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Comment un SAAD peut créer son Habitat Inclusif ?

Vous dirigez un SAAD et vous souhaitez développer un habitat inclusif pour vos bénéficiaires. Nous vous montrons comment votre confrère Val de Cher Services a réalisé son projet d’habitat groupé, pour répondre aux besoins de son territoire et aider les seniors à vivre chez eux plutôt qu’à l’EHPAD.

L’habitat inclusif, qu’est-ce que c’est ?

L’habitat inclusif est une forme d’habitat participatif qui s’adresse aux personnes qui ne peuvent pas aisément habiter leur domicile personnel ou familial. L’habitat inclusif apporte une réponse complémentaire au logement ordinaire et à l’hébergement en institution.

Peu ou mal connu du grand public, l’habitat inclusif permet aux personnes âgées et aux adultes handicapés d’éviter l’institutionnalisation.

L’habitat inclusif n’est pas un format unique. Il s’agit plutôt d’un nom générique qui désigne un ensemble de solutions d’habitat destiné à des personnes qui ne peuvent pas rester dans un domicile personnel, notamment pour ne plus être isolées.

L’habitat inclusif a été défini par l’article 129 de la loi Elan du 23 novembre 2018.

L’habitat est inclusif si :

La loi ELAN ne prévoit pas :

Sous réserve de l’accord du président du conseil département, la mutualisation des aides est possible (APA, ASH), ce qui permet de partager les heures d’aide à domicile entre les occupants.

Pour vous aider à mieux comprendre comment se construit un habitat inclusif, nous avons réalisé une série d’articles sur des projets d’habitats inclusifs.

Dans cet article, nous vous présentons le projet d’habitat inclusif que l’association Val de Cher Services est en train de réaliser à Vallon-en-Sully, dans l’Allier. Nous avons interviewé le directeur de l’association, Jérôme Raynaud.

Interview de Jérôme Raynaud

Alexandre Faure : Bonjour Jérôme, pouvez-vous nous présenter votre association et son activité principale?

Jérôme Raynaud : Bonjour Alexandre, merci de me recevoir sur Sweet Home. Val de Cher Services a été créée en 1971. C’est l’initiative d’un groupe de recherche et réflexion qui avait constaté les besoins en termes d’action sociale auprès des familles et des personnes âgées à Vallon-en-Sully en 1969. Nous avons plusieurs activités :

De plus, les jeudis après-midi un groupe d’adhérentes se réunit afin de rompre l’isolement autour de la couture, de jeux, et de partage dans la bonne humeur.

Pourquoi un habitat inclusif à Vallon en Sully ?

Alexandre Faure : Comment vous est venue l’idée de créer un habitat inclusif pour seniors ?

Jérôme Raynaud : Nous expérience en termes de maintien à domicile nous a permis d’identifier des situations où des usagers de l’association sont contraints d’entrer en maison de retraite. Pourtant, leur état de santé ne nécessite pas le niveau de soins proposés en EHPAD.

Il existe bien des solutions afin d’adapter le logement mais celles-ci effrayent les personnes âgées qui n’ont plus la volonté d’entreprendre des démarches administratives aussi lourdes. C’est pourquoi nous souhaitons proposer une alternative entre le domicile et l’EHPAD. Ce domicile sera adapté aux personnes à mobilité réduite. Il pourra convenir aux personnes âgées et aux personnes en situation de handicap.

Le principe de l’habitat inclusif est de proposer des espaces de vie communs. Nous souhaitons donc créer un lieu adapté. Proposer notre programme prévention aux futurs locataires, ainsi que des sorties. Nous souhaitons également mettre en place un jardin partagé.

Le but est de rompre l’isolement de personnes qui sont souvent éloignées des centres bourgs et pour lesquelles le passage de l’aide à domicile est souvent la seule visite de la semaine.

Alexandre Faure : Vous êtes-vous inspiré d’autres expériences, et si oui, lesquelles ?

Jérôme Raynaud : Pas vraiment, car ce type d’habitat inclusif n’est pas répandu dans notre secteur géographique. Cependant, nous sommes allés visiter des habitations qui pourraient correspondre à notre projet. Avec des logements conçus pour les seniors.

Comment est conçu l’habitat inclusif de Val de Cher Services ?

Alexandre Faure : Comment votre habitat inclusif a-t-il été conçu ?

Jérôme Raynaud : La partie où les locataires pourront participer à des activités (s’ils le souhaitent) a été pensée autour d’une salle commune assez grande pour accueillir des activités du type atelier équilibre ou des activités physique adaptés aux seniors. Dans cette salle nous souhaitons également aménager un espace cuisine qui s’adapte en hauteur afin de permettre à des personnes en fauteuil de maintenir une certaine autonomie en participant à l’élaboration de repas lors d’atelier cuisine.

Nous souhaitons également proposer dans nos locaux, une partie appartement témoin où pourront être présentées les aides techniques qui peuvent être installées au domicile, cela nous permettra de réaliser des formations pour le personnel de l’association mais également des séances de recrutement avec des tests d’aptitudes.

Nous prévoyons le lancement de la construction d’ici fin 2018 pour une ouverture début 2020.

Alexandre Faure : Combien de résidents peut-il accueillir ?

Jérôme Raynaud : Notre projet comporte deux phases.

Les logements seront adaptés pour recevoir aussi bien des personnes seules que des couples.

Alexandre Faure : A quel type de publics s’adresse votre logement inclusif ?

Jérôme Raynaud : Nous souhaitons proposer ces logements à des personnes âgées ou en situation de handicap.

La mutualisation de l’APA et de l’ASH

Alexandre Faure : Votre logement inclusif est-il accessible aux seniors en perte d’autonomie bénéficiant d’une aide à domicile ?

Jérôme Raynaud : Oui, tout à fait. Les locataires seront dans leur domicile et pourront donc bénéficier des services d’aide et de soin à domicile si le besoin se fait ressentir.

Alexandre Faure : Le cas échéant, la mutualisation de l’APA entre résidents est-elle possible ?

Jérôme Raynaud : Nous avons eu des échanges dans ce sens avec le président du conseil départemental de l’Allier. Il nous a indiqué la possibilité de mutualiser les plan d’aide PCH et APA afin de proposer un accompagnement aux résidents tout au long de la journée.
L’intérêt de la mutualisation est double :

Cela implique donc un risque routier moins important pour les intervenantes. Elles travaillent dans de meilleures conditions. Souvent les logements des usagers ne sont pas adaptés en termes de risques professionnels.

Je pense que cela sera bien encadré tout en sachant que nous le sommes déjà pas mal dans l’Allier. Nous sommes déjà soumis à la télégestion, avec contrôle d’effectivité des heures et des tâches.

Alexandre Faure : Vous avez lancé une campagne de financement participatif, à quoi les fonds collectés sont-ils destinés ?

Jérôme Raynaud : Afin de proposer des équipements adaptés à tous les profils, nous souhaitons recueillir des fonds pour financer du mobilier a hauteur variable ou de la domotique. Un budget de 100 000 € pour tous les équipements est nécessaire.

Le projet global lui représente environ 1 000 000 €.

Les avantages de l’habitat inclusif par rapport à l’Ehpad et au domicile personnel

Alexandre Faure : Quels sont, à votre avis, les avantages d’un logement inclusif par rapport à un maintien à domicile ?

Jérôme Raynaud : L’avantage est d’être à domicile, mais de ne plus être isolé. En effet, l’architecture du projet en fer à cheval permet aux résidents de pouvoir communiquer entre les logements par une coursive abritée en cas de mauvais temps. De plus, le locataire aura la possibilité s’il le souhaite de participer aux activités et sorties proposées par l’association. L’implantation du projet à proximité du centre bourg permettra aux locataires d’aller à pied faire leurs courses dans les commerces de proximité, là aussi un moyen de rompre l’isolement.

Nous avons également pensé à des personnes qui ne seront plus en capacité de sortir seule, car nous pourrons proposer une livraison de pain et de journaux, mais également la livraison ou l’accompagnement aux courses par le service d’aide à domicile.

Alexandre Faure : Et par rapport à une résidence en EHPAD ?

Jérôme Raynaud : l’Ehpad a vocation à accueillir un public de personnes âgées dépendantes, cependant, au regard du contexte local, on constate que des personnes ayant un GIR supérieur à 4 (5 ou 6) sont résidents en EHPAD, faute de solution sur le territoire en termes de logement adapté avec des loyers modérés.

Bien sûr, le coût en EHPAD est également un élément important.

Le logement inclusif tel que nous l’avons pensé est l’élément manquant entre le domicile non adapté et l’EHPAD qui a vocation à accueillir quand la dépendance sera vraiment installée et que des soins quotidiens seront nécessaires.

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