Vie sociale des seniors : mythes et réalités

tribune july martinez

J’ai le plaisir d’accueillir sur Sweet Home une nouvelle invitée pour aborder l’épineuse question de la vie sociale des seniors.

Julie Martinez a 36 ans, elle est maman d’une petite fille de 4 ans. Son expérience d’animatrice en EHPAD l’a conduite à créer AnimAgeOr. C’est une plate-forme numérique qui propose des outils d’animation clé en main pour tous les acteurs du bien vieillir.

Dans sa tribune, Julie vous explique pourquoi et comment les professionnels du bien vieillir doivent accompagner et stimuler la vie sociale des seniors isolés, en institution et à leur domicile.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Pourquoi maintenir une vie sociale à tout âge ?

J’ai toujours pensé que la vie sociale doit être valorisée auprès des aînés ; car, au-delà des facteurs du vieillissement, ils se sentent isolés. Le maintien en activité est une solution pour les aider à bien vieillir. La dépendance est trop souvent perçue comme un problème irréversible. Moi, je pense qu’il existe des solutions pour en réduire l’impact  et redynamiser un public en demande de vie.

L’épanouissement individuel tient à peu de choses :  Vivre décemment, être en bonne santé, et ne pas être seul.

Les jeunes seniors sont actifs. Ils ont une vie sociale riche. Par exemple, ils s’investissent dans des associations, pratiquent des activités sportives, ludiques et culturelles.

Cette vie sociale qu’ils ont choisie contribue à leur autonomie. Hélas, le temps faisant son oeuvre, les pathologies, la perte d’êtres chers et l’éloignement de la famille conduisent les personnes âgées à moins sortir, moins s’occuper. L’isolement au domicile et l’institutionnalisation vont aggraver le processus

  • Maintenir la vie sociale des seniors c’est pouvoir prévenir les risques de la vie. A les côtoyer, à échanger avec eux, on prend conscience des difficultés qu’ils rencontrent, on est donc mieux armé pour les accompagner vers une meilleure gestion de celles-ci.
  • C’est un outil thérapeutique non médicamenteux, qui peut palier à bon nombre de pathologies du grand âge comme, par exemple, la dépression.
  • Préserver le lien social, et donc dynamiser la vie sociale des seniors, c’est rompre l’isolement qui conduit à la dépendance qui elle-même entraîne l’inactivité, ….

La vie sociale c’est être acteur et être citoyen

Qui dit vie sociale dit être acteur de son environnement et de la société dans laquelle on s’inscrit.

Je me suis souvent penchée sur la question du droit de vote des seniors institutionnalisés encore en capacité de voter.

Par facilité, pour ne pas complexifier une organisation fragile, on pousse souvent le senior à déléguer son droit à un tiers par le biais d’une procuration. Ce faisant il se sent dépossédé de cet acte citoyen qui le rend acteur de son parcours et maître de ses décisions.

Pourquoi ne pas installer des bureaux de votes dans les maisons de retraites ? Cela permettrait ainsi à ceux qui en ont la capacité de voter comme tout électeur. Beaucoup se désintéressent des enjeux politiques car, d’une certaine manière, on les prive de leur premier droit de citoyen.

Redonner le pouvoir de voter aux personnes âgées institutionnalisées amènerait également de la vie au sein de l’institution.  Prendre part aux décisions qui régissent la vie en société, n’est-ce pas là l’un des premiers investissements d’une vie sociale ?

A travers cet exemple, j’ai voulu vous montrer qu’il est important de redonner un sens aux actes qui ont énormément de valeur pour les personnes âgées.

La vie sociale des seniors en Institution

En établissement collectif pour personnes âgées Ehpad, résidences autonomies, Résidences services senior) le garant de la vie sociale c’est l’animateur. Sa mission : dynamiser le quotidien afin d’éviter l’ennui et créer du lien entre les résidents.

Il propose chaque jour des activités auxquelles participent les résidents : des jeux, des ateliers manuels, parfois des sorties, des concerts, la liste est non exhaustive. Chacun y va de son talent et de son imagination pour palier à l’ennui et amener de la vie. Mais, il est compliqué d’accompagner au quotidien un groupe de seniors quand il s’agit de prendre en compte le parcours de vie de chacun.

L’animateur est souvent seul sur son poste et le reste du personnel ne comprend pas bien son rôle.

J’ai souvent entendu dire que j’avais un métier facile, que je n’étais là que pour amuser la galerie, que ma charge de travail était inexistante, et bien d’autres réflexions qui m’ont fait me sentir inutile !

Effectivement animer, c’est discuter, échanger, faire un atelier, mais est-il nécessaire de rappeler que, étymologiquement parlant, animer c’est apporter de la vie ?

Animer c'est apporter de la vie

Une vie sociale riche, c’est quoi ?

Les enjeux institutionnels s’accordent mal avec la prise en charge individuelle. Pour moi, une vie sociale riche est celle qui tient compte de tous les aspects sociaux de l’individu. On doit donc apprendre à connaître chacun de ses résidents afin de leur proposer l’activité adéquate favorisant la relation à l’autre. 

Sur-stimuler un résident à participer à un atelier jardinage alors qu’il n’aime pas ça n’a aucun sens ! Avant même de commencer il se braquera, aura une participation passive (refus, colère,), donnera une mauvaise image de lui et ne tissera pas de liens. Alors qu’en lui proposant une alternative plus en phase avec ses goûts, son parcours de vie, l’activité sera adaptée à sa demande, il y participera avec enthousiasme et entrera en relation avec l’autre plus facilement.

Les EHPAD s’ouvrent au monde extérieur en accueillant au sein de leurs structures des artistes, des enfants, en favorisant le lien intergénérationnel et la rencontre. Mais, il est beaucoup plus compliqué d’emmener les résidents vers l ‘extérieur.

Quelle vie sociale à domicile ?

Il en va de même pour le maintien à domicile. Face à la perte d’autonomie, on condamne souvent la personne âgée dépendante à l’ennui.

Confiné pour éviter les chutes et les blessures, le senior a bien souvent le sentiment de devoir rester assis sur sa chaise à ne rien faire en attendant qu’on lui rende visite !

Reprenons l’exemple du jardinage. Aménager un petit coin de jardin à hauteur, avec tous les outils à portée de main, permet de faciliter l’autonomie du senior. Le bienfait de cette activité sera double : maintien des acquis et satisfaction d’avoir accompli quelque chose. En fin de journée, il aura un nouveau sujet de conversation à partager avec ses enfants, ses voisins, son aidant. Et quoi de plus gratifiant que d’avoir fait par soi-même. En maintenant les acquis, on conduit le senior à rester acteur de sa vie, à ne plus subir, il prend donc des décisions par lui-même et est plus ouvert à de nouvelles activités ou à des sorties. En s’adaptant à chacun on facilite le maintien d’une autonomie.

Vie sociale des seniors : maintien à domicile = ennui ?

Les acteurs de l’intervention à domicile luttent contre l’isolement des personnes âgées. Mais, faute de moyens ils ne peuvent développer une offre de vie sociale pertinente et cohérente en fonction du profil de chacun.

Comme en institution, le manque de temps et la lourdeur de l’organisation ne laissent pas de place à une réelle individualisation de la prise en charge. Hormis ces visites quotidiennes, ritualisées par un planning chargé pour l’aidant, le senior a le sentiment de se retrouver seul, abandonné. Il ne vit que dans l’attente de cette visite qui pour lui n’est «jamais assez».

L’activité comme pilier de la vie sociale

L’activité est la condition sine qua non de la vie sociale pour peu que celle-ci soit judicieuse et adaptée à son public. C’est à ce niveau qu’il convient, je crois, de repenser la place de l’animateur, en commençant par sa dénomination.

Animer ce n’est pas seulement «occuper» !

  • C’est éveiller,
  • Stimuler,
  • Accompagner,
  • Comprendre,
  • Faire vivre.

C’est prendre en compte tout un chacun dans une dimension collective.

Prendre le temps d’écouter, d’échanger, de connaître ; ces éléments essentiels, n’ont que peu de place dans le quotidien des animateurs. Lourdeur administrative, postes à temps partiel, tout comme cette appellation professionnelle «Animateur», qui n’est pas, me semble-t-il, en adéquation avec le véritable sens premier de ce métier. 

Certaines institutions ont déjà fait un premier pas vers une revalorisation de l’action des acteurs sociaux en renommant leur fonction : on parle de directeur de la vie sociale, par exemple. Ainsi, on recentre le débat. Un EHPAD, ce n’est pas qu’un lieu de soin, c’est avant tout un lieu de vie. Un lieu où l’on vit, où l’on rit, où l’on échange, où l’on pleure aussi, et un lieu où chacun doit trouver sa place.

Mettons la vie sociale au cœur de l’accompagnement.

L’activité doit être un pilier et non une vitrine commerciale. Avoir une vie sociale épanouie c’est aussi savoir s’accorder du temps pour soi, pour se reposer, pour souffler. Ne me dites pas que chaque jour, à tout moment, vous avez besoin d’être entouré, et d’être en activité ?

Nous devons réussir à proposer au public que l’on accompagne un juste équilibre entre activité et temps pour soi.

N’ayez plus peur de laisser faire

Notre inconscient collectif, nos peurs de parents, d’accompagnants, d’aidants, ne jouent pas en faveur d’une vie sociale épanouie. Peur qu’il se blesse, peur qu’il tombe, de toute façon il ne peut plus, et cela va plus vite si l’on fait à sa place. Mais en fournissant aux personnes fragilisées des outils adaptés au maintien de l’autonomie, on s’aperçoit qu’elles peuvent de nouveau. 

  • Un four électrique plutôt qu’un four à gaz difficile à allumer, c’est redonner la possibilité de cuisiner, 
  • Une revue de presse écrite en police 18 plutôt qu’en 12, c’est redonner la possibilité de lire, 
  • Un atelier manuel expliqué pas à pas, sur papier, en vidéo, c’est redonner la possibilité de bricoler…

En raison de nos craintes d’accompagnants – celles de ne pas avoir le temps de, celles de devoir repasser derrière, celles de l’erreur –  on réduit le champ d’action du senior. Et pourtant n’avons-nous pas laisser faire nos enfants, en adaptant l’environnement pour qu’ils puissent faire ? Alors pourquoi ne pas faire de même avec les seniors ?

AnimageOr vous redonne du temps pour faire avec

J’ai conçu chacun des supports d’AnimAgeOr pour que le senior puisse, seul, avec ses amis ou en groupe effectuer différentes activités en toute sécurité. 

J’ai pensé mes supports :

  • dans le but de dégager du temps à l’intervenant social -en supprimant la charge de préparation- pour l’explication, pour l’évaluation, pour le sénior, 
  • afin de le rassurer sur ses peurs face au public qu’il accompagne.

Libéré de ces contraintes, l’animateur a le temps de proposer le support adapté aux besoins, aux envies. Enfin, il peut découvrir chaque bénéficiaire au-delà de sa pathologie, s’intéresser à son parcours de vie, à ses attentes, à ses désirs.

Je souhaiter vous redonner du temps pour construire une véritable relation, stable, saine, de confiance.

Je souhaite contribuer à la sauvegarde, la restauration de la vie sociale des seniors. Au domicile comme en établissement. C’est ma conviction, le but pour lequel je me lève tous les matins.

Agissons ensemble !