Représentation de vieillir chez soi dans un monde idéal et ensoleillé

Vieillir chez soi : pourquoi le maintien à domicile est d’abord une question de territoire (2026)

90 % des Français de plus de 65 ans déclarent vouloir vieillir chez eux. L’intention politique suit : la loi Bien Vieillir d’avril 2024, la création de Ma Prime Adapt’, la fusion des SAAD et SSIAD en services autonomie à domicile… Le « virage domiciliaire » est le mot d’ordre depuis deux décennies. Pourtant, le maintien à domicile reste pensé comme un triptyque individuel : adapter la douche, financer une aide à domicile, installer un médaillon d’alerte.

Ce cadrage rate l’essentiel — et repose sur une confusion. L’adaptation du logement et la prévention des chutes ne sont pas des enjeux spécifiquement liés à l’âge : ce sont des enjeux de pathologie et d’isolement. Le décès récent de Loana, attribué à une chute à domicile alors qu’elle n’avait pas 50 ans, le rappelle brutalement. De même qu’on adapte un logement pour une personne en fauteuil roulant ou déficiente visuelle quel que soit son âge, on l’adapte pour une perte de capacité, pas pour un anniversaire. Des millions de seniors de 75 ans vivent très bien dans un logement « non adapté » parce qu’ils sont en bonne santé ; à l’inverse, des personnes de 40 ans avec une pathologie chronique ont besoin d’aménagements lourds.

Alors, qu’est-ce qui est vraiment spécifique au vieillissement dans le maintien à domicile ? La réponse est collective, pas individuelle : c’est le territoire. Vieillir chez soi, ce n’est pas seulement vieillir dans son logement — c’est vieillir dans un écosystème : un quartier avec des commerces accessibles, des transports, un médecin à moins de 30 minutes, des voisins qui connaissent votre prénom. Quand cet écosystème fait défaut, aucun monte-escalier ne compensera. Et les disparités sont spectaculaires : entre un senior dans un centre-bourg doté d’un CRT adossé à l’EHPAD local et un senior isolé dans une maison individuelle en zone rurale sans transport en commun, on ne parle pas du même « chez soi ».

Ce sont les collectivités locales — communes, intercommunalités, départements — qui tiennent les leviers : aménagement, mobilité, offre de soins, coordination des services. Ce guide propose une lecture inversée du maintien à domicile : non pas en partant de la personne et de ses aides, mais du territoire et de sa capacité à rendre le domicile viable.


1. Le territoire d’abord : quand le « chez soi » dépend du « autour de soi »

Le maintien à domicile est souvent présenté comme une affaire de volonté individuelle et de dispositifs d’aide. Mais pour qu’une personne puisse réellement vieillir chez elle, encore faut-il que son environnement le permette. C’est la notion d’aménités territoriales : l’ensemble des ressources accessibles autour du domicile qui rendent la vie quotidienne possible sans dépendance totale à un tiers.

Ces aménités sont plurielles. Les commerces de proximité d’abord : quand la boulangerie, la pharmacie ou le bureau de poste ferment, le senior qui ne conduit plus perd l’autonomie bien avant de perdre la santé. Les transports ensuite : en zone rurale, la voiture reste le dernier lien avec l’extérieur, et la perte du permis — qui concerne chaque année environ 100 000 personnes de plus de 70 ans — constitue souvent le point de basculement vers l’isolement. Les services publics aussi : la fermeture d’un bureau de poste, d’une perception ou d’un centre de soins ne fait pas la une, mais elle dégrade le quotidien de ceux qui ne peuvent pas « aller voir ailleurs ».

La vie sociale est une aménité territoriale à part entière. Selon les Petits Frères des Pauvres, 2 millions de seniors vivent en situation d’isolement social sévère en France — c’est-à-dire qu’ils n’ont quasiment aucun contact régulier avec l’extérieur. Ce chiffre ne décrit pas un déficit de services à domicile : il décrit un déficit de tissu social. Les voisins bienveillants, le marché du samedi, l’association locale, le café du village — ces « infrastructures invisibles » comptent autant qu’une heure d’aide ménagère pour maintenir une personne chez elle.

Et c’est ici que les inégalités territoriales deviennent criantes. Un senior dans un centre-ville doté de commerces, de transports et d’un tissu associatif dense n’a pas le même « chez soi » qu’un senior dans un hameau à 15 km du premier médecin. La question n’est pas de savoir si la personne veut rester chez elle — elle le veut presque toujours. La question est de savoir si le territoire autour d’elle le lui permet.

Les politiques publiques commencent à intégrer cette dimension. Les contrats locaux de santé portés par les ARS incluent désormais un volet « vieillissement ». Les schémas départementaux de l’autonomie sont censés croiser aménagement et offre médico-sociale. Mais dans la pratique, la coordination reste fragmentée : l’urbanisme relève de la commune, les transports de l’intercommunalité, l’APA du département, les soins de l’ARS. Le vieillissement est un sujet transversal géré en silos.


2. Adapter le logement : un enjeu de pathologie, pas d’âge

La question de l’adaptation du logement est systématiquement présentée comme un enjeu du « grand âge ». C’est une erreur de cadrage. Ce qui nécessite une adaptation du logement, ce n’est pas l’âge : c’est une perte de capacité fonctionnelle — qu’elle survienne à 45 ans après un AVC, à 30 ans pour une personne en fauteuil roulant, ou à 80 ans du fait d’une arthrose sévère.

Confondre vieillissement et perte d’autonomie conduit à des politiques mal ciblées. Ma Prime Adapt’, lancée en janvier 2024, illustre ce biais : elle cible les personnes de 70 ans et plus (ou 60-69 ans avec un GIR 1 à 6), alors que le critère pertinent serait la perte de capacité, indépendamment de l’âge. En 2025, le dispositif a financé environ 38 000 dossiers pour une aide moyenne de 6 045 € — un volume qui reste modeste rapporté aux 11 millions de logements occupés par des personnes de plus de 65 ans.

Deux niveaux d’adaptation souvent confondus

Il faut distinguer l’adaptation de l’immobilier et l’adaptation par l’équipement personnel. Le premier concerne le bâti : remplacement de la baignoire par une douche de plain-pied, installation d’un monte-escalier, élargissement des portes, revêtement de sol antidérapant. C’est le périmètre historique de l’ANAH et de Ma Prime Adapt’. Le second concerne les objets connectés et la domotique : montre avec détection de chute, capteurs de mouvement, chemin lumineux nocturne, pilulier connecté, serrure à code.

La frontière entre les deux se déplace rapidement. Si une personne porte une montre connectée capable de détecter une chute et d’alerter un proche en temps réel, a-t-elle besoin d’un détecteur de chute filaire installé dans chaque pièce ? Si un éclairage automatique par capteurs sécurise les déplacements nocturnes, faut-il nécessairement refaire le revêtement de sol ? L’équipement personnel devient une alternative — souvent moins coûteuse et moins invasive — aux travaux lourds.

La maison souvent déjà adaptée

Un autre angle mort du débat : pour beaucoup de seniors, le logement est déjà naturellement adapté. La majorité des propriétaires âgés vivent dans des maisons individuelles de plain-pied ou avec des pièces de vie au rez-de-chaussée. Ils y vivent depuis 20, 30 ou 40 ans et connaissent chaque recoin. Les aménagements nécessaires sont souvent des ajustements — une barre d’appui dans la douche, un rehausseur de WC, un meilleur éclairage — pas des rénovations lourdes à 15 000 €.

Le vrai problème d’adaptation concerne moins le logement individuel que les espaces communs des copropriétés : absence d’ascenseur dans les immeubles anciens, escaliers d’entrée sans rampe, interphones inaccessibles, boîtes aux lettres en sous-sol. Ces obstacles relèvent de la copropriété, pas du locataire ou propriétaire, et sont notoirement difficiles à faire voter en assemblée générale.

Relativiser sans minimiser

Cela ne signifie pas que l’adaptation du logement soit inutile. Pour les personnes atteintes de pathologies invalidantes — maladie de Parkinson, séquelles d’AVC, déficience visuelle, troubles cognitifs — les aménagements du bâti restent indispensables. Mais il faut les penser comme un sujet médico-social transversal (au même titre que l’accessibilité pour le handicap), pas comme un sujet spécifiquement « senior ». Et surtout, il faut les remettre en perspective : le meilleur logement adapté du monde ne résoudra rien si le territoire autour ne fournit ni commerces, ni médecin, ni vie sociale.


3. Les services de santé et médico-sociaux : le triple défi

Le maintien à domicile repose sur un maillage de services : aide à la vie quotidienne, soins infirmiers, coordination médicale, portage de repas, téléassistance. Ce maillage fait face à un triple défi structurel : financement, attractivité des métiers, et adéquation avec la demande.

Le financement : un système opaque et inégalitaire

L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) à domicile concernait 760 000 bénéficiaires en 2024, pour un coût total d’environ 7,87 milliards d’euros selon la DREES. Elle finance l’essentiel du plan d’aide : heures d’auxiliaire de vie, portage de repas, téléassistance, aides techniques. Mais deux angles morts persistent.

Le premier est le reste à charge. L’APA ne couvre pas la totalité du plan d’aide : selon le niveau de revenus, le taux de participation du bénéficiaire varie. Pour les GIR 4 (la majorité des bénéficiaires), le plan d’aide moyen est d’environ 480 € par mois — souvent insuffisant pour couvrir les besoins réels, ce qui pousse les familles à compléter de leur poche ou à renoncer à des heures d’aide.

Le second est la disparité départementale. L’APA est financée par les départements (avec un concours de la CNSA), et les pratiques varient considérablement : tarifs horaires de référence, évaluation des GIR, délais de traitement, plafonds appliqués. Deux personnes avec la même perte d’autonomie dans deux départements différents ne reçoivent pas le même volume d’aide. C’est un symptôme supplémentaire de la dimension territoriale du maintien à domicile.

L’attractivité : la crise structurelle des métiers du domicile

Le secteur de l’aide à domicile connaît une pénurie de main-d’œuvre sans précédent. Selon l’UNA et la FESP, environ 60 000 postes sont vacants aujourd’hui, et les projections tablent sur 300 000 postes à pourvoir d’ici 2030. Les causes sont connues et documentées : rémunérations basses (le SMIC ou légèrement au-dessus pour la majorité des auxiliaires de vie), temps partiels subis, déplacements non indemnisés entre les domiciles, pénibilité physique, et un déficit chronique de reconnaissance sociale.

Les chiffres de sinistralité sont éloquents : les aides à domicile présentent un taux de troubles musculo-squelettiques (TMS) parmi les plus élevés de toutes les professions — supérieur à celui du BTP. La profession est à 97 % féminine, majoritairement à temps partiel, avec un turnover annuel qui dépasse 30 % dans certaines structures.

La loi Bien Vieillir de 2024 a introduit la « carte professionnelle » des intervenants à domicile et renforcé l’obligation de formation. Mais ces mesures ne s’attaquent pas au cœur du problème : tant que le modèle économique repose sur un tarif horaire contraint par l’APA et les conseils départementaux, les marges de revalorisation salariale resteront nulles.

Un levier souvent négligé : la technologie comme aide aux aidants professionnels. La domotique, les capteurs de suivi d’activité et les outils de planification intelligente ne remplaceront pas l’auxiliaire de vie, mais ils peuvent réduire la charge mentale, optimiser les tournées et recentrer le temps humain sur l’accompagnement plutôt que la logistique.

La corrélation avec la demande : des déserts de services

L’offre de services à domicile ne suit pas la géographie du vieillissement. On parle beaucoup des déserts médicaux — 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant — mais il existe aussi des déserts de services à domicile. Dans certaines zones rurales, aucun SAAD n’intervient faute de rentabilité : les temps de trajet entre deux domiciles rendent le modèle économiquement intenable, et aucune structure ne candidate aux appels à autorisation.

Le paradoxe est saisissant : les territoires où le vieillissement est le plus prononcé (zones rurales, petites villes) sont souvent ceux où l’offre de services est la plus faible. La France vieillit partout, mais les services pour vieillir ne sont pas partout.


4. La réforme des services autonomie à domicile : un chantier enlisé

La loi Bien Vieillir d’avril 2024 a acté la fusion des SAAD (services d’aide et d’accompagnement à domicile) et des SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) en une catégorie unique : les services autonomie à domicile (SAD). L’objectif est de proposer à la personne un interlocuteur unique, capable de coordonner l’aide quotidienne et les soins, plutôt que de naviguer entre deux structures avec deux financements et deux logiques.

Un principe séduisant, une mise en œuvre laborieuse

Sur le papier, la réforme a du sens. Un service intégré peut mieux repérer les signes de fragilité, ajuster le plan d’aide en temps réel et éviter les ruptures de parcours. Dans la pratique, le bilan est sévère : seulement 8 SAD intégrés ont été créés en deux ans, alors que la deadline était fixée à décembre 2025. La très grande majorité des SSIAD n’ont pas réussi à fusionner avec un SAAD.

Les obstacles sont multiples. Les SAAD relèvent des conseils départementaux, les SSIAD des ARS : fusionner deux services sous deux tutelles avec deux logiques de financement est un exercice bureaucratique redoutable. Les statuts juridiques diffèrent (associatif, public, commercial), les conventions collectives aussi. Et surtout, beaucoup de structures sont trop fragiles financièrement pour absorber le coût d’une fusion : on leur demande de se regrouper alors qu’elles peinent déjà à boucler leur budget individuellement.

Les CRT : l’EHPAD « hors les murs »

En parallèle de la fusion des SAD, la loi Bien Vieillir a renforcé le déploiement des Centres de Ressources Territoriaux (CRT). Le concept est ambitieux : transformer l’EHPAD d’un lieu d’hébergement fermé en une plateforme de services ouverte sur le territoire. Un CRT adossé à un EHPAD peut proposer aux seniors vivant à domicile un accès à la restauration collective, aux activités de l’établissement, à des consultations gériatriques, voire à de l’hébergement temporaire de répit.

L’objectif initial était de 200 CRT financés à hauteur de 400 000 € chacun. Le modèle est prometteur — il crée du lien entre le domicile et l’institution, il mutualise des ressources existantes, il ancre l’EHPAD dans son territoire. Mais le déploiement reste lent, freiné par la complexité des conventionnements entre l’EHPAD, le département, l’ARS et les services à domicile locaux.

Le CRT est aussi un complément naturel de l’habitat inclusif : dans un schéma territorial intégré, un CRT peut servir de hub de services pour un ensemble de logements inclusifs environnants, en mutualisant l’animation sociale, la veille et la coordination des soins.

Le paradoxe de la réforme

On fusionne des services qui sont individuellement en difficulté en espérant que le regroupement crée de la valeur. C’est un pari risqué. Si les problèmes structurels — financement insuffisant, attractivité des métiers, complexité administrative — ne sont pas traités en amont, la fusion ne produira que des structures plus grosses avec les mêmes fragilités. La réforme des SAD est nécessaire, mais elle ne suffira pas sans une refonte du modèle économique du domicile.


5. Bailleurs sociaux et promoteurs : l’émergence du quartier intégré

Une approche émerge qui réconcilie logement, services et territoire : le quartier intégré. Portée principalement par les bailleurs sociaux, elle consiste à penser le vieillissement non pas à l’échelle du logement individuel, mais à l’échelle de l’îlot urbain ou du quartier.

Le parc social face au vieillissement

Le constat est massif : selon l’Union sociale pour l’habitat (USH), environ 30 % des locataires HLM ont plus de 60 ans, et cette proportion augmente de 1 point par an. D’ici 2033, la part des seniors dans le parc social aura crû de 25 %. Les bailleurs n’ont pas le choix : leur parc vieillit avec ses occupants, et les demandes de mutation vers des logements adaptés explosent alors que l’offre est insuffisante.

Plutôt que de traiter le problème logement par logement, certains bailleurs adoptent une approche systémique. Le concept de « quartier inclusif » ou « inclus-quartier » consiste à intégrer dans un même périmètre : des logements adaptés (ou adaptables), des espaces partagés (salle commune, jardin), des services de proximité (conciergerie, portage de repas, permanence infirmière), et une connexion avec les commerces et transports existants.

Des initiatives concrètes

Plusieurs modèles coexistent. Les béguinages en parc social — de petits ensembles de 10 à 20 logements adaptés autour d’une cour commune — se multiplient dans les Hauts-de-France et en Bretagne, portés par des bailleurs comme Aréli ou Néolia. Les résidences autonomie intégrées dans des programmes HLM neufs permettent de mixer les générations tout en garantissant un socle de services aux plus âgés.

Côté promoteurs privés, les programmes de « quartiers mixtes » avec composante senior se développent. Altarea et Nexity ont lancé des opérations intégrant résidences services seniors et logements familiaux dans le même ensemble, avec des espaces partagés ouverts à tous. L’idée est que la mixité générationnelle est un facteur de maintien à domicile en soi : des voisins plus jeunes qui peuvent rendre un service, des enfants dans la cour qui animent le quotidien, une vie de quartier qui combat l’isolement.

La Banque des Territoires comme catalyseur

La Banque des Territoires (Caisse des Dépôts) joue un rôle croissant dans le financement de ces projets, via des prêts bonifiés aux bailleurs sociaux pour l’adaptation du parc existant et via l’ingénierie de programmes « bien vieillir » à l’échelle intercommunale. Son programme Bien Vieillir articule adaptation du logement, habitat inclusif et services de proximité dans une logique de territoire.

L’enjeu pour les collectivités locales est d’intégrer cette vision dans leurs documents d’urbanisme — PLU, PLH, schéma de cohérence territoriale — pour anticiper le vieillissement à l’échelle de la planification urbaine, et non le gérer dans l’urgence quand le problème devient visible.


6. Vieillir chez soi est une politique locale, pas un plan national

Le maintien à domicile est un sujet structurellement local. Ce qui détermine si une personne peut vieillir chez elle n’est pas un dispositif national — c’est la combinaison concrète, sur son territoire, de trois éléments : un environnement de vie fonctionnel (commerces, transports, vie sociale), un logement adapté à sa situation (pas à son âge), et un accès effectif aux services de santé et d’aide.

Le plan national comme illusion récurrente

La France a une tradition de plans nationaux pour le grand âge : le plan Solidarité Grand Âge (2006), le rapport Libault (2019), le projet de loi Grand Âge et Autonomie (abandonné), la loi Bien Vieillir (2024). Chacun promet une « politique globale », chacun se heurte à la même réalité : les leviers opérationnels sont locaux. L’urbanisme relève de la commune. La mobilité, de l’intercommunalité. L’APA et la coordination médico-sociale, du département. L’offre de soins, de l’ARS. Le financement de l’habitat social, de la Banque des Territoires et des bailleurs.

Aucun plan national ne peut intégrer ces compétences éclatées. Ce qui peut le faire, c’est une gouvernance territoriale du vieillissement : un espace où commune, département, ARS, bailleurs, services à domicile et associations coordonnent concrètement l’offre à l’échelle d’un bassin de vie.

Ce que les élus locaux peuvent faire

Les outils existent, même s’ils sont sous-utilisés. Un diagnostic territorial du vieillissement (qui vieillit où, avec quels services disponibles, quelles carences) peut être réalisé à l’échelle intercommunale avec l’appui de la CNSA et des conférences des financeurs. La coordination entre CRT, habitat inclusif et services à domicile peut être organisée à l’échelle du département dans le cadre du schéma de l’autonomie. Les mobilités adaptées (transport à la demande, navettes vers les commerces) relèvent de l’intercommunalité.

Concrètement, une intercommunalité qui veut agir peut : cartographier ses aménités (avec un outil comme SilverMap), identifier les zones blanches de services, installer un CRT dans son EHPAD existant, soutenir un projet d’habitat inclusif, et mettre en place un transport à la demande vers les commerces. Aucun de ces leviers ne nécessite une loi nationale.

L’enjeu 2026-2030 : anticiper le pic

Les premières générations du baby-boom (nées entre 1946 et 1950) atteindront 80 ans entre 2026 et 2030. C’est l’âge moyen d’entrée dans la dépendance. La vague est prévisible, chiffrable, territorialisable — et les territoires qui ne s’y préparent pas maintenant seront submergés. L’enjeu n’est pas d’adapter la douche de Madame Martin : c’est de s’assurer que le territoire de Madame Martin restera vivable quand elle aura 85 ans.

Le maintien à domicile est un marqueur territorial. Les territoires qui investissent dans leurs aménités, qui coordonnent leurs services, qui intègrent le vieillissement dans leur urbanisme seront les territoires où l’on vieillit bien. Les autres exporteront leurs seniors vers les EHPAD des villes voisines — ou les laisseront vieillir seuls, dans un domicile devenu prison.

C’est en cela que le maintien à domicile rejoint les enjeux de la Silver économie dans son ensemble : le vieillissement n’est pas un problème à gérer depuis Paris, c’est une transformation à organiser localement. Territoire par territoire.


FAQ — Les questions les plus posées

Quelles aides financières pour le maintien à domicile ?

Les principales aides sont l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) pour les personnes en perte d’autonomie, Ma Prime Adapt’ pour l’adaptation du logement, et les aides des caisses de retraite pour la prévention. L’APA est versée par le département selon le niveau de dépendance (GIR) et les ressources. Ma Prime Adapt’ finance jusqu’à 70 % des travaux pour les propriétaires de plus de 70 ans sous conditions de revenus. Les aides des caisses complémentaires varient selon les régimes.

Comment maintenir une personne dépendante chez elle ?

Le maintien d’une personne dépendante à domicile mobilise un plan d’aide formalisé par l’équipe APA du département : auxiliaire de vie, soins infirmiers, portage de repas, téléassistance. Mais la viabilité dépend aussi du territoire — proximité des services de santé, vie sociale, accessibilité des commerces — et de l’épuisement des aidants. Au-delà d’un certain seuil de dépendance (GIR 1-2), le coût du domicile peut dépasser celui de l’EHPAD, et la qualité de vie peut se dégrader si l’isolement s’installe.

Le maintien à domicile est-il moins cher que l’EHPAD ?

Pour les personnes modérément dépendantes (GIR 3-4), le domicile est généralement moins coûteux — de l’ordre de 1 500 à 2 500 €/mois contre 2 000 à 3 500 €/mois en EHPAD. Mais pour les personnes très dépendantes (GIR 1-2) nécessitant une présence quasi continue, le coût du domicile peut atteindre 4 000 à 6 000 €/mois et dépasser celui de l’établissement. La comparaison doit aussi intégrer les coûts invisibles : épuisement des aidants, risques liés à l’isolement, sous-consommation de soins.

Qu’est-ce qu’un Centre de Ressources Territorial (CRT) ?

Un CRT est un dispositif créé par la loi Bien Vieillir de 2024 qui transforme l’EHPAD en plateforme de services ouverte aux seniors vivant à domicile sur le territoire. Un CRT peut proposer : accès à la restauration collective, consultations gériatriques, activités sociales, hébergement temporaire de répit. L’objectif est de créer un continuum entre domicile et institution plutôt qu’une rupture brutale.

Les déserts médicaux empêchent-ils le maintien à domicile ?

Les déserts médicaux compliquent sérieusement le maintien à domicile mais ne le rendent pas impossible. La télémédecine, les infirmiers en pratique avancée (IPA) et les maisons de santé pluriprofessionnelles sont des réponses partielles. Le problème est plus large : il concerne aussi les déserts de services (aide à domicile, portage de repas) et les déserts d’aménités (commerces, transports, vie sociale). C’est la combinaison de ces carences qui rend le domicile intenable, pas un seul facteur isolé.

Quelles technologies aident au maintien à domicile ?

Les technologies utiles se répartissent en trois catégories. La sécurité : téléassistance, détection de chute (montres connectées, capteurs au sol), chemin lumineux nocturne. Le suivi : capteurs d’activité qui repèrent les changements de comportement (sommeil, déplacements, alimentation), piluliers connectés, télémédecine. L’aide aux professionnels : outils de planification des tournées, dossiers partagés, applications de coordination. L’enjeu n’est pas la technologie en soi mais son intégration dans un écosystème de services humains.

Comment choisir entre domicile et EHPAD ?

Le choix dépend de trois facteurs : le niveau de dépendance (au-delà du GIR 2, le domicile devient très complexe à organiser), la qualité du territoire (présence de services, de vie sociale, de soins de proximité), et la capacité de l’entourage (épuisement des aidants, disponibilité, proximité géographique). L’habitat inclusif — résidences autonomie, béguinages, habitat regroupé — offre une voie intermédiaire entre le domicile isolé et l’institution médicalisée.

Les seniors préfèrent-ils vraiment rester chez eux ?

90 % des seniors déclarent vouloir vieillir chez eux, mais ce chiffre mérite une lecture nuancée. « Chez soi » désigne un cadre familier, un quartier, des habitudes — pas nécessairement le logement actuel. Beaucoup de seniors seraient prêts à déménager pour un logement plus adapté dans le même quartier. Et surtout, le « choix » du domicile est souvent un non-choix : faute d’alternative accessible et abordable, rester chez soi est la seule option, même quand les conditions se dégradent.


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