La protection sociale au service du bien vieillir ?

protection sociale au service du bien vieillir

Les chercheurs sont formels, notre longévité s’allonge chaque année. Grâce aux progrès conjugués de la médecine, de l’hygiène et du confort, nous vivons plus longtemps que nos aïeux. On peut dire merci à la révolution industrielle d’avoir rendu ce progrès possible.

Cette même révolution a aussi bouleversé nos habitudes et nos rythmes de vie. L’époque où une famille habitait le même village pendant des générations est bel et bien révolue.

Nous vivons de plus en plus longtemps, mais éloignés de nos racines.

Conséquence. Souvent, les personnes âgées vivent isolées. Cet isolement les rend plus vulnérables aux accidents de la vie. Des accidents dont les conséquences sont – hélas – plus graves quand ils surviennent à un âge avancé.

Les accidents de la vie quand on est sénior

Notre organisme est plus fragile, ce qui accroît le risque de traumatisme grave et allonge la durée de récupération. Cela crée un sentiment d’insécurité chez les seniors victimes d’accidents.

De tels événements ébranlent la confiance que nous avons dans notre maîtrise de l’environnement.

  • Une personne qui a chuté dans son escalier arrêtera d’utiliser les pièces de l’étage.
  • Une personne qui a glissé dans la rue arrêtera ses promenades quotidiennes.
  • Une personne qui a été victime d’un malaise dans les transports en commun ne les prendra plus.

Petit à petit, un accident qui pourrait sembler bénin entraîne sa victime âgée dans la spirale de la dépendance.

Et donc, ces personnes qui demandent à vivre chez elles le plus longtemps possible se retrouvent prisonnières d’un environnement qu’elles jugent hostile, mais ne veulent pas quitter.

Et elles n’osent pas toujours demander de l’aide. Soit parce qu’elles n’ont pas de proches disponibles. Soit parce que leurs proches ont aussi une vie à mener. Soit parce que leurs proches en font déjà beaucoup.

Que faudrait-il faire pour éviter ce drame ?

Les solutions semblent évidentes.

“Il suffit d’adapter l’environnement“. « Il suffit de lui faire prendre conscience de sa fragilité“. « Il suffit de lui montrer comment adopter une attitude préventive“.

Mais vous comme moi savons que ces jolis discours ne persuadent personne. Pas même ceux qui les prononcent et ne se les appliquent pas à eux-même.

Non, l’attitude générale vis-à-vis des fragilités liées à l’âge, c’est le déni.

Ou plutôt, une forme d’ajustement individuel qui peut sembler insuffisant à un observateur extérieur, mais représente pour la personne âgée une manière d’adapter son organisation à ses limites tout en conservant sa souveraineté.

Dans 50 ans, peut-être, notre attitude vis-à-vis de la longévité sera différente, car notre rapport au grand âge aura évolué et nous accepterons de nous y préparer plus tôt. Mais pour l’heure, un tel changement de paradigme n’est pas envisageable, car l’augmentation de la longévité est trop récente.

Pensez donc qu’il y a à peine un demi siècle, nos parents ont grandi dans un monde où l’on mourrait à 70 ans. Un monde où, en France, les centenaires étaient une telle attraction que les villages qui en comptaient un lui dédiaient une carte postale tandis qu’en Angleterre, la Reine leur passait un petit coup de fil à chaque anniversaire.

Aujourd’hui, on nous promet que nos enfants pourraient vivre sans peine jusqu’à 114 ans, mais cette prédiction nous semble aussi impalpable qu’une promesse de politicien.

Le dilemme

Nous vivons plus vieux, mais pas moins fragiles. Notre organisme s’use avec l’âge et nous n’avons – pour l’heure – trouvé aucun traitement miracle qui y remédie.

Nous en sommes conscients, mais nous n’avons pas toujours l’envie, la capacité ou les moyens financiers d’adopter un comportement préventif.

Nous savons que des systèmes et des organisations peuvent nous aider à compenser nos limitations.

Mais si nous en acceptons certains – les lunettes qui compensent la diminution de la vue – d’autres nous semblent totalement incongrus, car ils nous évoquent une forme de décrépitude – la dépendance – que nous rejetons de tout notre être. 

Si les systèmes de prévention de la dépendance nous semblent aussi peu sexy, c’est parce qu’ils ont été pensés à cet effet. Les aides humaines et techniques du champ médico-social se sont développées pour apporter une réponse immédiate à la dépendance.

En l’état, elles ne peuvent apporter une réponse satisfaisante aux besoins des personnes qui ne sont pas assez dépendantes pour se résigner à les utiliser.

Encore un dilemme : les personnes âgées qui refusent la fragilité et la prévention d’une perte fonctionnelle rejettent l’usage de solutions qui pourraient leur éviter la dépendance. Les professionnels voudraient qu’un senior s’équipe en téléassistance à 75 ans, mais les seniors ne s’équipent pas avant 85 ans.

Et donc, nous savons qu’il faut agir, nous connaissons les risques et nous visualisons les situations. Nous savons qui est menacé et comment on peut les aider à adopter une attitude plus préventive. Si eux même ne prennent pas les devants, qui peut financer un service clé en main pour que les personnes âgées vieillissent mieux ? Qui est le partenaire de confiance, l’ami fidèle à qui on ouvrira toujours sa porte et dont l’aide et les conseils seront accueillis avec bienveillance ?

Posons la question autrement.

Qui a intérêt au bien vieillir ?

Les seniors en premier lieu, mais nous venons de voir qu’ils sont dans le déni.

Leurs familles – quand ils en ont une – mais elles peinent bien souvent à persuader leurs parents et – soyons honnêtes – elles sont aussi paumées quant à la marche à suivre. A leur décharge, personne n’est capable de leur expliquer clairement ce qu’elles devraient faire.

L’Etat pourrait réaliser de belles économies si les seniors étaient plus prévoyants, mais il est englué dans une mode de fonctionnement qui sape toute capacité d’initiative et manque cruellement de ressources financières pour augmenter sa participation dans les solutions déjà existantes, même si elles sont imparfaites.

La Silver économie a été inventée pour cela. Malheureusement, malgré les promesses mirobolantes de ce “billion dollar market”, elle reste marquée du sceau de la dépendance. Les business qui ont trouvé un marché en Silver économie, ce ne sont pas les start-up flamboyantes, mais les Ehpad, les services de téléassistance et les vendeurs de monte-escaliers.

Le chaînon manquant

Il existe un acteur qui pourrait tout changer, car il dispose à la fois de la confiance des citoyens, de la connaissance de ces publics, de moyens financiers et d’une bonne raison d’agir, c’est la protection sociale.

Ces organismes qui interviennent en complément ou à la place des systèmes publics ont aussi leur mot à dire. Car une partie significative du coût de la dépendance repose sur leurs épaules. Le bien être et l’autonomie de leurs bénéficiaires est bien souvent leur raison d’être. Ils ont donc un intérêt économique et philosophique à passer à l’action.

Pour mener cette mission à bien, ils ont besoin de véhicules développés par des entrepreneurs privés. En effet, les organismes de protection sociale ne sont pas toujours bien organisés pour une action de terrain. Ils peuvent payer, communiquer auprès de leurs bénéficiaires, se porter garant d’une initiative et contribuer, par leur financement, au bien vieillir.

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