Les idées incroyables des créateurs d’habitat inclusif

les idées incroyables des créateurs d'habitat inclusif

L’habitat inclusif est en pleine transformation, ici, comme dans le reste du monde. En France, les différents rapports gouvernementaux tentent de prendre le pouls de cette tendance et soulignent la nécessité de soutenir les innovations dans ce domaine. Aujourd’hui nous vous proposons de passer en revue quelques-uns des projets les plus novateurs de ces dernières années.

Le village Alzheimer de Dax

Vous en avez certainement déjà entendu parler au vu de sa couverture médiatique massive, le village Alzheimer de Dax. Il s’est inspiré d’un modèle néerlandais pour proposer une nouvelle forme d’organisation des habitats collectifs pour seniors.

À l’origine du village, il y a d’un côté le rejet de la surmédicalisation imposée aux patients atteints de la maladie d’Alzheimer. De l’autre, les nouvelles découvertes en matière de stimulation cognitive.

Le lieu reprend le style architectural landais avec 4 quartiers de quatre maisonnées répartis sur  5 hectares. Il se rapproche autant que possible d’un village classique, avec ses commerces et ses rues. Il sera ouvert sur l’extérieur une fois les restrictions liées au covid atténuées. L’objectif est de recréer un lieu familier pour les résidents. Le village est “fermé” mais les clôtures ne sont pas immédiatement visibles depuis le village.

Les signes médicaux sont proscrits : ici pas de blouse, les résidents sont des villageois. Les professionnels apprennent à trouver la bonne distance. Suffisamment proches pour veiller sur les résidents, suffisamment en retrait pour laisser les résidents vivre leur vie comme ils l’entendent.

On est loin de l’atmosphère d’un EHPAD, pour un tarif journalier pourtant similaire – autour de 65€. Ce tarif est néanmoins rendu possible par les investissements massifs réalisés par les collectivités qui financent l’expérimentation. En particulier un investissement de 20 millions d’euros par le département des Landes pour financer la construction.

L’autre atout du projet est son conseil scientifique. Dès l’amont, les porteurs de projet ont intégré des chercheurs afin d’évaluer précisément les bénéfices et les conséquences du village pour les résidents, que ce soit pour les professionnels ou les riverains. Les résultats de la principale étude sont attendus d’ici 5 ans, avec un premier rapport d’étape dans 3 ans. Ce délai est long, mais devrait favoriser un déploiement rapide de modèles similaires si les conclusions sont encourageantes.

Le village Alzheimer s’inscrit finalement en ligne droite dans les nouvelles connaissances dont nous disposons autour de l’utilité des soins non-médicamenteux pour faire face à la maladie d’Alzheimer. Ceux-ci se révèlent parfois plus efficaces que des thérapies symptomatiques médicamenteuses. En attendant de trouver une thérapie curative à cette maladie neurodégénérative, la stimulation cognitive et un environnement apaisé figurent parmi les meilleures façons de ralentir sa progression.

Village Alzheimer Dax
Village Alzheimer de Dax

La Maison des Cultures de Thomery

C’est également suite à ce constat que les fondatrices de la Maison des cultures ont décidé de lancer leur projet. Si dans le village de Dax la priorité est avant tout de combattre la maladie, la Maison des Cultures Alzheimer a choisi de mettre l’accent sur la valorisation de ses résidents et de leur bien-être.

Les fondatrices ont choisi d’appliquer l’approche Carpe Diem développée au Québec. Une méthode qui peut s’apparenter à la méthode Montessori transposée aux personnes âgées en perte d’autonomie. Cette philosophie contribue directement au ralentissement de la maladie et de ses symptômes, parmi lesquels les troubles psycho-sociaux et l’isolement.

Dans l’approche Carpe Diem les patients sont considérés comme des personnes plutôt que comme des malades. Les professionnels valorisent leurs compétences et cherchent à comprendre leurs envies, leurs ambitions. Il ne s’agit pas de lutter contre une lente régression des capacités, car ce serait mettre l’accent sur ce que la personne a perdu. Au contraire, la prise en soin insiste sur ce que la personne sait faire, sur ce qui la définit à un instant donné.

Cette approche fait de la dignité et du bien-être des résidents la priorité de la prise en soin.

Ainsi les aidants, professionnels et familiaux, s’opposent à la maladie indirectement. En s’attaquant aux conséquences négatives subies par la personne, comme la perte de confiance en soi et l’isolement, ils l’aident à mieux vivre avec. La maladie devient alors mieux supportable au quotidien.

Comme le village de Dax, la Maison des Cultures est résolument ouverte vers l’extérieur. Les fondatrices ont à coeur de communiquer sur la maladie d’Alzheimer afin d’améliorer la compréhension des formes de démence par le grand public. Sont organisés des ateliers et des rencontres pour partager sa vision thérapeutique et contribuer à l’essaimage de son modèle.

La ferme Reigershoeve aux Pays-Bas

La ferme Reigershoeve fonctionne suivant un modèle très similaire au village Alzheimer de Dax ou à la Maison des Cultures. Des petits groupes de maisons entourent un jardin avec un potager et des animaux. Là aussi, l’objectif est d’offrir un cadre de vie apaisant aux personnes atteintes de démence. La ferme leur permet de construire des projets, de donner du sens à leur quotidien par l’entretien du lieu et le développement du potager.

Cette ferme, et plusieurs autres habitats similaires, développés au Pays-Bas, sont construits dans le cadre d’une stratégie nationale. Et non comme initiatives individuelles portées par des acteurs locaux.

En effet, comme le souligne l’OMS, ces fermes permettent une transition plus douce entre le domicile et l’institution pour des personnes atteintes de démence qui, dans leur majorité, finiront par entrer en institution lorsque la maladie aura atteint un stade trop avancé.

Ces habitats “à la ferme” sont la preuve que les habitats collectifs innovants ne sont pas condamnés à demeurer des initiatives confidentielles. Ils représentent des outils de santé publique pertinents qui peuvent être dupliqués lorsqu’ils sont intégrés au sein d’une stratégie de parcours pour les personnes âgées en perte d’autonomie.

Ferme Reigershoeve
La ferme Reigershoeve

Le village de Share Kanazawa au Japon

L’organisation en village a fait ses preuves pour ralentir la progression de la démence, mais aussi pour prévenir la perte d’autonomie au sens large.

Dans un pays où l’exode rural massif vide les campagnes, et où le vieillissement de la population constitue un problème toujours plus préoccupant, le village de Share Kanazawa a remporté un succès inespéré.

Ce village adopte une structure similaire à celle des villages évoqués plus haut. Isolé du reste de la ville, il possède en son sein tous les commerces de proximité. Le petit plus ? L’intergénérationnel. Dans ce village cohabitent des personnes âgées et des adolescents. Car le village s’appuie sur un concept fort au Japon. Le concept d’ikigai, qu’on pourrait traduire comme “sentiment d’appartenance”, “se sentir à sa place”, “avoir une raison de vivre”. Ce sentiment pourrait bien être la clef de l’art du bien-vieillir à la japonaise.

Aller plus loin : visite guidée du village de Share Kanazawa par Sweet Home

Le village des vieux à Tamaraikulam en Inde

Le village TEV (Tamaraikulam Elders Village) répond lui aussi à un enjeu d’intégration des personnes âgées spécifique au contexte dans lequel il s’inscrit.

Attention, ici on parle d’un véritable village, à l’écart des autres unités urbaines.
Ici, les villageois ont mis l’accent sur l’aménagement d’un lieu sécurisé qui garantisse une vie digne aux personnes âgées. Les personnes âgées y sont valorisées et reconnues, en particulier au travers d’un conseil des anciens, élu pour gérer le village.

Aller plus loin : visite guidée du village indien

Village Tamaraikulam en Inde
Le village des vieux à Tamaraikulam en Inde

La Maison de la Diversité à Paris

Lorsqu’on parle d’habitat collectif pour seniors, le terme “inclusif” est sur toutes les lèvres. Pourtant certains publics demeurent presque totalement invisibilisés par les nouveaux dispositifs. Parmi ceux-ci on peut citer les seniors LGBT, victimes de discriminations persistantes, qui éprouvent malheureusement plus de difficultés pour rejoindre un habitat collectif accueillant.

Face à ce constat, l’association Les Audacieuses & Les Audacieux a décidé d’établir des “maisons de la diversité” dans les plus grandes villes de France. Ces maisons se veulent véritablement inclusives, ouvertes à tous les types de publics : LGBT et hétéro, personnes âgées et étudiant·e·s. Ils se sont, pour cela, inspirés d’un modèle allemand, la maison Lebensort Vielfalt à Berlin.

Aller plus loin : notre interview de Stéphane Sauvé, fondateur du projet

Les colocations rurales Âges & Vie

Les précédents exemples concernent des initiatives individuelles dont la volonté de faire des émules se limite souvent à un vœu pieux. Reproduire un modèle dans d’autres territoires est complexe et nécessite une méthode réglée scrupuleusement.

Âges & Vie est une entreprise bisontine fondée en 2008 par trois entrepreneurs qui souhaitent offrir un chez soi sécurisé aux personnes âgées vivant en zone rurale. L’entreprise qui s’est d’abord développée en Franche-Comté et Bourgogne s’implante massivement sur tout le territoire depuis l’entrée du groupe Korian à son capital, en 2018. Avec 60 nouvelles ouvertures prévues en 2021 et un rythme prévisionnel de 60 à 80 projets par an, Âges et vie cherche à systématiser la création de colocations pour seniors afin de réduire drastiquement le temps et les financements nécessaires. Le temps est en effet l’un des obstacles majeurs aux yeux des porteurs de projets et des financeurs.

La société propose des logements standardisés avec des espaces partagés et privatifs plus vastes. Ce découpage limite la promiscuité entre les résidents afin que chacun puisse conserver son intimité comme il l’entend.

Derrière cette organisation, proche des résidences traditionnelles, se cache une philosophie bien différente. Ici le libre-arbitre et l’autonomie des résidents sont au cœur de l’accompagnement. Les professionnels cherchent à “faire avec” plutôt qu’à la place des résidents. L’habitat s’inscrit dans le parcours de la personne, il doit l’aider à poursuivre ses aspirations.

L’habitat maintient les résidents au cœur de la cité. Il est situé en centre-ville, à proximité de commerces.

La nouvelle génération de l’habitat partagé et accompagné

Un cadre légal plus favorable, l’annonce de la future loi Grand Age et la publication du rapport Piveteau Wolfrom ont donné une visibilité inespérée à l’habitat inclusif. Depuis le milieu de l’année 2020, de nouveaux porteurs de projets se lancent dans l’aventure de la construction et exploitation de petites résidences pour seniors. En voici quelques exemples, ceux que nous avons pu rencontrer et interviewer pour vous.

Habitat partagé et accompagné

L’habitat partagé et accompagné est un mode de vie collectif pour les seniors dépendants et les adultes handicapés. Il consiste à organiser la vie d’un petit groupe sous la supervision d’un binôme d’auxiliaires de vie. Certains départements autorisent les structures à offrir une prestation au groupe en échange d’une APA ou d’une PCH mutualisée.

C’est la formule utilisée par Ages & Vie et Homnia, un spécialiste de l’habitat partagé accompagné pour adultes cérébro-lésés qui construit des colocations sous l’enseigne Le club des 6.

Exigeants, ces projets ne peuvent exister sans l’autorisation de créer un SAAD accordée par le conseil départemental, à moins de s’associer avec un SAAD local qui assure la prestation d’aide. Cependant, les acteurs de l’habitat partagé et accompagné s’accordent sur la nécessité de réunir toutes les compétences au sein d’une même structure (promotion immobilière, gestion locative et aide à la personne) pour atteindre l’équilibre financier. C’est le constat que fait Frank Nataf, président du réseau Auxilife qui exploite trois habitats partagés et accompagnés pour adultes handicapés à Caen et Saint Denis.

Malgré cette contrainte, la formule retient l’attention de plusieurs entrepreneurs qui cherchent à apporter une réponse aux seniors dépendants qui ne souhaitent pas aller en Ehpad et ne peuvent plus rester chez eux. Citons ainsi :

Coliving (ou colocations) pour seniors

Le coliving a le vent en poupe, car la formule se développe également pour d’autres générations, comme les jeunes actifs urbains chez Colonies, Koliving ou encore…. coliving-paris.

Les coliving ou colocations sont des habitats partagés dédiés aux seniors autonomes. Sans encadrement médico-social, ils peuvent offrir un panel de services hôteliers plus ou moins étoffés ou bien promouvoir les interactions entre habitants. A cheval entre l’habitat participatif et la résidence services, les coliving sont le plus souvent conçus par un tiers qui en assure la gestion. Ce sont des résidences meublées avec des parties communes et des parties privatives.

Le coliving le plus emblématique de la Silver économie est la Maison des Babayagas de Montreuil, unique en son genre et très largement incomprise par la plupart des commentateurs qui y voient un modèle futuriste et inspirant alors que le concept n’a été repris par aucun des porteurs de projets actuels. Pourquoi ? La question mériterait un article Sweet Home !

Créer un coliving senior est moins contraignant que l’habitat partagé accompagné et répond à un besoin émergent de vivre ensemble que remontent les vieux qui ne supportent pas la solitude. Cependant, la vie en communauté n’est pas le choix de tout le monde, un coliving ne se gère pas comme une chambre d’hôtes et ces formats qui se développent partout en France sous l’impulsion d’entrepreneurs débutants doivent prouver la validité des hypothèses qui ont guidé leur élaboration : par exemple, le choix de ne pas construire de cuisine dans les parties privatives.

Quelques modèles à suivre :

Cette liste n’est pas exhaustive : si vous connaissez d’autres projets qui méritent une mise en lumière, mentionnez-les en commentaire.

Commentaires

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