verre intelligent auxivia

Découvrons le verre intelligent Auxivia qui permet d’éviter la déshydratation

Le verre intelligent Auxivia est un objet connecté qui permet de lutter contre la déshydratation des séniors. Nous avons rencontré Antoine Dupont, co-fondateur d’Auxivia et il nous a tout dit. Interview.

Bonjour Antoine, pouvez-vous commencer par nous présenter Auxivia, la genèse du projet et votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

verre intelligent Auxivia 1Antoine Dupont : Je suis le co-fondateur de la société Auxivia que nous avons créé en 2015 avec mon associé Vincent Philippe. Vincent et moi avons un background d’ingénierie. Nous nous sommes rencontrés en dernière année d’école de commerce. Vincent Philippe revenait des Etats-Unis où il avait fait de la recherche en télé-médecine, en laboratoire. Nous partagions l’envie de créer une entreprise avec trois idées fortes. Nous voulions développer un produit technique, nous nous intéressions à la santé au sens large (pas forcément que médical) ainsi qu’à la question de la prise en charge des personnes âgées, notamment en établissement. Moi j’avais ma grand-mère qui était en EHPAD à ce moment là. Elle y est d’ailleurs toujours.
Partis de là, puisque nous n’avions pas une idée précise de notre objectif, nous avons consacré plusieurs mois à échanger avec des professionnels du secteur : gériatres, aides-soignants, ergothérapeutes, personnes âgées, afin de cibler une problématique sur laquelle démarrer. C’est grâce à ces rencontres que nous avons identifié un sujet à adresser : l’hydratation de la personne âgée, notamment en établissement de type EHPAD. Nous avons créé Auxivia en juin 2015. S’en sont suivies différentes phases d’évolution : recrutement, financement, prototypage etc. Aujourd’hui Auxivia réunit une équipe de dix personnes dont huit salariés et deux stagiaires. Six personnes travaillent sur le volet technique sous la houlette de Vincent et nous sommes quatre, sous ma responsabilité, pour l’aspect commercial du projet.

Pourquoi le sujet du suivi d’hydratation est-il si important ?

Une personne âgée n’a plus de sensation de soif. Sans stimulation extérieure, elle ne va pas être amenée à s’hydrater elle-même et donc elle va très peu s’hydrater. En outre, on est sur des personnes qui peuvent avoir des troubles de la démence qui vont exacerber la problématique. Enfin, elles sont poly-médicamentées et peuvent donc avoir besoin d’une hydratation plus importante. Si le suivi d’hydratation n’est pas bien fait, on risque de se retrouver avec des populations en sous-hydratation et même en déshydratation. Une personne sous-hydratée et sujet à des troubles urinaires, elle va être fatiguée et désorientée, une déshydratation quant à elle nécessite parfois une hospitalisation.

Le suivi est donc stratégique. Mais puisque les EHPAD sont un lieu de vie avec beaucoup de résidents et peu de soignants et qu’il n’est pas possible d’avoir une aide-soignante derrière chaque personne âgée pour s’assurer qu’elle s’est correctement hydratée tout au long de la journée, un enregistrement des prises hydriques doit être réalisé. Souvent, il est fait avec des outils de suivi papier : une aide-soignante va passer au réfectoire ou en chambre et quantifier sur une feuille le nombre de verres pris par une personne âgée. C’est un système qui manque de fiabilité : on ne sait pas si un verre vidé a été bu ou pas, on ne connaît pas précisément la quantité de liquide. En outre, comme il y a beaucoup de turnover dans les établissements, c’est dur d’avoir ce système de suivi pour un grand nombre de personnes et de manière pérenne.
C’est d’autant plus difficile pendant les périodes de Plan Bleu (il s’agit d’un plan de prévention en cas de canicule) où l’établissement est obligé de reporter à l’ARS (Agence Régionale de Santé) les prises hydriques de chaque résident. Donc là on est vraiment dans une grosse complexité organisationnelle. Ce qu’on fournit avec le verre intelligent Auxivia c’est un suivi et la traçabilité de l’hydratation pour des personnes qui en ont besoin au quotidien.

On ne se déshydrate pas en une heure ou une journée, c’est une courbe décroissante et il faut l’historique des données pour évaluer la situation.

Qui sont vos clients ?

La déshydratation concerne aussi bien les personnes âgées à domicile qu’en EHPAD. Nous avons décidé de commencer par le marché de l’EHPAD pour des raisons de débouchés. Nous estimons qu’il est plus simple de démarrer par l’EHPAD que par le domicile qui est un secteur en structuration dans laquelle il y a une ambivalence complexe entre payeur et utilisateur.

Pour quelles raisons un EHPAD opte-t-il pour le verre intelligent Auxivia?

Il y en a plusieurs.
La première sera le bien être du résident. Par exemple installer ce système dans les restaurants thérapeutiques. On va suivre les personnes qui consomment beaucoup de laxatifs car on sait que le problème originel est une sous hydratation.
La seconde c’est que les EHPAD ont une obligation de moyens sur le suivi d’hydratation, du coup ça leur permet d’avoir un moyen d’assurer cette obligation au vu des autorités de tutelle qui sont demandeuses de ce type de traçabilité.
Le troisième, côté famille : le recours au verre intelligent Auxivia permet d’améliorer la communication auprès des familles, car on est dans un secteur très concurrentiel.

Après, le fait qu’on capte beaucoup de données, sur un nombre important de résidents, nous permet de faire sortir des tendances organisationnelles dans les établissements. Quand on suit l’équipe dans deux unités de vie différentes, avec des équipes différentes, on est capable de savoir quelle équipe fonctionne mieux, quelle équipe assure un meilleur suivi de l’hydratation, ce qui permet à un directeur d’établissement de mieux piloter et manager ses équipes.

Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne le verre intelligent Auxivia ?

C’est un service de suivi et de traçabilité de l’hydratation. La mesure est réalisée grâce à des verres connectés qui s’utilisent comme n’importe quel verre, qui passent en machine à laver classique.

Les verres ne sont pas attitrés à un résident particulier. Ce qui va permettre de reconnaître le résident auquel le verre est attribué c’est un système de balises d’identification qu’on met dans l’établissement. Ce sont des petites balises fixes qu’on place en chambre, qui fonctionnent comme une antenne.

N’importe quel verre qui entre dans la chambre du résident suivi s’identifie à la balise. Nous avons également développé un système pour les repas, car les deux principaux lieux de prise hydrique sont la chambre et le réfectoire. En réfectoire, la balise est intégrée dans un sous bock sur lequel est noté le nom du résident. En début de repas on a juste à poser un verre une fois sur la balise pour identifier le résident. Ensuite, le verre n’est pas obligé d’être posé tout au long du repas, il est assigné à ce résident via son sous bock.
Ce protocole s’applique aux résidents pour lesquels un suivi permanent est nécessaire.

Nous avons également développé un système plus léger pour les suivis ponctuels ou de courte durée. La balise d’identification est intégrée dans un collier, ce qui permet de suivre la prise hydrique dans tout l’établissement pour le résident donné. Ce système est adapté quand, par exemple pour deux ou trois semaines, j’ai un médicament qui nécessite un suivi hydrique. J’ai un nouveau résident qui entre à qui on doit faire un bilan d’hydratation.

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Si je comprends bien, la balise est associée à un résident et lorsqu’on en approche un verre, elle le lie à son résident ?

Exactement, c’est une technologie sur le Bluetooth – low energy.

Comment le verre intelligent Auxivia mesure-t-il le liquide consommé, par le poids ?

Nous avons opté pour une une mesure par ultrasons. C’est une technologique qui est plus difficile à calibrer mais plus fiable. Cette dernière va envoyer une onde vers la surface qui va rebondir. La mesure de quantité se fait par la mesure de la longueur d’onde. Le poids est une technologie utilisée par certains concurrents mais c’est moins fiable que notre système et ça ne permet pas au verre de passer en machine à laver. Pour passer en machine à laver le verre doit être complètement étanche et quand on a une mesure par le poids, c’est une partie du verre qui s’enfonce dans le socle (comme sur une balance de cuisine).

Outre l’aspect pratique pour le lavage, quels sont les avantages d’une mesure par ultrasons ?

Si vous avez une mesure de poids, je prends le verre, je remets du liquide, je rebois sans le reposer, je n’ai pas de tarage de la balance et je ne suis pas capable de savoir ce qui a été pris. Alors que l’ultrason le permet.
D’autre part, les verres ont la capacité de faire de la distinction de bu / non bu. On sait si c’est vraiment une prise hydrique ou si le verre s’est renversé.

Le verre intelligent Auxivia a-t-il d’autres atouts ?

Oui, dans la partie basse, on a un système lumineux qui se déclenche avec des respirations bleues pour inciter le résident à s’hydrater ou toute personne qui passe à inciter le résident à s’hydrater (Aides soignantes, famille, etc.)

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Comment les établissements suivent-ils les mesures ?

Nous mettons à disposition une interface EHPAD qui est utilisable par les professionnels. Elle va restituer les résultats pour les personnes suivies avec des courbes de tendance et des versions imprimables, par exemple pour les autorités de tutelle, en cas d’hospitalisation ou en cas de Plan Bleu, on peut automatiquement imprimer l’ensemble d’un ou de tous les résidents.

L’entrée en vigueur du RGPD en mai prochain aura-t-elle une incidence sur votre système ?

Nous passons fin mars en hébergeur données de santé, donc on doit se plier à des règles plus strictes que celles du RGPD. Toutes nos données sont anonymisées. L’établissement accède aux données nominatives mais pas nous. Enfin, nous captons sur des données faiblement sensibles.

Depuis combien de temps le verre intelligent Auxivia est-il commercialisé ?

Nous avons eu deux ans de recherche et développement jusqu’à l’industrialisation. Pendant cette phase nous avons fait des tests pilote en établissements. Nous sommes rentrés en phase commerciale depuis septembre 2017 et aujourd’hui nous équipons douze EHPAD, ce qui représente un près de 400 résidents suivis au quotidien.

Où se situent vos clients ?

Les deux tiers de nos EHPAD clients sont en région parisienne et le reste en région : Centre, Bretagne, PACA.
Pourquoi en Ile-de-France : parce qu’on a remporté un appel d’offre pour des équipements avec l’ARS Ile-de-France qui nous a permis d’équiper des EHPAD de la région.

Avez-vous des clients autres que les EHPAD?

Nous avons commencé à faire de l’équipement à domicile, toujours en BtoB. Nous avons trois opérations : deux pour des personnes âgées dépendantes : équipement pour un SSIAD, un pour un SPASAD. Le cas d’usage c’est qu’il y a une grosse difficulté à suivre l’hydratation à domicile du fait qu’il y a moins de personnel qu’en EHPAD et donc de prévenir de potentiels risques de déshydratation, notamment pour des périodes critiques.
Le troisième client hors EHPAD sort de la silver économie : nos verres permettent de faire du suivi de compléments nutritionnels oraux, boissons hyper-protéinées dans le cadre de prises en charge hospitalières. On va faire du suivi de complémentation nutritionnelle orale pour des personnes atteintes de cancer en hospitalisation à domicile pour qui l’observance de ces complémentations est très faible, ce qui engendre une mise en nutrition parentérale ou entérale, souvent très tardivement avec des décalages de chimio, etc. Notre suivi permet d’éviter cela.

Vous êtes adhérents du cluster francilien Silver Valley, pouvez-vous nous expliquer ce que vous apporte cette structure ?

Nous avons adhéré à Silver Valley dès la création d’Auxivia. En 2017, nous avons été lauréats de la bourse Charles Foix. C’est pour nous une manière de crédibiliser le travail de l’équipe. Silver Valley est un cluster qui apporte beaucoup de mise en relation entre les membres. Le travail qu’a fait Benjamin Zimmer en tant que DG de l’association a été très bénéfique pour nous car cela a mis en lumière une certaine frange de l’économie. Ils ont été très pro-actifs et là, c’est Nicolas Menet qui l’a prise, c’est quelqu’un qui connait bien le secteur et qui est bien capé pour continuer la mission. Ils sont très proches des entrepreneurs. Nous conseillent et nous accompagnent. Enfin, ils sont hyper accessibles, très à l’écoute et facilitateurs.

Aujourd’hui la croissance du marché des objets connectés est inférieure aux prédictions. Est-ce que vous pensez que dans le cadre du bien vieillir et du maintien à domicile, c’est un enjeu d’avenir et que les objets connectés et la domotique pourront se substituer à l’aide humaine ?

Je pense qu’il y a plusieurs aspects. Le premier c’est que la génération qui entre dans du maintien à domicile aujourd’hui n’est pas une génération qui verra une forte adoption de l’objet connecté directement. Il y a un fort réapprentissage nécessaire et c’est encore plus dur à 80 ans. En outre, l’utilisateur payeur est complexe dans ce secteur d’activité. Je ne pense pas que l’âge d’or de l’objet connecté pour les personnes âgées en perte d’autonomie viendra avec cette génération là.

L’émergence des objets connectés et de la domotique viendra par une attaque plutôt BtoB du marché et avec un service aux professionnels dans le cadre d’une prise en charge d’une personne âgée dépendante.

Aujourd’hui on est dans des secteurs d’activités où les personnes sont de plus en plus dépendantes, où les moyens humains peuvent être contraints et où il faut réfléchir à comment apporter une couche servicielle dans le cadre d’une prise en charge professionnelle avec des objets connectés. L’aspect serviciel et aide aux professionnels est extrêmement important et je pense que c’est plutôt là-dessus qu’on va apporter une valeur au secteur.

Vous avez abordé à deux reprises la problématique de l’utilisateur-payeur, comment se traduit-elle dans votre relation avec les utilisateurs finaux ?

Nous dans le cadre de l’équipement d’un établissement, c’est l’établissement qui prend en charge le budget de déploiement, ce n’est en aucun cas le résident. Après peut se poser la question de la refacturation aux familles résidentes, mais ce n’est pas de notre ressort.

Quel est pour vous l’avantage d’une approche BtoB ?

Dans une approche BtoB, on passe par des intermédiaires avec des forces de frappe plus importantes qui gèrent la diffusion et la logistique.

Avez-vous des contacts de particuliers qui souhaitent s’équiper de votre solution, et pour quels besoins ?

En effet, nous recevons beaucoup de demandes BtoC. Elles n’émanent pas de la personne âgée mais de ses aidants qui veulent pouvoir la surveiller à distance. Nous avons également des contacts avec des personnes qui sont dans la dépendance suite à un accident, sont handicapées, diabétiques et nécessitent aussi un suivi d’hydratation. Nous n’excluons pas une ouverture sur le marché des particuliers mais cela n’est pas prévu pour le moment.

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