La Maison de la Diversité : un habitat inclusif hétéro-friendly pour seniors autonomes

La Maison de la Diversité est un projet d’habitat inclusif porté par Stéphane Sauvé. Ce solide Basque de 47 ans qui a travaillé pendant 13 ans chez Bouygues Telecom avant de devenir directeur d’EHPAD et bénévole dans des associations d’entraide aux personnes âgées a décidé de passer à l’action en apportant une nouvelle solution au problème de l’isolement des seniors LGBT.

La Maison de la Diversité est la pierre angulaire d’un projet dont l’objectif est de permettre à tout senior LGBT de vivre librement et en sécurité, dans une société inclusive et tolérante. 

Je connais Stéphane Sauvé depuis un bon bout de temps, et nous sommes très régulièrement en contact. Pourtant, il aura fallu plusieurs mois pour organiser l’interview sans langue de bois que je vous propose de découvrir aujourd’hui

La maison de la diversité
Stéphane Sauvé

Interview exclusive de Stéphane Sauvé par Alexandre Faure

Hier j’ai rencontré cette petite dame, ce qui était chouette parce que c’était la troisième personne LGBT que je rencontrais en EHPAD. Elle, vraiment un caractère bien trempé, elle se fout du regard que les gens peuvent avoir sur elle depuis qu’elle est gamine. C’est une personne qui était hétéro et il se trouve qu’en rentrant en EHPAD elle est tombé amoureuse raide dingue d’une autre résidente. Ce coup de foudre a posé un problème à l’équipe soignante qui a été un petit peu choquée. Ils ont tout fait pour essayer de séparer ce couple. Cette dame s’insurge : « ce qui est terrible c’est que les soignants, même si on leur demande de frapper, comme ils savent que beaucoup d’entre nous n’entendent pas, ils n’attendent pas et rentrent. On n’a pas d’intimité, c’est juste scandaleux. »

Stéphane Sauvé / Fondateur de La Maison de la Diversité

Alexandre Faure : Penses-tu que c’est plus facile pour des hétéros qui se découvriraient une passion soudaine d’avoir une vie sentimentale en EHPAD ou globalement c’est pareil ?

Stéphane Sauvé : J’ai assisté à la naissance de couples en EHPAD, notamment de personnes atteintes de maladies neuro-dégénératives où il n’y a plus de filtre sur le conditionnement social. On voit bien que là dessus les seniors hétérosexuels sont à l’aise. Par contre le regard des autres résidents n’est pas si simple que ça. Mais le plus dur, c’est bien souvent la famille. Dans le cas de ce couple qui s’est formé dans l’établissement dont j’étais directeur, le fils qui était tuteur du monsieur s’est opposé à sa relation amoureuse naissante. Il ne pouvait accepter que son père puisse refaire sa vie avec une autre personne. Il a donc décidé de déménager son papa de l’établissement alors que ce vieux monsieur et cette dame vivaient sereinement leur fin de vie. Toute l’équipe a essayé de le dissuader, il n’a pas cédé et comme il était tuteur on n’a pas pu s’y opposer.

Mais d’une manière générale, les relations sentimentales entre résidents sont plus faciles pour des hétérosexuels.

Un senior LGBT ne va pas se dévoiler

Un senior qui rentre en EHPAD ne va pas exprimer ses sentiments de peur des représailles. J’ai pu l’observer quand j’étais bénévole accompagnant en soins palliatifs, notamment en unité d’hébergement renforcé (UHR). Parce que le résident peut s’exprimer sans filtre auprès d’un bénévole qui n’est pas un soignant ni le directeur de l’établissement et qui n’est pas dans le jugement. C’est là où j’ai vu l’envers du décor. Les résidents avaient peur de dire « vous me faites mal » ou « je n’aime pas ce que vous me donnez à manger » de peur d’être maltraités, ou de passer en dernier.

Et là, je parle juste sur des gestes de la vie quotidienne. Quand on veut parler d’homosexualité dans un tel environnement, on ne trouve pas beaucoup d’oreilles bienveillantes. C’est pourquoi les seniors LGBT se sont inventé des doubles vies et se sont rendu invisibles.

Penses-tu que la situation sera plus simple pour les seniors LGBT  de demain ?

Il y a des gens qui m’ont dit « ton projet il n’a un avenir que pour une dizaine, une vingtaine d’années. » Je dis très bien car ça veut dire que la problématique de LGBT-phobie n’existera plus. Aujourd’hui dans le monde où on vit, l’homophobie et le racisme sont loins d’avoir disparu. Il ne se passe pas un week-end sans actes de violence physique, d’agressions homophobes dans Paris intra muros. Je trouve injuste quand on voit ces actes homophobes de devoir retourner dans l’ombre. Ça va être de plus en plus compliqué à Paris de tenir la main de son copain, juste dans la rue et on se dit  « dans quel monde on vit ».

Qu’est-ce que le Mariage pour Tous a changé ?

Le débat autour du Mariage pour Tous a libéré la parole homophobe mais ça a aussi libéré la capacité des victimes à porter plainte. Chez SOS Homophobie, on voit l’évolution, et notamment chez les seniors. Le senior, quelle que soit son orientation sexuelle va devenir de plus en plus vulnérable. Pour se protéger, il se met une carapace et cache son homosexualité. Il y a de plus en plus de seniors, qui osent. Ça ne sera pas les plus vieux mais ceux qui ont entre 60 et 70 ans commencent à porter plainte pour des agressions.

Maison de la diversité
Traditionnelle photo de famille à la fin d’un apéro de l’association Les Audacieuses et les Audacieux. 

Est-ce que les besoins des L, des G, des B et des T sont les mêmes par rapport au sujet du vieillissement ?

Quelle que soit son orientation sexuelle ou l’identité de genre, le senior a besoin d’avoir sa place dans la société. Pas facile alors que la société est en train de lui dire  « t’es un poids, tu nous coûtes cher !». Tous les seniors ont besoin d’être reconnus par la société et de garder une place de citoyen à part entière.

Pour les seniors LGBT en particulier, je prône le droit à l’indifférence et pas le droit à la différence.

Ce qui leur manque, ce sont des endroits sécurisants et bienveillants dans lesquels ils ne vont pas avoir peur. Le changement de paradigme n’est pas évident. Même si l’on créé des lieux bienveillants, les seniors LGBT ont du mal à se libérer totalement du conditionnement hétéro-normé qu’ils subissent depuis des années.

C’est le constat que j’ai fait avec les événements de l’association Les Audacieux et les Audacieuses que j’ai monté en parallèle du projet de Maison de la Diversité. Nous essayons de  construire ces environnements bienveillants mais nous déplorons un taux de participation parfois très faible. Nous avons recherché les causes avec le docteur Christophe Fauré. Il nous a fait prendre conscience d’un phénomène d’auto-exclusion par rapport à un conditionnement hétéro-normé dans lequel on doit toujours se défendre.

Enfin, entre eux, les LGBT ont également besoin d’un environnement sécurisé.

Un environnement dans lequel les gestes quotidiens d’une personne L,G,B ou T ne posent pas de problèmes à l’entourage. Les gestes des L sont pas forcément ceux des G, des B ou des T. Aujourd’hui je n’ai pas suffisamment de recul ni de caractéristiques à pouvoir poser et partager pour te dire qu’il y a des besoins spécifiques mais c’est évident qu’une personne transgenre avec une problématique d’hormonothérapie et un gay séropositif ont quelque chose en commun : le fait de pouvoir prendre leurs médicaments sans que ça pose aucun problème. Peut-être que ça une lesbienne ne le partage pas, mais ce sont d’abord des seniors qui veulent vieillir sereinement, n’essayons pas de trop mettre des gens dans des cases pour les stigmatiser encore plus.

Je te posais cette question en pensant aux espaces de loisirs dédiés à un public gay. La Maison de la Diversité s’inscrit-elle dans cette approche communautaire ?

Quel que soit le contexte, ce qui manque c’est des endroits où on n’ait pas peur d’avoir un regard porté, des yeux qui se lèvent au ciel ou pire. Sais-tu comment le fondateur de Mister BnB a eu l’idée de créer son service ? Il va avec son copain à Barcelone, une ville assez open sur ce sujet là. La propriétaire les accueille et dit « il y a qu’une chambre, un grand lit, pour deux homme ça va pas être possible ». Lui, il se dit « plus jamais je ne veux vivre ça ».

La Maison de la Diversité, c’est tout sauf un ghetto.

Forcément les détracteurs du système veulent nous faire dire que c’est un ghetto. Il faut se détendre ! C’est 24 personnes qui vont décider de vivre ensemble. En outre, nous défendons l’orientation hétéro friendly du projet. D’ailleurs, dans l’association les Audacieux et les Audacieuses, on a des gay, des lesbiennes et des hétéros. On n’a pas encore de trans mais notre conseil d’administration est composé de 5 femme et 6 hommes dont 2 hétéros. Je trouve ça assez significatif et révélateur de notre ambition.

Pour moi, les vrais absents, ce sont les LGBT invisibles.

C’est pour eux que j’ai monté le projet et mon ambition reste de les aider à sortir de l’ombre.

Aujourd’hui on atteint ceux qui ont déjà fait leur coming out. On n’arrive pas à toucher ceux qui se sont cachés, qui se sont rendus invisibles. Il leur manque un environnement sécurisant et ils se disent « moi j’ai pas envie qu’on me fasse chier ».

Le pari qu’on fait c’est que ces invisibles réalisent que quelque chose se passe pour les seniors LGBT. Nous avons conscience que La maison de la diversité ne va pas répondre aux attentes des 1,1 millions à 1,3 millions de seniors LGBT. Nous rêvons d’amener les invisibles à se dire « ah, il y a quelque chose pour nous, allons donc voir l’association les audacieuses et les audacieux pour qu’ils nous aident à nous faire accepter dans l’environnement hétéro-normé où nous vivons actuellement (résidence service, ehpad, etc…) ». Nous cherchons à établir le contact pour aider tous les seniors LGBT à mieux vivre leur vieillissement.

La Maison de la Diversité est-elle un projet communautaire ?

Quand on est dans la vraie vie et qu’on parle de communautés ethniques ou religieuses, ça ne dérange personne. La preuve en est qu’il y a une réflexion en cours sur une maisons de retraite pour la communauté chinoise à Paris, il y a des établissements pour les juifs, les catholiques. Ils choisissent de vieillir ensemble parce qu’ils partagent des valeurs communes, des rites. Est-ce qu’on peut parler d’une culture LGBT ? J’en sais strictement rien, i’ai envie de dire probablement mais je ne suis pas le spécialiste pour l’affirmer.

Le mot communauté ne me dérange pas, mais quand on l’adosse au sigle LGBT, on veut forcément dire que c’est communautariste et revendicatif.

C’est tout ce qu’on n’est pas. J’ai plutôt tendance à dire que La Maison de la Diversité est un projet affinitaire.

Maison de la diversité

La Maison de la Diversité est souvent comparé à la Maison des Babayagas, penses-tu que cette comparaison soit justifiée ? Qu’est-ce qui distingue ton projet de celui de Thérèse Clerc ?

Partant du constat que les retraites des femmes étaient inférieures à celles des hommes et que leur espérance de vie était supérieure, Thérèse Clerc a réussi à créer un environnement sécurisant pour des femmes qui voulaient ne pas aller en EHPAD. Il y a bien un point commun dans nos démarches. La Maison de la Diversité s’adresse également à un public isolé qui ne veut pas aller en EHPAD. Un autre point commun est l’objectif social des deux projets, notamment dans la dimension habitat participatif.

La maison des Babayagas et la Maison de la Diversité sont deux communautés de personnes qui vivent ensemble et se doivent mutuelle solidarité et entraide.

Enfin, j’admire le côté avant-gardiste des Babayagas. Le projet était porté par des femmes qui se revendiquaient très féministes.

La différence entre les deux projets se situe au niveau de l’ouverture sur l’extérieur. La Maison de la Diversité est peut-être plus ouverte que la Maison des Babayagas. Nous voulons positionner la Maison de la Diversité comme un environnement sécurisant pour les résidents LGBT mais également comme un centre de ressources et de lien social pour l’ensemble des seniors du quartier.

La Maison de la Diversité est-elle une résidence services seniors ?

Dans la résidence services senior on positionne le résident comme un consommateur et pas comme un acteur.

Nous avons vraiment envie de positionner nos résidents comme des acteurs.

Ils auront par exemple la responsabilité de choisir les nouveaux résidents quand un appartement se libérera. En outre, dans les résidences services senior, le modèle économique nécessite 60 à 100 résidents : ce n’est pas du tout ce qu’on veut faire. Bien évidemment tous les détracteurs disent qu’on n’y arrivera pas, mais une startup c’est là aussi pour essayer d’innover sur le modèle social.

Quel regard portes-tu sur la situation actuelle des personnes âgées ? Qu’est-ce qui devrait changer en priorité ?

Il y a un vrai problème avec l’endroit où l’on habite.

Aujourd’hui, une majorité de français dit vouloir vieillir à domicile, mais je pense que la réponse est biaisée par la méconnaissance des alternatives à l’EHPAD. Les gens ne veulent pas aller en EHPAD mais le maintien à domicile n’est pas la solution qui convient à toutes les personnes âgées. Si elle est toute seule elle est isolée, et l’isolement social est l’un des facteurs déclenchants de la perte d’autonomie accélérée. Donc nous nous devons d’inventer des modèles entre les deux et pour ça l’habitat participatif est une des réponses.

Les EHPAD doivent aussi améliorer leur image car ils ont un rôle nécessaire à jouer dans le parcours de vie de certaines personne âgées.

Que penses-tu de la suggestion du Comité Consultatif National d’Ethique de développer plus des EHPAD diffus dans la ville ? des étages EHPAD dans des immeubles d’habitation ?

Je pense que c’est une excellente idée. L’EHPAD du futur pour moi c’est la ville dans la ville. Après il y a une logique de rentabilité qui fera qu’il y a des seuils pour pouvoir financer des soignants. Même si on est éclatés en plusieurs petits lieux, économiquement il y aura peut être des contraintes fortes. Et si le poids du secteur marchand continue de croître, c’est eux qui imposeront le modèle économique.

La mixité sociale et intergénérationnelle, j’y crois dans la théorie, un peu moins dans la pratique. Un EHPAD ce n’est pas un hall de gare, les rythmes de vie sont différents. Les résidents agés ont besoin de sécurité et l’ensemble des flux de la vie peut les mettre en danger.

Le dernier apéro débat de l’association a fait salle comble. 

Comment ton équipe est-elle constituée aujourd’hui ?

J’ai longtemps porté le projet seul, mais la presse et les reportages aidant ont donné une bonne exposition médiatique et des gens se sont dit « il ose, on va l’aider ». Autour de moi, j’ai depuis une année 7 ou 8 personnes bénévoles qui m’ont rejoint dans cette aventure. Qui dit bénévole dit temps limité mais aussi sérieux et engagement, surtout depuis le mois de juin où on a structuré l’équipe.

Aujourd’hui je n’ai pas encore de structure juridique sur la partie Rainbold Society, je n’ai pas de pacte d’associé mais on est en train de rentrer dans le dur car j’ai une urgence à délivrer une réponse.

Donc autour de moi, il y a des communicants, des tech, des financiers puisque j’ai retrouvé un collègue d’il y a vingt cinq ans qui est toujours banquier mais veut s’engager sur une finance responsable ainsi que des médecins parce que la dimension de la gérontologie est importante. Enfin, nous avons récemment structuré l’association en élisant un bureau et un conseil d’administration.

Toutes ces personnes partagent-elles ta vision de l’entrepreunariat social ?

J’ai envie de dire oui mais en fait ils la partagent avec leur vision de personnes travaillant dans des entreprises structurées, je dois souvent les convaincre d’adopter une approche start-up et de ne pas vouloir faire de la sur-qualité.

Pour le moment, on n’a pas d’argent. On fait avec des bouts de ficelle mais l’urgence à répondre à un besoin fait qu’on se doit de tester les choses. Vient un moment où on doit passer de la réflexion à l’action et faire nos premiers petits pas… je vois qu’ils y adhèrent malgré leur conditionnement professionnel.

Aujourd’hui, le projet existe au travers de l’association Les Audacieux, mais envisages-tu d’y adosser une structure commerciale ?

Pour un projet immobilier, nous devrons nécessairement monter une structure commerciale : un programme immobilier de 1500 m2 dans Paris, au prix actuel du mètre carré, ça fait 15 millions d’euros à aller chercher.

Une jeune association ne pourra jamais lever une telle somme.

Je considère qu’il n’y a pas de social sans business et que sans argent on n’y arrivera pas.

Si on doit attendre, faire la manche et quémander, le projet se réalisera en 10 ans ou en 15 ans et ce n’est pas mon objectif parce que pendant 10 ans ou 15 ans, qu’est-ce qu’on fait pour les seniors LGBT ? Rien.

Moi j’ai une ambition d’y répondre aussi plus rapidement mais de façon éthique.

Quelles sont vos pistes de financement pour le volet immobilier du projet ?

Nous étudions trois options : 

  • La première c’est que je sois 100% propriétaire du foncier et du bâti et l’exploitant de la future structure,
  • La deuxième option est de se dire que je suis le locataire et je vais travailler avec un bailleur social en m’adossant sur une municipalité ou une association comme Les petits frères des pauvres. Je suis locataire de mon bâti et du foncier.
  • La troisième option consiste à faire acquérir le sol par une foncière solidaire qui nous le louerait via un bail emphytéotique. Cette solution nous permettrait d’être propriétaires des murs, locataires du foncier et exploitants de la structure.

La stratégie au départ était de se dire en tant qu’entrepreneur naissant n’étant pas connu sans association datant de 20 ans, ça serait plus simple de travailler avec une municipalité et notamment de la ville de Paris.

Au fur et à mesure qu’on avance on voit que c’est compliqué, qu’il y a une lenteur administrative parce que Paris est une grande métropole et que les enjeux de pouvoir avec les uns et les autres sont compliqués.

Du coup, j’ai réussi à m’entourer d’un conseil stratégique et notamment des gens qui travaillent dans le secteur marchand et qui m’ont dit : « Stéphane ça suffit, il faut que tu passes l’accélérateur et ta stratégie initiale municipalité, il faut que tu la revoies. Tu dois aller chercher des fonds, tu as une légitimité, tu incarnes le projet et on va t’aider à structurer ton argumentaire ».

Alors moi je leur ai dit que c’est très bien cette vision mercantile mais dans l’ADN du projet et dans ce que je suis et ce que je veux faire de ce projet, je veux être certain que les investisseurs ne vont pas dénaturer le projet et se dire que c’est juste un investissement en mettant de côté la problématique de l’isolement des seniors LGBT.

Je ne recherche des investisseurs qui adhèrent au projet, pas des spéculateurs qui y voient un bon placement immobilier.

Comment faire des petits pas, structurer une communauté en attendant la livraison de la maison ?

Un des mentors de Ticket For Change m’avait demandé ce que je faisais concrètement par rapport à la problématique des seniors LGBT. Je me rends compte que je ne faisais rien de concret. C’est là qu’est née l’idée de l’association dont le but est créer des environnements dans lesquels les seniors LGBT n’aient plus peur d’être stigmatisés. L’activité de l’association, c’est 4 événement mensuels :

  • Des apéros débat pour partager un moment de convivialité sur un sujet qui va nourrir la réflexion  de la Maison de la Diversité
  • Des ateliers d’entraide informatique et multimédia afin que la fracture numérique ne soit plus une cause d’isolement social,
  • Un groupe de parole animé par un psychothérapeute. On est en train d’oser partager le vécu d’un senior LGBT dans un environnement sécurisant. On se rend compte que tous ces seniors sont aussi victimes d’un phénomène d’auto-exclusion parce que toute leur vie ils avaient une armure pour éviter les coups et ils ne s’autorisent plus à participer même dans ces environnements bienveillants,
  • Des ateliers de co-construction. On est dans le champ de l’environnement et l’écosystème des start-up. Je travaille avec les seniors et pas pour les seniors, l’idée est de tester les hypothèses de travail avec les futurs résidents de la Maison de la Diversité.

Dans ton projet tu as besoin d’impliquer les politiques. A quel moment faut-il les embarquer ?

Il ne faut pas sortir du bois trop tôt, sinon on se fait griller. En outre, il faut vraiment trouver des terrains d’entente et du gagnant gagnant pour que les interlocuteurs politiques soient vraiment engagés.

Pour la Maison de la Diversité, nous savons que sans commande politique, il n’y aura pas de réponse. Mais cette commande doit être un accélérateur et pas un frein. Avec les interlocuteurs politiques, notre plus grand défi est de faire comprendre que l’urgence sociale n’a pas le même temps que le politique.

Est-ce une étape clé de bien s’entourer et d’avoir un réseau bienveillant ?

Bien évidemment. J’incarne le projet et je suis légitime mais tout seul, je n’y arriverai pas. Les réseaux sociaux, les médias quelle que soit leur forme (presse, web ou radio ou télé) ça va nous aider à être connus et j’ose espérer qu’à un moment on aura un super mécène qui n’aura pas une problématique de risque d’image à s’associer à un projet LGBT car aujourd’hui dans les partenaires qui gravitent autour du projet je ressens cette frilosité de risque d’image.

Aux Etats Unis ou au Canada, si vous n’êtes pas une marque LGBT Friendly vous perdez des parts de marché, en France on n’en est pas encore là et on se dit qu’il y a un risque… je le pressens (on me le dit pas). Ma stratégie va être d’essayer de convaincre les investisseurs ou partenaires que le grand public est prêt, qu’il n’y a pas de risque d’image.

L’idée est de faire une campagne de crowdfunding et de faire croître rapidement le nombre d’adhérents à l’association. Nous pourrons utiliser ces deux réalisations comme preuve de concept pour valider l’intérêt du public à notre vision et convaincre les sponsors et mécènes qu’ils ne risquent pas de perdre des part de marché en s’adossant à un projet qui assume sa dimension LGBT.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune entrepreneur qui se lance dans l’économie sociale et solidaire ?

Si on a un rêve, il ne faut pas hésiter à passer à l’action.

Il faut s’entourer mais il ne faut surtout pas abandonner.

Ticket For Change s’est bien positionné sur ce sujet là en accompagnant les gens qui veulent passer de l’idée à l’action, c’est essentiel pour éviter le gâchis de talent.

Si on m’avait dit il y a deux ans que je serais là où je suis aujourd’hui, je n’y aurai pas cru.

Je suis passé à l’action grâce à eux, je continue avec Antropia, l’incubateur de l’ESSEC et cet environnement bienveillant et de gens qui croient en nous, nous oblige à continuer à aller de l’avant.

Des liens utiles pour suivre le projet de Maison de la Diversité

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