Le robot de compagnie peut-il remplacer les aidants ?

robots, les aidants de demain

Le robot de compagnie est un appareil connecté qui apporte un bouquet de services au domicile, veille sur ses occupants et dispose d’atouts solides pour devenir l’aidant de demain.

Aidants, espèce menacée

Il ne vous a certainement pas échappé que nous avons un problème pour trouver des aidants pour les personnes âgées. Il y a de moins en moins d’aidant familiaux à cause de la transition démographique. Il y a également de moins en moins d’aidants professionnels parce que le métier est dur, peu reconnu, très mal rémunéré et que donc, personne n’a très envie de s’y coller. Enfin, il y a de plus en plus de citoyens qui déclarent souffrir d’isolement, de solitude.

On peut imaginer des astuces pour contourner la difficulté, espérer que l’Etat prenne enfin conscience de la nécessité de mieux rémunérer « le domicile » ou bien recruter du personnel bon marché dans les pays moins riches que nous (comme ça se fait déjà en Allemagne, en Italie et au Qatar).

On peut discuter sans fin, réunir des comités, menacer, vociférer, manifester dans la rue et s’étonner que tout le monde s’en foute…

On peut aussi rêver à une alternative disruptive. C’est ce que je vous propose de faire dans un article peut être un poil polémique, mais dont l’objectif est de vous aider à mieux comprendre pourquoi et comment les robots peuvent remplacer les aidants.

Dans le monde de demain.

Le robot Atlas

Il y a quelques semaines, la firme Boston Dynamics a publié un film où son robot Atlas (1,57 m / 75 kg) réalise une série de figures de gymnastique avec une grâce toute robotique.

A chaque coup c’est la même chose. Dès que Boston Dynamics publie une vidéo sur les derniers progrès de son robot Atlas, le web se déchaîne. 

  • Il y a les enthousiastes qui trouvent ça formidable.
  • Il y a les sceptiques qui doutent que le robot sorte un jour de son laboratoire.
  • Il y a enfin les inquiets qui craignent que le robot remplace un jour l’homme et, constatant que l’homme est finalement limité et encombrant, décide de s’en débarrasser ou de prendre le pouvoir…. Pour ceux là, le dernier progrès du robot ATLAS annonce Skynet (Skynet est le nom du programme qui a fait de la terre un enfer dans la saga Terminator). 
les robots qui arrivent en force, c'est skynet

Les détracteurs du robot dans la Silver économie

En Silver économie et dans le médico-social les réactions sont plus négatives car nous projetons notre perception des robots dans un environnement que nous avons du mal à bien comprendre (qui peut savoir comment une personne de 85 ans acceptera la compagnie d’un robot à part elle-même ?). En outre, les soignants et aidants professionnels perçoivent le robot comme une menace directe contre leur emploi.

Bien souvent, les détracteurs du robot ont une approche très radicale du sujet. Voyant un robot, ils imaginent déjà que les robots vont prendre le pouvoir et remplacer les aidants et les soignants dans tous les cas de figure possible. Or, même si l’on peut espérer que les robots seront un jour capables de seconder les aidants et les soignants vu qu’il n’y en a pas assez, il est fort probable que le robot pourra contribuer à rapprocher les hommes, et non pas à les transformer en misanthropes agoraphobes, comme les Spaciens d’Asimov !

Mais d’où viennent cette peur et ce scepticisme à l’égard des robots ? 

On ne peut pas simplement les associer aux vidéos de Boston Dynamics sur Atlas. Non, la peur est plus profonde, plus ancrée. 

Faisons un petit exercice. Essayez de vous souvenir de la première fois où vous avez vu un robot en action ?

  1. Etait-ce dans la vraie vie ? 
  2. Etait-ce dans un roman de Philip K Dick ou Isaac Asimov ?
  3. Etait-ce dans Terminator, I Robot ou Star Wars ? 

Je parie sur les choix 2 ou 3 ! 

Les interactions avec les « vrais » robots sont encore quelque chose de rare en 2019. Pourtant, malgré cela, vous savez décrire un robot, expliquer à quoi il ressemble, quelles sont ses limites et pourquoi il ne remplacera jamais l’homme dans toute sa complexité.

Comment expliquer ce paradoxe ? 

Comment expliquer cette méfiance à l’égard d’une chose qui n’existe pas ailleurs que dans l’imagination fertile des auteurs de science fiction et des réalisateurs qui ont pillé leur oeuvre ? 

Et bien la réponse est dans la question. Le robot n’existe pas encore dans la « vraie vie », mais il est présent dans la littérature, le théâtre, le cinéma et les série télé depuis des décennies. Nous sommes nourris par une image du robot distillée par les médias depuis notre plus jeune âge et c’est ce matériau qui a façonné la façon dont nous imaginons les robots de demain et les interactions qu’ils auront avec nous.

Les origines du robot

Le terme Robot n’est pas une invention scientifique. Il s’agit d’un mot de la littérature « inventé » par le dramaturge tchèque Karel Capek (1893 – 1938) en 1920. Le terme robot vient du mot tchèque robota qui signifie corvée ou travail forcé. Le robot est une forme plus moderne du Golem biblique dont l’auteur s’est inspiré. 

Dans la pièce de Capek, Rossum est un inventeur de génie qui met au point des robots humanoïdes. Ces robots finissent par être produits en masse afin de devenir une force de travail intelligente. Ils sont cependant dépourvus de sentiments et de vie intérieure. 

Devenue paresseuse, la société humaine tombe en décadence et les robots intelligents qui se considèrent plus parfaits que l’homme entrent en guerre contre lui. 

On constate ainsi que pour sa première apparition dans les concepts, le robot a été d’emblée pensé comme un nouvel esclave mécanique, substituant efficacement l’homme au travail.

« La différence entre le robot et l’être humain n’est peut être pas aussi significative que celle qui oppose l’intelligence et la bêtise »

(Isaac Asimov – 1953)

Qu’est-ce qu’un robot ?

c'est quoi un robot

Un robot, c’est une interface. Un objet qui va interagir avec son environnement en suivant les consignes qui lui sont dictées par un programme informatique. 

Pour créer un robot, il faut une équipe d’ingénieurs qui vont penser l’objet / interface en fonction des interactions qu’il aura avec son environnement. 

  • Le robot doit-il se déplacer ? 
  • Sur quel type de terrain va t il évoluer ?
  • Quelle sera sa source d’énergie ?
  • Comment se recharge-t-il ? 
  • Doit-il pouvoir attraper des objets ?
  • Aura-t-il des échanges avec les humains ?
  • Quels capteurs faut-il utiliser pour analyser l’environnement : un radar, un sonar, une caméra, un micro, un thermographe ? 

Il faut également une autre équipe qui va écrire le programme permettant au robot de traduire ses observations et d’agir en conséquence. 

Voila. Un robot, c’est uniquement cela. Le reste n’est que littérature et projection de nos doutes et craintes sur un objet inanimé et bien moins menaçant qu’un Colt 45, un hooligan bourré ou un SUV Diesel.

robots, les aidants de demain

Des robots existent depuis plusieurs décennies mais vous ne les voyez pas. 

La plupart d’entre eux sont utilisés dans l’industrie (ils se présentent alors sous la forme de bras polyvalents capables de transporter, tordre, souder, riveter et assembler des voitures et d’autres produits complexes) .

Les robots sont également présents dans les salles d’opération de certains hôpitaux où ils aident les équipes médicales à exécuter des travaux de précision. 

Certains robots sont déjà utilisés en Ehpad, comme le phoque Paro ou le lutin Nao.

Enfin, les robots sont utilisés par les forces armées, notamment dans les opérations de déminage. 

Le robot de compagnie : futur souhaitable ?

Le robot qui m’intéresse aujourd’hui, celui qui pourrait remplacer ou seconder les aidants et les soignants, c’est le robot social, humanoïde ou pas, dont l’arrivée dans les foyers des seniors est souhaitable et (probablement) imminente. 

C’est un robot comme le Français Cutii ou l’américain Temi, ici mis en scène dans une publicité Medisana :

Un robot de compagnie pour quoi ?

Qu’est-ce qui nous interdit de penser qu’un robot puisse s’inviter dans le foyer d’une personne seule et devenir le compagnon, la béquille, le soutien, en un mot…. Le MAJORDOME qu’il manque aujourd’hui aux personnes isolées. 

Alors bien sûr, j’entends déjà les objections sur la déshumanisation, la fracture, la surveillance, les données, « un robot ne remplacera jamais un humain », etc….

Mais essayons de raisonner de manière dépassionnée.

Essayons d’imaginer comment un robot de compagnie, un robot domestique, pourrait s’inviter au domicile d’une personne seule pour lui apporter soutien, compagnie et conseil. 

Voyez un robot comme l’interface entre une personne isolée et le reste du monde. 

Même si ce n’est qu’une publicité, le film Medisana révèle tout ce qu’un robot compagnon pourrait apporter à une personne isolée, mais également la limite de son intervention.

Contrairement à nombre d’objets connectés intrusifs, le robot de compagnie sait rester à sa place. Il est programmé pour dialoguer. Il n’est pas aux côtés d’une personne pour l’espionner.

  • Un robot, ce n’est pas un wc connecté qui analyse vos selles pour vous dire si vous avez mangé assez de fibres.
  • Ce n’est pas non plus un espion à domicile qui va prévenir votre fils ou votre fille que vous n’avez pas mangé assez de fibres ou pas pris de douche depuis trois jours.
  • Ce n’est pas un bracelet anti-chute moche et qui gratte.
  • Ce n’est pas une tablette que vous ont offert vos petits enfants, que vous avez arrêté d’utiliser car vous ne comprenez pas comment faire ces satanées mises à jour ou télécharger je ne sais quelle application.
  • Ce n’est pas ce site internet manifestement pas pensé pour vous.
  • Ce n’est pas l’auxiliaire de vie qui ne passe jamais les disques que vous avez envie d’écouter. 

Un robot de compagnie, c’est une commodité !

Un robot, c’est une commodité qui va vous comprendre, vous connaitre, répondre à vos demandes, être à vos écoutes, restez zen et disponible que ce soit la première ou la cinquantième fois qu’il vous demande si vous avez bien pris vos médicaments.

robot de compagnie, les aidants de demain ?

Un robot de compagnie pour qui ?

Le robot de compagnie, le robot majordome ne sera pas utile à tout le monde et si vous êtes comme moi hyperconnecté, citadin, actif et que vous vivez en couple ou en famille, vous n’avez probablement pas besoin d’un robot compagnon. 

Mais si vous vivez seul, que l’isolement vous pèse, que vous ne comprenez rien aux tablettes et que vous n’avez pas d’autres interactions quotidiennes que le facteur et l’auxiliaire de vie, vous pourriez avoir envie d’un petit compagnon à pattes ou à roulette, avec ou sans yeux doux, qui vous aidera à rester chez vous et autonome sans avoir à bourrer votre maison de capteurs ni prendre une aide à domicile H24. 

Et si ça se trouve, il vous aidera même à rencontrer un nouveau compagnon, organique celui-ci, qui habite à 15 kilomètres de chez vous, partage votre passion pour Black Sabbath et le veau marengo et aimerait, lui aussi, rencontrer quelqu’un qui lui ressemble et qui, lui aussi, aimerait être moins seul.

N’est-ce pas ?