Pourquoi faut-il adapter la Salle de Bains au vieillissement ?

Comment adapter la salle de bains au vieillissement citation julien denormandie

L’adaptation de la salle de bains au vieillissement fait actuellement « La Une » suite à l’annonce faite par le ministre du logement, Julien Denormandie, de débloquer 1 milliard d’euros pour financer la rénovation de 200 000 salles de bains des retraités les plus modestes.

Cet article vous est proposé dans le cadre de notre grand dossier de la rédaction : Comment adapter la société au vieillissement.

1 Milliard pour l’adaptation de la salle de bains au vieillissement

Le ministre du Logement ne sort pas ce milliard d’une cassette secrète, il relaye en réalité une décision prise par l’organisme paritaire Action Logement (ex 1% logement).

Le 30 avril Action Logement a révélé un plan de rénovation de 9 milliards d’euros à destination du logement. Parmi les pistes de travail, une enveloppe de 2 milliard d’euros est programmée pour rendre l’habitat « plus inclusif ».

Cette enveloppe sera notamment utilisée sous la forme d’une subvention de 5 000 euros par logement pour adapter les sanitaires et prévenir le risque de chute des personnes âgées. Et ce, alors que chaque année les chutes des personnes âgées coûtent de 2 à 4 milliards d’euros à la collectivité.

Il est à noter que cette enveloppe doit également permettre la rénovation d’établissements médico-sociaux à travers la création d’une foncière et par le biais d’un soutien aux gestionnaires d’établissements. Une troisième mesure vise à l’attribution de logements pour aider les aidants à se rapprocher de leur proche âgé.

La salle de bains, une pièce très particulière

Le choix de la salle de bains n’est pas anodin. Il est dicté par une approche budgétaire : c’est plus facile de chiffrer le coût d’adaptation de la salle de bains, qui se traduit en général par :

  • Le remplacement de la baignoire par une douche,
  • La pose de barres d’appui et d’un strapontin dans la douche,
  • La rénovation du circuit électrique,
  • La pose d’un revêtement anti-dérapant sur le sol.

Des prestations facilement chiffrables et qu’il est aisé de faire entrer dans l’enveloppe de 5 000 euros par logement.

La salle de bains, c’est une pièce très symbolique de nos logements.

Mais au-delà de ces considérations budgétaires, la salle de bains est une pièce à part de nos logements. Voyez plutôt :

  1. C’est la pièce de la toilette, un moment intime qu’on ne peut pas déléguer,
  2. C’est la seule pièce qu’on trouve dans quasiment tous les logements, même les studios,
  3. C’est une pièce où l’eau côtoie l’électricité,
  4. C’est une pièce dont l’entretien et la rénovation sont rarement réalisés par les occupants (à part les gros bricoleurs),
  5. C’est une pièce où la plupart du mobilier est constitué d’équipements sanitaires.
  6. C’est l’une des pièces où le risque d’accidents domestiques et de chutes est le plus élevé.
  7. C’est (avec les toilettes), la seule pièce qui ne figurait pas sur les plans des logements anciens, et qui a donc souvent été ajoutée là où on trouvait de la place, et bien souvent au détriment de l’espace et du confort.

En synthèse, si l’adaptation de la salle de bains ne peut pas se limiter à remplacer sa baignoire par une douche, le choix de cette pièce comme point de départ d’une politique de rénovation de l’habitat est stratégique : le remplacement de la baignoire par la douche est l’acte auquel tout le monde pense quand on aborde la question de l’adaptation du domicile !

La question de l’adaptation de la salle de bains au vieillissement remet au goût du jour la question plus large de l’adaptation du logement au vieillissement.

Enjeux de l’adaptation du logement au vieillissement

L’intervention d’Action Logement tombe à point nommé pour la Silver économie. En effet, l’adaptation du logement fait partie des trois chantiers prioritaires définis par la filière Silver économie dans sa feuille de route 2019-2020.

Des logements adaptés pour une vie autonome

Le dossier de l’adaptation du logement a été confié au groupe de travail « Des logements adaptés pour une vie autonome ». Constitué de professionnels du secteur, le groupe est piloté par Jean-Philippe Arnoux (Directeur Silver économie et accessibilité chez Saint Gobain) et Hervé Meunier (Directeur Général de Filien ADMR).

Le groupe de travail qui s’est réuni plusieurs fois depuis le début de l’année a prévu de faire la synthèse de ses travaux fin mai.

Sans trop en dévoiler, je peux d’ores et déjà vous dire que la question du financement a été au coeur des échanges et que l’annonce de Julien Denormandie et Action Logement apporte une bouffée d’air à ces professionnels, car elle montre que le gouvernement semble prêt à mettre de l’argent sur la table, ce qui est une bonne chose.

Pourquoi ?

D’une part, pour éviter les chutes, qui coûtent chaque année de 2 à 4 milliards d’euros à la Sécurité sociale et sont la cause racine de bien des situations de dépendance.

D’autre part, parce que le respect du souhait de 90% des français de vieillir chez eux ne sera possible qu’à condition de trouver des moyens d’adapter massivement les logements au vieillissement.

L’adaptation du logement au vieillissement passe par la rénovation de 30 millions de logements anciens.

Votée fin 2018, la loi ELAN fixe un quota de logement adaptés au handicap et un quota de logements adaptables à des pertes d’autonomie futures.

C’est un bon début dans le cadre d’une réflexion sur l’adaptation de la société au vieillissement, mais la loi ELAN a la même limite que la loi de 2005 sur l’adaptation de la société au handicap : elle concerne uniquement le logement neuf. La loi ELAN ne prévoit rien quant à la rénovation du parc ancien.

préambule de la loi Elan qui évoque la question de l'adaptation de la salle de bains et du logement au vieillissement.

Or il se construit seulement 400 000 logements neufs chaque année et une écrasante majorité de seniors vit dans des logements construits avant l’entrée en vigueur de ces textes. Des logements qui doivent donc être adaptés si l’on espère y maintenir des personnes âgées le plus longtemps possible.

Sur ce sujet, les experts sont formels : avec les techniques actuelles d’hospitalisation à domicile et la qualité de notre secteur médico-social, il est tout à fait envisageable de vivre chez soi jusqu’à la fin mais il est indispensable pour ce faire d’adapter son logement.

Si vous habitez une maison de pêcheurs à Fécamp où l’accès à l’étage se fait par une échelle de meunier, il a de fortes chances pour que vous ayez du mal à rester chez vous sans adaptation !

Or, l’adaptation du logement particulier est pénalisée par un problème financier : la faiblesse des aides existantes.

Un problème de financement

Si l’on met de côté les 1,5 milliards de Julien Denormandie (qui concerne, rappelons-le, le parc social), le budget annuel « adaptation de l’habitat » de la politique du logement s’élève à 120 millions d’euros répartis en deux enveloppes :

  • 57 millions remis à l’Agence Nationale de l’Habitat (ANAH),
  • 63 millions de crédit d’impôt.

Résultat : seulement 40 000 logements privés sont rénovés chaque année sur les 30 millions de logements qui devraient être adaptés.

A ce rythme là, il faudra 750 ans pour rénover tous les logements. Heureusement, la plupart se seront effondrés avant et auront été remplacés par du neuf homologué « Loi ELAN ».

Résultat :

  1. Il y a actuellement 32,6 millions de logements datant d’avant 2006 en France.
  2. 11% peuvent être accessibles, mais…
  3. 58% n’ont pas d’ascenseur !
si on veut vraiment rester chez soi jusqu'au bout, il faut anticiper tous les handicaps possibles.

Une offre de logement collectif insuffisante

Certains acteurs de la Silver économie préconisent bien sûr de privilégier l’habitat collectif (résidences services, résidences autonomie, béguinages, habitats participatifs, etc…). Cette piste est également ouverte par la loi ELAN qui donne un statut à l’habitat inclusif et à la cohabitation intergénérationnelle. Mais là encore nous sommes confronté à la loi des grands nombres.

Toutes séduisantes que soient ces solutions alternatives, elles ne représentent aujourd’hui que 1% du marché (et 5% pour les Ehpad).

Quant à la cohabitation intergénérationnelle qui semble faire rêver tous les français (cette solution arrive dans le TOP 7 des propositions issues de la Concertation Nationale Grand Âge et Autonomie) elle concerne en réalité moins de 5000 personnes âgées en France !

Un logement partagé entre ceux qui y vivent et ceux qui y travaillent

La question de l’adaptation du logement au vieillissement se pose encore plus lorsque le logement devient un espace de travail pour les professionnels de l’aide à domicile.

Dans une société qui vieillit et doit recourir à de l’aide à domicile, une réflexion sur l’adaptation du logement doit nécessairement prendre en compte les besoins de ceux qui y travaillent afin d’éviter les accidents… du travail.

Le financement de l’adaptation de la salle de bains ouvre la voie, mais il ne faut pas s’arrêter là.

Pour trois raisons :

  1. Il ne concerne que 200 000 salles de bains, or nous l’avons vu, le besoin réel porte plusieurs millions de logements,
  2. Il ne concerne que la salle de bains, or l’adaptation doit concerner tout le logement ainsi que les accès et bien sûr le territoire sur lequel est construit le logement : à quoi bon une salle de bains adaptée au milieu d’une maison qui ne l’est pas ?
  3. Il ne définit pas de modalités et ne désigne pas de prescripteurs, or l’une des raisons du faible nombre de rénovation actuelle c’est que les Français ne savent pas à qui s’adresser pour adapter leur domicile.

Voici trois sujets de réflexion que je vous propose de décliner bientôt dans un prochain article qui s’appellera, vous l’avez deviné : Comment adapter la salle de bains au vieillissement.

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