Etes-vous certain.e d’avoir l’âge que vous pensez avoir ?

quel age avez vous

Vous avez toujours pensé que votre âge est celui dont vous fêtez l’anniversaire chaque année. La différence entre l’année en cours et votre année de naissance. Si, par exemple, vous êtes né.e en 1974 et que nous sommes en 2020, vous avez 46 ans. N’est-ce pas ?

Et si je vous apprenais que – bien souvent – cet âge chronologique ne reflète ni l’âge de notre organisme, ni celui que nous pensons inconsciemment avoir. Et que, bien souvent, nous sommes bien plus jeunes que notre âge chronologique.

Cela ouvre des perspectives, n’est-ce pas ?

Dans cet article, nous vous expliquons quel âge vous avez réellement, en fonction de votre âge chronologique et de l’endroit où vous vivez.

Préparez-vous à être stupéfait !

L’âge chronologique

L’âge chronologique, c’est celui que vous fêtez une fois par an. Vous le calculez en soustrayant votre année de naissance de l’année civile en cours. C’est une donnée capitale pour organiser la vie institutionnelle du pays, sans se casser la tête à rechercher des critères de tri.

  • Vous êtes majeur à 18 ans,
  • Vous pouvez devenir sénateur à 24 ans,
  • Vous pouvez demander l’APA à partir de 60 ans,
  • Et bénéficier de l’aide d’Action Logement pour remplacer votre baignoire par une douche à 70 ans.

C’est clair et net, binaire. Vous avez l’âge ou vous ne l’avez pas. L’âge chronologique ne devrait servir qu’à cela, faire le tri.

Il ne devrait pas entrer en ligne de compte pour évaluer – de façon subjective – l’état de fragilité d’un individu.

L’âge biologique

Si vous avez 76 ans en France en 2020, au niveau biologique, vous êtes âgé de 65 ans seulement. Grâce aux progrès de la médecine, de l’alimentation, de l’hygiène, etc… notre organisme s’use moins rapidement qu’il y a cent ans ou même cinquante ans.

Un septuagénaire de 2020 n’a qu’une chose en commun avec un septuagénaire de 1920 : son âge chronologique.

La preuve scientifique

Avez-vous déjà entendu parler du Global Burden of Disease. Cet outil inestimable permet de connaitre, pays par pays, l’espérance de vie en bonne santé ainsi que les causes de mortalité et de dépendance. En 2017, une équipe scientifique a utilisé le GBD pour évaluer l’âge biologique des terriens. Ils ont cherché à calculer l’âge chronologique auquel correspond un âge biologique de 65 ans.

Les chercheurs ont étudié l’espérance de vie en bonne santé (EVCI) et la létalité de 92 maladies liées au vieillissement, dont 13 maladies cardiovasculaires, 35 cancers, 6 maladies respiratoires chroniques, trois diabètes et six causes externes.

Pour comprendre toutes ces notions, plongez vous dans notre dossier sur l’espérance de vie

Les chercheurs qui ont planché sur le GBD ont élaboré un classement des pays selon l’écart constaté entre l’âge chronologique (le nombre d’années vécues) et l’âge biologique (le niveau de vieillissement réel de l’organisme).

Le résultat est impressionnant, car il révèle – preuves scientifiques à l’appui – que l’âge biologique n’est jamais corrélé à l’âge chronologique. 

Le graphe ci-dessous restitue les données, selon une courbe croissante. En bas à gauche, les pays où l’âge chronologique est inférieur à l’âge biologique. En haut à droite, ceux où il est supérieur. Un code couleur montre à quelle catégorie le pays appartient (en fonction de son PIB). 

global burden of disease

Le top 3 : 

1. Japon (76,1 ans)
2. Suisse (76,1 ans)
3. France (76 ans) 🎉

En bas de l’affiche : 

1. Papouasie (45 ans)
2. Iles Marshall (51 ans)
3. Afghanistan (51,6 ans)

En règle générale, l’écart augmente avec le PIB. Plus un pays est riche, plus ses citoyens sont en bonne santé et plus l’écart entre âge chronologique et âge biologique est important. 

Mais ce n’est pas une règle absolue. Ainsi, les États-Uniens sont touchés à 68,5 ans, ce qui place le pays au 54e rang, entre l’Iran (69 ans) et la Barbade (68 ans). La Chine est 77e (66 ans) tandis qu’en Inde, les populations sont atteintes par les maladies liées à l’âge dès 60 ans.

La morale de l’histoire

C’est qu‘il ne faut pas juger un livre à sa couverture, ni un vieux à sa date de naissance. Décréter que tous les vieux sont fragiles ou qu’on est senior à 60 ans, c’est au mieux naïf.

Vous étiez déjà retourné.e par cette découverte stupéfiante, et vous n’êtes pas au bout de vos surprises 😜

En effet, il n’y a pas que notre corps qui soit moins âgé que ce que dit l’état civil. Dans notre tête aussi, nous nous considérons comme plus jeune.

L’âge subjectif n’est pas l’âge réel

Plusieurs études ont montré un décrochage significatif entre l’âge que nous avons réellement, l’âge que nous estimons avoir et l’âge que nous voudrions avoir.

Ces travaux – dont les plus anciens remontent aux années 1950 – montrent que l’âge que nous pensons avoir – âge subjectif – est influencé par quatre sensations :

  • L’âge ressenti,
  • L’âge que nous attribuons à notre apparence physique,
  • L’âge qui transparait à travers nos actes,
  • L’âge qui correspond à nos centres d’intérêt.

Le concept d’âge subjectif a été introduit initialement en marketing pour pallier les limites de l’âge chronologique (l’âge réel) comme critère de segmentation du marché des seniors. 

Un grand nombre de travaux sur les plus de 50 ans ont souligné le manque de pertinence de l’âge chronologique. Ils proposent comme alternative, de caractériser les différences de consommation par l’intermédiaire de l’âge perçu.

Zoom sur l’étude “Age Differences in Age Perceptions and Developmental Transitions”

En 2018, des chercheurs au département de psychologie de l’université du Michigan ont demandé à 502.548 internautes de 10 à 69 ans leur âge réel et l’âge qu’ils pensent avoir. Voici le résultat qu’ils ont obtenu : 

De l’enfance à l’entrée dans la vie adulte, on a tendance à se juger plus mature que son âge réel. Jusqu’à 20 ans, on se donne volontiers deux ans de plus. Entre 24 et 27 ans, on se dit pile au bon âge.

Une fois trentenaire, le décalage entre notre âge réel et perçu s’agrandit avec les années.

À 80 ans on a l’impression d’en avoir que 65, soit quinze années de moins.

En graphique, cela donne cette courbe : 

Les chercheurs ont également demandé aux internautes à partir de quel âge ils estiment une personne “vieille”. 

Résultat, plus on avance dans l’âge, plus on a tendance à retarder l’âge d’entrée dans la “vieillesse”. 

Un jeune estimera qu’une personne de 60 ans est “vieille” tandis que quelqu’un de 60 ans aura plutôt tendance à placer ce cap à 70 ans. D’ailleurs, seuls les internautes de 70 ans et plus se définissent comme des personnes âgées.

En graphique, cela donne cette courbe : 

Pourquoi c’est important ?

” La réalité, c’est ce qui continue d’exister lorsqu’on a cessé d’y croire”

Philip K.Dick

Les psychologues vous le diront – la réalité d’un individu, c’est ce qu’il perçoit comme étant la réalité et non pas la réalité objective.

Si vous voulez vendre à un septuagénaire qui se perçoit comme un quinquagénaire, vous devez vous adresser au quinquagénaire.

Alors, à moins de vendre des blouses pour auxiliaires de vie ou de la vaisselle pour EHPAD, arrêtez d’utiliser des images comme celle-ci dans votre communication !

Une étude de sociologie appliquée pour aller plus loin

De nombreux travaux ont été réalisés sur le sujet. Pour construire cet article, j’ai notamment lu l’excellent article écrit en 1999 par Denis Guiot (professeur de marketing à l’université Paris Dauphine). Très clair, il explique le concept et le décline autour de deux études de cas, dans le tourisme et la finance personnelle. 

Plus proche de nous, vous apprécierez l’étude “Génération Seniors” produite par le cabinet Adjuvance en 2016. 

  • Elle décrypte en profondeur le profil des seniors d’aujourd’hui,
  • Elle montre comment la perception de ces seniors est faussée parce que nous les considérons selon leur âge chronologique,
  • Elle propose une grille de lecture plus fine des seniors selon leur génération et leurs aspirations.

Je vous en recommande chaudement la lecture, si vous avez un peu de temps (le document fait une centaine de pages) : lire l’étude Adjuvance.

Vous pouvez aussi lire l’interview de Nicolas Menet, auteur de l’étude Adjuvance réalisée par Sweet Home en 2019

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