Qu’est-ce que la colocation intergénérationnelle ?

La colocation intergénérationnelle, c’est un système d’habitat partagé entre personnes d’âges différents, les cadets aidant leurs aînés en contrepartie de l’hébergement.

« Héberger des étudiants dans des résidences pour seniors, c’est l’idée qu’a eue l’entreprise Domitys. “On avait déjà repéré ce genre d’initiatives intergénérationnelles dans les pays nordiques”, se souvient Sébastien Gehannin, directeur Développement chez Domitys. “Mais il s’agissait principalement de maisons de retraite médicalisées. Nous avons eu envie de mener le même genre de projets dans les résidences de services pour seniors que nous ouvrons, et qui sont constituées d’appartements indépendants”. (Les Echos du 13 février 2018).

« Si vous aimez le Scrabble et Motus, ce qui suit est peut-être fait pour vous : le CCAS (Centre communal d’action sociale) de Montpellier, qui se veut innovant en matière de dispositifs de solidarité envers les publics les plus fragiles, va proposer à des étudiants, à la rentrée prochaine, de louer des chambres… dans des maisons de retraite. » (20 Minutes du 21 février 2018)

Longtemps limitée à une relation privée entre une personne âgée disposant d’un espace suffisant pour héberger un colocataire plus jeune, le concept s’étend désormais aux résidences pour seniors avec toujours la même idée d’entraide intergénérationnelle. Cette forme d’habitat partagé a tout pour séduire. La colocation intergénérationnelle  apporte une solution à deux problèmes insolubles :

  • La crise du logement abordable qui pénalise les étudiants et les jeunes adultes,
  • La solitude des personnes fragilisées, qui contribue souvent à l’accélération du processus de perte d’autonomie.

La colocation intergénérationnelle, comment ça marche ?

La colocation consiste à partager une location entre plusieurs colocataires. Ceci permet de louer une grande surface en disposant chacun d’un espace personnel et en mutualisant les pièces à vivre. La colocation apporte une solution à la crise du logement en permettant à des personnes qui n’ont pas beaucoup de moyens d’accéder à des logements de grande taille en contrepartie d’une cohabitation avec d’autres locataires et d’un partage des espaces.

La colocation intergénérationnelle repose sur le même schéma mais le logement partagé est bien souvent celui dont le sénior qui initie le projet est propriétaire. Il sous-loue une ou plusieurs chambres à un ou des co-locataires plus jeunes que lui. Le colocataire peut payer un loyer ou pas, car la contrepartie principale de sa présence n’est pas financière mais humaine : il doit apporter aide et assistance à son colocataire senior, selon des modalités qui sont définies dans le contrat de colocation.

colocation intergénérationnelle
(source)

La colocation intergénérationnelle permet de réduire la solitude des personnes âgées tout en aidant des étudiants à trouver un logement dont le loyer n’est pas prohibitif.

La colocation intergénérationnelle peut ne pas convenir à tout le monde car, par définition, c’est la rencontre de deux mondes différents, de deux générations que tout ou presque pourrait opposer. Il est impératif que les colocataires s’entendent précisément sur leurs attentes respectives pour éviter les mauvaises surprises. Elle requiert de véritables capacités d’adaptation, pour les deux colocataires.

La colocation intergénérationnelle est une solution d’assistance à senior isolé qui existe depuis de nombreuses années mais souffre d’un déséquilibre important entre l’offre étudiante et la demande sénior.

On dénombre une quarantaine d’associations implantées sur tout le territoire et plusieurs sites de colocation « classique » proposent également des services de colocation intergénérationnelle. Toutefois, compte tenu de la spécificité de ce mode de partage, je vous recommande plutôt de vous adresser à des organisme de confiance comme par exemple le réseau COSI qui se présente dans cette vidéo (3mn).

La colocation intergénérationnelle en résidence pour seniors, bonne idée ?

Toute idée consistant à briser la spirale de l’isolement, créer du lien social et ouvrir les maisons de retraite sur le monde extérieur est une bonne chose.

Il ne faudrait pas pour autant considérer les porteurs institutionnels de ces projets comme des bienfaiteurs de l’humanité parfaitement désintéressés! Si vous avez suivi l’actualité des EHPAD, et notamment la mobilisation sociale du 30 janvier dernier, vous êtes conscient de la crise qui touche le secteur depuis plusieurs années et se traduit notamment par un manque de moyen et de personnel. Les deux sont liés (moins d’argent = moins d’emplois), mais le problème est également dû à une carence en aides soignantes et auxiliaires de vie. Le vieillissement de la population touche aussi ces métiers. La mauvaise réputation de la profession et des salaires tout sauf attractifs représentent un frein fort à la naissance de nouvelles « vocations ».

Par conséquent, l’arrivée fortuite d’étudiants « aidants semi-professionnels » pourrait être perçue comme un moyen de contourner les problèmes de personnel en engageant des « semi-bénévoles » dans le processus, plutôt que des salariés. Chez Domitys, par exemple, l’étudiant s’engage à travailler 39 heures par mois. Pour le moment, ce travail consiste à créer du lien social avec les résidents, mais un glissement de tâches vers des activités normalement dévolues aux aidants professionnels n’est pas impossible!

Une initiative à suivre, ne serait-ce que pour voir comment elle se consolidera dans la pratique.

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