4 solutions pour soulager le personnel en EHPAD

L'ehpad bashing, ça commence à bien faire

L’Ehpad n’est vraiment pas à la fête en ce moment !

En 2018 on a eu les reportages télé filmant en caméra cachée des scènes abominables dans des établissements qui l’étaient également (voir notre article C’est quoi le problème avec l’Ehpad).

En 2019, quatre livres témoignages enfoncent le clou :

  • EHPAD, une honte française : écrit par Anne-Sophie Pelletier, aide médico-psychologique, elle est connue initialement comme porte-parole d’une grève de 117 jours dans l’Ehpad des Opalines, à Foucherans dans le Jura.
  • J’ai rendu mon uniforme, une infirmière en Ehpad témoigne : écrit par Mathlide Basset, infirmière en Ehpad qui a « rendu son uniforme » après quelques mois d’activité,
  • Tu verras Maman, tu seras bien : écrit par Jean Arcelin, un ancien directeur d’Ehpad,
  • Suzanne : un livre écrit par l’éditorialiste Frédéric Pommier et qui développe l’édito qu’il a consacré en décembre 2017 à sa grand-mère Suzanne, dont la résidence en Ehpad n’a rien d’une sinécure.

L’Ehpad bashing, ça commence à bien faire !

Ce déferlement d’aigreur à l’encontre des Institutions pour personnes âgées dépendantes hérisse le secteur comme l’atteste une tribune outrée publiée début mars 2019 dans le Mensuel des maisons de retraite.

Jamais une telle accumulation de productions accusant les Ehpad ne s’était produite.

Le Mensuel des maisons de retraite.

Des réactions s’orientant plutôt sur la recherche de solutions et l’évolution des organisations sont proposées par Jérôme Pigniez et Christophe de Jaeger sur Atlantico ainsi que par Laurent Levasseur sur Les Echos.

Dans sa tribune parue le 6 février 2019, le président du directoire de Bluelinea dévoile ce que pourrait être l’Ehpad du futur. Un lieu de vie « multidimensionnel » qui proposera différentes expériences résidentielles selon le niveau de dépendance, passagère ou définitive, des habitants, à l’instar du modèle Américain des Continuing Care Retirement Communities. Il invite le lecteur à considérer les modèles caricaturaux présentés dans les reportages télé de 2018 comme des dinosaures en voie d’extinction au profit d’une nouvelle génération d’établissements, plus modernes, inclusifs et adaptés aux aspirations des seniors de demain.

Les EHPAD ont donc déjà entamé leur mutation vers un modèle centré sur les besoins de la personne âgée, et entendent ne plus opposer « lieu de soins » et « lieu de vie ». Les établissements ont modifié leur périmètre d’action. De nombreuses structures proposent en effet d’ores et déjà des services à domicile ou des résidences seniors. 

Laurent Levasseur
Les EHPAD : des véritables lieux de vie, de bien-être autant pour les résidents que les soignants !

Pour découvrir comment fonctionne un CCRC, lisez l’article que nous avions consacré à la Sun City Kobe Tower, un CCRC haut de gamme construit dans la ville Japonaise de Kobé.

Laurent Levasseur achève son article en réaffirmant que « le bien-être des patients est indissociable du bien-être des soignants ».

Voici un principe bien connu des professionnels (attentionnés) du management qu’on appelle…

La symétrie des attentions

La symétrie des attentions pose comme principe fondamental que la qualité de la relation entre une entreprise et ses clients est symétrique de la qualité de la relation de cette entreprise avec l’ensemble de ses collaborateurs.

Plus vous traitez vos collaborateurs avec respect et bienveillance, plus ils renvoient ce respect et cette bienveillance à vos clients.

Une vidéo pour aller plus loin sur la symétrie des attentions

Des solutions pour gagner du temps

Imaginons qu’il existe des systèmes qui permettent aux soignants de gagner du temps pour être moins débordés. Des système qui automatisent des tâches sans valeur ajoutée et permettent aux équipes d’être plus présent sur l’accompagnement humain.

Je ne vous parlerai pas des problèmes informatiques, ni des obligations de reporting qui réclament un temps infini aux soignants (le sujet mériterait aussi un article, mais ce n’est pas mon sujet du jour).

Dans cet article, je vais vous présenter les innovations de quatre startup qui proposent de tels services. Alors bien sûr, vous pourriez me rétorquer que ces services ont un coût et que les Ehpad n’ont pas les moyens, ce à quoi je vous répondrai qu’il convient de faire un ratio entre l’investissement matériel et le temps gagné par les équipes pour valider que ledit investissement aide les équipes dans leur travail.

Mais puisque ce qui ressort des témoignages, reportages, livres et ressentis des résidents et des soignants, c’est notamment le temps, il y a sans doutes quelque chose à creuser pour alléger la tâche des soignants et faire jouer la symétrie des attentions, vous ne pensez pas ?

Bouée de secours
Photo by Jametlene Reskp on Unsplash

Quatre solutions pour alléger la tâche des soignants en Ehpad

L’une des plaies de l’activité de soignant en Ehpad c’est de devoir constamment vérifier que les personnes ont bien :

  • Bu,
  • Pris leurs médicaments,
  • Eté aux toilettes,
  • Mangé (bon, là il suffit de regarder les assiettes).

Or, la fatigue et le stress aidant, il est difficile de poser la question avec la même intention bienveillante à tous les résidents, plusieurs fois par jour.

En outre, les systèmes de reporting de ces mesures sont parfois archaïques et imprécis (feuilles volantes, bloc notes), souvent chronophages et toujours contraignants.

Les trois projets que je vous présente ici répondent, chacun à leur manière, à ce problème.

Le verre intelligent qui vérifie que les seniors s’hydratent bien

Auxivia est une startup parisienne qui a développé un verre à eau capable de mesurer précisément les prises hydriques des résidents d’Ehpad. Cette jeune healthtech a développé un verre en plastique dans la base duquel un système de mesure par télémétrie contrôle les écarts de niveau d’eau et donc la quantité de liquide bue par une personne âgée sur une journée.

L’enjeu est de taille : une personne âgée doit boire environ 1,5 litre d’eau par jour, parfois plus dans le cadre de certains traitements. La déshydratation accroit le risque de chute, d’accident, d’hospitalisation (la déshydratation des personnes âgées est en cause dans 7% des hospitalisations).

Le vieillissement physiologique entraîne fréquemment une rhinorrhée obligeant à respirer par la bouche, ainsi qu’une atrophie des glandes salivaires pouvant entraîner une bouche sèche au goût métallique majorée par certaines thérapeutiques.

En vieillissant la personne âgée perd souvent la notion de soif, elle doit donc s’astreindre à boire systématiquement même si elle n’en ressent pas le besoin.

Les aidants devront donc proposer régulièrement des boissons tout au long de la journée et si possible noter les apports.

Le système proposé par Auxivia offre un double avantage :

  • D’une part la mesure des prises hydriques est faite automatiquement,
  • D’autre part, le système de mesure n’est pas attaché au verre mais à une balise d’identification associée à chaque résident. Cela permet de laver plus facilement les verres sans risquer de perdre les informations

Pour tout savoir sur Auxivia, découvrez l’interview de son fondateur, Antoine Dupont.

Le robot qui pose les questions récurrentes à la place des soignants

Je ne suis pas un grand fan des robots sociaux qu’on utilise pour occuper les résidents d’Ehpad ou pour faire de la médiation sociale. Vous avez peut-être vu ces films où un robot Nao « anime » une séance de gym pour un groupe de personnes âgées avec la soignante qui se contente d’appuyer sur On / Off.

Je suis peut être un peu oldschool, mais j’ai du mal à voir l’intérêt du procédé.

Je suis plus intéressé par les travaux autour de Paro, le phoque en peluche qui interagit avec les personnes atteintes de troubles neuro-dégénératifs.

Pourtant, je ne vais vous parler ni de Paro, ni de Nao, mais d’un petit robot très célèbre également : Pepper.

Le robot MediPep Aide les soignants en Ehpad en posant les questions récurrentes à leur place
Photo by Alex Knight on Unsplash

Le robot Pepper a été conçu en France. Il est désormais fabriqué au Japon. Il fonctionne grâce à une programmation qui peut être adaptée aux usages. Une société française, Spin’R, a imaginé qu’on puisse confier à un robot Pepper des tâches d’information et de contrôle habituellement assumées par le personnel soignant en Ehpad ou en hôpital.

“Le robot Pepper est une belle machine, mais ce qui permet de créer un marché, c’est de développer une solution métier.”

Silvère Jauny
Co-fondateur de Spin’R

La fonction de MediPep est de seconder le personnel médico-social dans les EHPAD. Son programme a été développé avec des professionnels de la gérontologie.

MediPep n’a pas vocation à remplacer le personnel des EHPAD.Il doit les seconder dans les activités chronophages et répétitives. Il doit également offrir plus d’autonomie aux résidents. En voici quelques illustrations :

  1. La surveillance de l’activité d’une personne âgée dépendante peut vite devenir complexe, quand il s’agit de lui demander plusieurs fois par jour si elle s’est correctement hydratée, si elle est allée aux toilettes, si elle a mal quelque part, etc. Un robot ne se lasse pas, il peut poser la même question des dizaines de fois en conservant un ton uniforme et une voix enjouée.
  2. MediPep est capable d’identifier individuellement chaque résident et de stocker les observations et relevés plus efficacement qu’un humain. Les informations sont traçables, historisées, classées chronologiquement. Elles peuvent être transmises aux professionnels de santé.
  3. Le robot est disponible quand les personnes âgées expriment un besoin ou un problème de santé, par exemple un mal de dents.
  4. Pour les résidents les moins dépendants, le robot est une présence active qui peut répondre à chaque sollicitation et permet d’inverser le processus relationnel de l’EHPAD où les résidents passifs attendent la visite du personnel pour exprimer leurs besoins.

Plus d’informations sur MediPep dans notre article réalisé avec le concours de Sylvère Jauny.

Le capteur qui prévient quand une personne doit aller aux toilettes

DFree est un capteur capable d’évaluer le taux de remplissage de la vessie et d’alerter les soignants quand une personne doit aller aux toilettes. Outre l’économie de protections urinaires, le système permet de rendre de l’autonomie et de la dignité aux personnes âgées.

Cette solution développée par la firme Japonaise Triple W est distribuée en France depuis peu.

Retrouvez toutes les informations sur DFree dans notre article réalisé avec le concours du DG de Triple W Europe, Yuhei Urabe.

Après ces trois projets qui permettent de soulager les soignants en les libérant d’activités chronophages (ou en allégeant ces contrôles), j’aimerais vous présenter une autre idée géniale développée par une startup elle aussi spécialisée dans les services aux Ehpad, Ubiquid.

Les puces qui permettent de ne plus perdre les vêtements en Ehpad

Saviez-vous que la perte de vêtements est la première cause de réclamation des familles en Ehpad ? C’est également un motif d’inquiétude quotidien pour le personnel de ces structures. Et une activité chronophage qui pourrait être évitée. C’est en tout cas ce que la firme Ubiquid a cherché à faire en créant un système d’étiquetage électronique des vêtements pour les résidents des Ehpad.

Concrètement, comment ça fonctionne ?

Une puce RFID contenant les données signalétiques de chaque résident est accrochée à tous leurs vêtements. Ce tout petit dispositif absolument pas gênant peut être « lu » et détecté à distance par un capteur développé par Ubiquid.

Ubiquid, comment ça marche ?

L’association de la puce et du capteur permet de retrouver le linge perdu ou mal rangé et de résoudre assez facilement un problème majeur de la vie en Ehpad.

Ubiquid équipe une centaine d’établissements et après le linge, développe désormais des puces pour étiqueter d’autres équipements que les résidents ont tendance à égarer : cannes, dentiers, etc.

La startup travaille aussi sur un système dédié pour les fauteuils roulants ainsi que sur des détecteurs de présence non intrusifs qui permettent de savoir si des résidents se sont égarés dans des zones à risque de l’établissement (proximité d’escaliers, par exemple).

Pour conclure

Certes, j’entends déjà les objecteurs m’objecter que ces dispositifs ne règlent pas tout.

Ils ont au moins le mérite d’apporter un début de solution à des problèmes d’organisation, suivi et reporting qui représentent aujourd’hui des pain points souvent remontés par les équipes des Ehpad.

Auxivia, DFree, Medipep et Ubiquid apportent un début de solution et je trouve plus constructif de mettre en avant des projets qui font avancer le schmilblick plutôt que de perdre mon temps en plaintes est complaintes. Car mon credo avec Sweet Home, c’est de promouvoir les initiatives positives, de me concentrer sur le verre à moitié plein !

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