a été initialement conçue, c’est la gestion des transactions en cryptomonnaies.

Toutefois, cette technologie peut aussi être employée pour simplifier et sécuriser toutes les transactions et les échanges.  

Enfin, un service fonctionnant sur la blochain est un service qui n’a pas besoin d’intermédiaires entre offre et demande. C’est donc un service qui ne se finance pas sur le dos de la bête. Les frais de gestion fondent comme neige au soleil. 

En synthèse et pour ce qui nous intéresse aujourd’hui, les avantages de la blockchain par rapport aux systèmes traditionnels sont : 

  • La sécurisation des données : on ne peut pas « tricher » avec la blockchain. 
  • La disparition des intermédiaires : on n’a plus besoin de passer par un tiers de confiance (ni de le rémunérer) pour utiliser le service.
  • L’automatisation des traitements : les procédures sont automatisées, les délais raccourcis. 

Prenons un exemple :

Le marché des transferts d’argent internationaux entre les travailleurs immigrés et leur famille restée au pays représente 440 Mds $ / an. Les sociétés qui réalisent ces transactions prennent une commission de 10%. La diaspora africaine perd ainsi 2 Mds € / an juste à cause du coût d’envoi des transferts d’argent. En outre ce service prend en général de 6 à 8 jours. Une plateforme blockain propose un service similaire, en moins de 8 heures moyennant une commission de seulement 1,5%. 

Voyons maintenant quels problèmes de l’aide à domicile une telle technologie pourrait résoudre. 

Une markeplace construite sur la blockchain :

  • Offrirait aux clients un point d’entrée web unique, moderne et rassurant,
  • Automatiserait une grande partie du travail actuellement réalisé manuellement par les employeurs,
  • Résoudrait le problème des coûts fixes : les activités de planification et tout le transversal seraient automatisés,
  • Clarifierait les grilles de tarifs en uniformisant le prix horaire,
  • Donnerait aux clients une meilleure visibilité sur les possibilités, les personnes disponibles et la qualité individuelle de chacun (moyennant un système d’évaluation individuel, comme sur les autres plateformes),
  • Donnerait aux auxiliaires de vie une visibilité sur les offres des clients et plus de liberté dans leur organisation. 
  • Couperait l’herbe sous le pied aux marketplace commerciales qui louchent sur l’activité des organismes d’aide à domicile et prévoient déjà de leur imposer une commission d’usage de 20%,
  • Ne remettrait pas en question l’essentiel de la prestation : l’aide humaine. 
  • Permettrait de redistribuer plus équitablement le coût horaire facturé au client (en augmentant le salaire des AVS).

Idée n°2 : Recruter massivement de la main d’oeuvre étrangère

J’adore cette fausse bonne idée. Vous allez crier à la préférence nationale. Agiter le spectre du plombier polonais. Certes. Cependant, c’est déjà la solution retenue pour pallier au manque de médecins dans toute l’Europe du Nord. Plusieurs fois par an, des foires aux médecins étrangers sont organisés dans les pays de l’Est et du Sud de l’Europe. L’objectif : faire venir travailler chez nous des médecins formés dans des pays où ils ne trouvent pas de boulot et où ils sont de toute façon moins bien payés qu’en France, Allemagne, Suède etc… pour aller plus loin, je vous recommande cet article. 

Certes, les abus sont nombreux, notamment en Allemagne comme le souligne un article paru dans Bastamag en 2015 : 

Toutefois, l’idée pourrait être explorée. Si personne ne veut du job en France, il y a sûrement quelqu’un qui aura moins de réticences ailleurs, non ? 

Idée n°3 : Mutualiser le service en regroupant les personnes âgées isolées dans des habitats partagés accompagnés

Cette solution est déjà un petit peu expérimentée en France. On compte actuellement 400 habitats partagés accompagnés, mais les 2/3 de ces habitats inclusifs sont occupés par des adultes handicapés. Les structures dédiées aux personnes âgées sont plus rares. 

Il s’agit de maisonnées de petite taille conçues pour recevoir quatre à six résidents. Ceux-ci disposent d’espaces privatifs mais ils mutualisent certaines pièces et commodités de la maison (les appareils ménagers, la cuisine, le jardin) ainsi que les aides humaines. En général, une gouvernante est installée à demeure pour animer et coordonner la maisonnée. Les résidents sont impliqués dans les tâches courantes et l’entraide mutuelle est fréquente.

Pour un public handicapé, citons Le Club des Six. Pour un public âgé, je vous invite à découvrir une belle expérimentation dans le Tarn : 

ça donne envie, n’est-ce pas ? 

Bon, voila, mon tour d’horizon des idées saugrenues est terminé. Je vous remercie de l’avoir lu jusqu’au bout. A présent, pouvez-vous consacrer une ultime minute à me dire ce que vous en pensez en commentaire ?

Je suis vraiment curieux de le savoir. 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.