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« Mystérieux jardin de ma lointaine enfance, Royaume ensorcelé perdu dans la distance. »

Fernanda de Castro/Vieux jardin

Dans nos souvenirs heureux, il y a toujours un jardin. Un coin de verdure, un arbre au pied duquel nous avons pris un repas, fait une sieste, joué à la balançoire, déclaré notre flamme ou bu notre première bière. Je m’appelle Adrien Silvestre et je suis le responsable espaces verts et aménagements extérieurs du Groupe Domitys. C’est dire si le sujet m’est cher. Aujourd’hui, je souhaite vous présenter un aspect de la vie dans une résidence services senior dont il est trop rarement question : le jardinage.

Adrien Sylvestre, responsable espaces verts et aménagements extérieurs du groupe Domitys
Adrien Sylvestre

Dans toutes les résidences Domitys, il y a un jardin  

Plus ou moins grand selon l’implantation de la résidence. 

Ces jardins font l’objet d’une attention particulière, car ils permettent à chaque résident de développer son imaginaire et de faire ressurgir des souvenirs. Une enfance heureuse à la campagne, une balade en forêt ou au milieu des prairies, le parfum des fleurs d’été, etc.

L’écoute de la nature amène alors un sentiment d’évasion de l’esprit. Ce jardin est perçu comme idéal puisque rempli d’une émotion positive, nécessite une profonde réflexion.

Chez Domitys, plusieurs années d’étude, d’échanges passionnés et d’erreurs parfois ont contribué à faire de nos espaces verts une vitrine pour le groupe. Chaussez vos bottes, mettez vos chapeaux de paille, car je vous invite à une visite guidée de notre si belle réussite collective.

La prise de conscience

Historiquement, la conception des espaces verts n’était pas la priorité dans le plan d’élaboration d’une résidence pour personnes âgées. Il s’agissait bien souvent d’un verdissement des abords du bâti plutôt que d’une réelle réflexion paysagère.

Le résultat est sobre et vert. 

Les arbustes sont disposés çà et là de manière aléatoire et taillée au cordeau, les haies sont rectilignes et monotones et les fleurs peu présentes. Mais cela suffit, pensait-on à l’époque, à répondre aux attentes des résidents. Et c’est plutôt esthétique.

Cependant, le travail réalisé sur le confort des locaux et des lieux d’habitation crée une distance entre espaces intérieurs et extérieurs. 

Entre bâti et jardin

Le travail des façades, des lignes et des courbes verticales s’arrête dès que celles-ci touchent le sol. Les détails architecturaux, le soin apporté au choix des matériaux ne se prolongent pas réellement dans cet écrin de verdure. Il manque ainsi une véritable cohérence dans l’aménagement global du projet. Il convient donc de s’interroger sur la notion de bien-être des résidents au jardin. La dimension esthétique est-elle la seule à entrer en compte ?

Quelles sont les attentes des seniors en matière de jardin ?

Un état des lieux exhaustif portant sur des aspects de conception et d’entretien permet de rendre compte des atouts existants et des améliorations à développer pour répondre aux besoins réels. Les résultats décrivent alors les jardins comme des espaces insuffisamment valorisés et trop peu utilisés par les seniors. Un constat prévisible, qui laisse entrevoir des lieux délaissés par leurs potentiels utilisateurs. Celles et ceux pour qui ils ont été créés.

Or n’est-ce pas la raison d’être de ces espaces ? 

Un lieu de nature dans un milieu parfois très urbain. Un lieu de nature vivant, investi par les résidents pour mieux s’y retrouver, s’y ressourcer et s’y inspirer.

Le début d’une reconquête

Le cap est donc fixé : mieux penser le jardin et mieux le gérer au quotidien pour mieux y vivre. Dans les faits : une révision complète des méthodes de travail. Finis les projets paysagers élaborés de manière artisanale avec un résultat trop aléatoire à la clé, en deçà des espérances de chacun. Place à un vrai cahier des charges tourné vers les attentes des seniors.

Un jardin, on le pense ! 

Il doit devenir une pièce à vivre de la résidence. Au même titre que la salle de restaurant ou l’atelier d’animations. Il peut être composé de différentes zones propres à se divertir, se reposer, méditer ou communier avec la nature.

Comme dans la maison :

  • Du mobilier savamment choisi doit permettre de s’installer à son aise à tout moment de la journée. 
  • La circulation doit être fluide et étudiée pour ses utilisateurs. 
  • L’espace doit être facile à vivre, mais aussi à gérer au quotidien. 

Ce jardin devra donc se mettre au service de ses usagers seniors tout en proposant un écrin de verdure perméable autour du bâti comme un trait d’union avec l’environnement proche.

La mise en musique de cette partition est confiée à des concepteurs paysagistes. Notamment le bureau d’étude paysager parisien Vertumne PaysageCes « architectes du paysage » ont pour mission de déployer le cahier des charges à l’ensemble des nouveaux projets en y insufflant un vent de modernité. Qui a dit qu’un jardin pour seniors devait être vieillot ?

À bas les clichés ! 

Les seniors sont dynamiques et modernes, les espaces verts doivent leur ressembler.

Chaque site est unique

Chaque futur jardin a ses contraintes et chaque identité locale est forte. Les Français sont chauvins, soyons honnêtes 😉 Les seniors ne dérogent pas à cette règle. Ainsi les hortensias en Bretagne sont une obligation presque légale comme le sont les lavandes en Provence et les pommiers en Normandie. Impossible donc de dupliquer.

Quel intérêt d’ailleurs ? 

Sauf à s’ennuyer ! La trame est prête et les interlocuteurs réunis pour la mise en œuvre. Les jalons sont posés. Ne reste plus qu’à convaincre des atouts de cette nouvelle organisation.

Place à l’adhésion

Changer les habitudes, les certitudes, les méthodes de travail, voilà un vrai challenge. La mission est double. Il faut convaincre les équipes et les utilisateurs. Une méthode a déjà fait ses preuves : la communication.

Il faut expliquer 

Expliquer pourquoi, à partir de maintenant, le paillage sur l’ensemble des plantations s’impose. Parce qu’il permet de conserver l’humidité en période sèche, de nourrir le sol par sa décomposition et de limiter la croissance des plantes indésirables. Pour une croissance plus rapide et des végétaux en meilleure santé.

Il faut prouver 

Prouver que cette haie nouvellement plantée avec des arbustes de variétés différentes n’est pas forcément parfaite à la plantation. Car oui, les végétaux sont de tailles différentes, certains n’ont pas de feuilles en hiver et d’autres sont un peu chétifs. Mais dès le printemps suivant, ce buisson trop vite jugé comme inesthétique se parera d’un camaïeu de verts. Puis suivront alors les premières fleurs, odeurs, parfums et avec eux les insectes annonçant les beaux jours. Et finalement, cette haie s’avèrera beaucoup moins monotone et beaucoup plus riche en biodiversité qu’une haie de thuyas.

Il faut gagner la confiance 

La confiance des résidents seniors qui doutent des nouvelles méthodes de désherbage, car « à leur époque » comme ils aiment le rappeler, les produits chimiques étaient rois et cela fonctionnait très bien. Mais la technique du désherbage thermique fonctionne tout aussi bien et en plus, elle préserve l’environnement. C’est quand même mieux, vous ne trouvez pas ?

Il faut se tromper parfois

Se tromper en installant des plantations délicates et soignées à proximité d’une parcelle boisée et se rendre compte qu’elle est infestée de lapins qui se régalent de vos jeunes végétaux bien tendres. Alors que les végétaux qui se développent naturellement sur le site sont beaucoup moins intéressants dans le régime alimentaire des rongeurs. Au final, les espèces indigènes, c’est bien aussi ! Apprendre de ses erreurs, les expliquer et trouver une autre solution, cela vous permet d’avancer et de grandir.

Et enfin, il faut persévérer 

Persévérer quand vous estimez qu’il est nécessaire d’installer ces carrés potagers que vous avez prévus à l’aménagement même si le budget est serré. Car vous êtes certains qu’ils seront utiles aux résidents dans la culture de leurs fruits et légumes de saison. Ces radis qu’ils viendront cueillir discrètement lors de leur balade matinale avec leur animal de compagnie. Ou encore cette tomate qu’ils viendront récolter en soirée, quand la chaleur écrasante de cette journée d’été est enfin tombée. Car, même si sa peau est épaisse, elle a un gout inimitable de tomate « du jardin ».

Avec des convictions et de l’ambition, c’est ainsi la majeure partie des nouveaux choix techniques qui emportent l’adhésion des acteurs de la mise en œuvre et des résidents seniors au final.

A lire aussi : Cohabitation intergénérationnelle à la résidence Domitys de Besançon.

Un jardin durable pour demain

Les changements majeurs opérés ont permis d’initier une recherche de sens à cet espace paysager auparavant trop peu utilisé. Ainsi ont fleuri en résidence des promenades piétonnes distribuant des boulodromes, des potagers, des vergers. De nouvelles zones qui éloignent peu à peu le jardin du simple espace foncier qu’il était à l’origine pour le transformer en lieu d’échange et de stimulation des seniors, favorisant leur santé psychique.

Face à l’actualité environnementale toujours plus alarmiste, il semble nécessaire de continuer les efforts entrepris dans la sensibilisation des différents publics. Qu’ils soient collaborateurs ou utilisateurs des jardins en résidences services. Cette réflexion passe par 3 grands axes de travail :

1# L’évolution du cahier des charges vers une version plus vertueuse

C’est la suite logique du processus déjà engagé. Il prévoit un travail autour de la consommation en eau des jardins à l’heure où les étés s’avèrent toujours plus chauds et secs, à l’image de l’été 2019. 

Comment proposer un jardin qui reste esthétique dans ces conditions ? 

Sommes-nous tous collectivement prêts à réduire nos exigences et à accepter un jardin moins « vert » pour sauvegarder la ressource en eau ?

2# Le déploiement d’actions en faveur de la biodiversité dans les espaces verts des résidences

Nous nous intéressons à la sensibilisation en faveur de la biodiversité avec des actions telles que la mise en œuvre de ruchers sur les résidences. 

En plus de participer à la sauvegarde des abeilles, cet atelier pourrait être le marqueur d’une démarche environnementale plus large. L’abeille en danger est facilement associée à cette biodiversité qui recule. 

On pourrait se prendre à rêver, en imaginant transformer les jardins des futures résidences en conservatoire de la biodiversité. Où la faune locale trouverait refuge pour s’abriter, se nourrir et se reproduire dans des espaces plantés de vergers de pommes anciennes à protéger. 

Plus que des « sanctuaires musées » pour espèces en danger, de véritables lieux de vie où pourraient cohabiter hommes, animaux et végétaux.

3# La gestion différenciée des jardins

Elle constitue notre dernier axe de réflexion en faveur d’un engagement environnemental plus soutenu. Elle est portée par une interrogation quant à la tolérance des seniors sur la thématique. 

L’aspect moins soigné que peut laisser paraitre ce type de gestion, avec une partie des pelouses traitées en prairie ou encore des haies peu ou pas taillées constituées de plantes adaptées pourrait-il convenir aux résidents de demain ? 

Où se situe le seuil d’acceptation et quelle communication faut-il mettre en place pour accompagner cette démarche ? 

Les chantiers de demain se jouent aujourd’hui.

A lire aussi : Habitat Inclusif, le guide complet

Profession Paysagiste

Comme un bâtiment mérite son architecte, un jardin mérite son paysagiste. 

Sa mission : comprendre les attentes de l’utilisateur final, les contraintes du site et les enjeux environnementaux pour proposer un projet paysager global adapté. 

Quand l’utilisateur s’avère être un senior, la qualité de la réflexion doit rester identique même si les besoins eux évoluent avec l’âge. 

Le défi de nos résidences consiste à intégrer les besoins actuels et imaginer ceux de demain avec la difficulté supplémentaire de travailler avec des êtres vivants qui peuvent mettre plusieurs décennies à s’installer. 

Concevoir des jardins pour les seniors, un vrai métier et un pari sur l’avenir.

Mon métier.

Adrien Sylvestre

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